La Belle et le fuseau (Neil Gaiman, Chris Riddell)

The Sleeper and the Spindle (Neil Gaiman & Chris Riddell)

The Sleeper and the Spindle

Scénariste : Neil Gaiman
Dessinateur : Chris Riddell
Editeur : Bloomsbury
Date de parution : 10/2014
Pages : 69
Prix : 12,99£

Il était une fois deux royaumes séparés par une montagne infranchissable. Mais les nains connaissent tous les accès. Trois d’entre eux, découvrant que le royaume voisin est touché par une malédiction qui risque de se répandre toujours plus loin, avertissent leur reine. Celle-ci décide de reporter son mariage pour partir à l’aventure et tenter de briser le mauvais sort.

Inspiration des contes classiques

La Belle et le fuseau (titre français) a des allures de conte classique. Il rappelle en effet beaucoup l’histoire de Blanche Neige d’une part, et celle de la Belle au bois dormant de l’autre. Ces références sont totalement voulues et assumées, jusque dans les graphismes et les petits clins d’œil aux récits « originaux » au fil du texte.

Conte classique également parce qu’il met en scène des créatures : sorcières maléfiques, princesses… ainsi que des éléments récurrents de ce type de récit comme des malédictions et de l’aventure, forcément. Le cadre médiéval est bien entendu de rigueur, avec des tavernes, des châteaux et tout le décor attendu, rendu un peu plus grandiose avec les dessins de Riddell et l’imagination de Gaiman.

Sans oublier ce petit côté inimitable de l’écriture, si typique des contes, au rythme envoûtant qui projette instantanément au cœur du récit.

Une histoire de femmes par les femmes

Mais ce titre est signé Neil Gaiman, donc forcément ce n’est pas un conte classique. Pas seulement.
L’idée de ce récit est notamment de laisser les femmes prendre tout contrôle de la situation, là où le conte classique les réduit plutôt à attendre d’être sauvées, se marier et puis basta. Ainsi, pas de prince à l’horizon. Une princesse en détresse avec son peuple, et une princesse à la rescousse avec ses acolytes nains.
L’auteur ne tombe pas dans l’excès consistant à attribuer à la guerrière des attributs masculins, la transformant en miroir féminin du prince charmant. Elle use de ses propres ressources : la ruse, les bénéfices laissés par un envoûtement, la détermination, pour arriver à ses fins. Forte et gracile, au caractère bien trempé mais non dénué de douceur, intelligente, il ne lui en faut ni plus ni moins pour terrasser des méchants et surmonter la pire des malédictions.
Comme dans le conte classique en revanche, elle cumule les vertus, faisant d’elle un personnage extraordinaire, un modèle.

Un mélange de classique et de surprises pour redécouvrir encore et encore les contes

Une autre originalité vient de l’utilisation même de plusieurs contes classiques par Neil Gaiman.
Cela crée en effet des attentes chez le lecteur, chez les personnages, dans les enchaînements, que l’auteur s’amuse à prendre à contre-pied.
Soit subtilement, en se moquant gentiment des victimes de son conte et de certaines des règles qui régissent celui-ci ; soit plus franchement en apportant un twist relativement inattendu et bienvenu qui ranime la curiosité et donne l’impression de découvrir toutes ces histoires pour la première fois. Ces effets touchent l’univers comme les protagonistes qui sont souvent plus que ce qu’ils paraissent.

Un texte délicat et des dessins tout aussi beaux

Comme attendu avec un tel auteur, le texte est caractérisé par beaucoup de sensibilité et de grâce. Neil Gaiman nous offre son écriture fine et poétique, en bon conteur confirmé, habitué à faire rêver des millions de personnes, des plus petites aux plus grandes. Il crée une ambiance féérique et légèrement angoissante à la fois, douce par moments, orageuse à d’autres.
Les illustrations de Chris Riddell complètent à merveille le texte, fluides et tout en beauté, en noir blanc et doré, tout en contrastes. L’édition anglaise est un très bel objet, que l’édition française a l’air d’avoir respecté et c’est tant mieux !

The Sleeper and the Spindle est un conte classique et moderne à la fois, qui devrait inspirer de nombreuses fillettes et faire rêver petits et grands indistinctement. Un joli texte doublé d’un belle objet illustré, à découvrir.

La Belle et le Fuseau, Neil Gaiman & Chris Riddell – Albin Michel – 30/09/2015 – 72 pages – 19€ Challenge Halloween 2015

(pour le maléfice 😉 )

10 réflexions au sujet de « La Belle et le fuseau (Neil Gaiman, Chris Riddell) »

  1. Encore un Neil Gaïman qui ne fera pas long feu avant que je le lise. Sa prose poétique associée à son imagination hors du commun constitue vraiment une valeur sûre quand on veut s’embarquer dans un univers unique. Bref, j’ai hâte de découvrir cet ouvrage..

  2. Il a l’air très beau celui-là ! Je me demande si ça ne serait pas accessible pour mon neveau tiens, il faudrait que je regarde de plus près.

  3. J’ai lu il y a fort longtemps la trilogie Appolinaire Er le chat masqué de Chris Riddel qui m’avait beaucoup plu et il n’y a pas longtemps Odd et les géants de glaces de Neil Gaiman (qu’il faut que je chronique d’ailleurs) que j’ai adoré également… Une association des deux ! J’adore !

  4. Aaaaaah! 🙂 (je viens de découvrir qu’on peut crier de joie et de détresse à la fois). Je vais sur ton blog chercher la chronique de La Volonté du Dragon, dont je ne sais même pas si j’aurais le temps de le lire avant que l’auteur ne vienne en dédicace vers chez moi… et j’accroche (encore!) un titre qui me dit trooooop!!!! Mais ma PAL est déjà full – va même falloir que je la couche par écrit, j’oublie les livres au fur et à mesure que j’en découvre d’autres :s

    • L’avantage de celui-ci c’est qu’il se lit d’une traite, c’est très très court. Mais chouette.
      Si tu vois Lionel en dédicace n’hésite pas à lui passer le bonjour de ma part ^^

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