Les Lumineuses (Lauren Beukes)

Les Lumineuses (Lauren Beukes)

Les Lumineuses

VO : The Shining Girls
Auteur : Lauren Beukes
Editeur : Pocket (Thriller)
Traducteur : Nathalie Serval
Date de parution : 06/2015
Pages : 458
Prix : 7,70€

1931. Harper sait que s’ils le rattrapent il passera un sale quart d’heure. Alors il fuit, dans la nuit de Chicago. Quand dans sa malchance, un refuge se dresse sur sa route : une étrange maison qui semble faite pour lui, qui lui donne une mission. Harper commence alors à traquer ses proies : des femmes, à travers le temps, ses Lumineuses.
Années 1980/1990. Kirby a miraculeusement survécu plus jeune à une agression d’une grande violence. Sa vie en a bien sûr été bouleversée, mais plutôt que d’oublier elle décide de rechercher le malade que la police n’a jamais retrouvé.

Une construction intéressante pour un roman qui fait voyager dans le temps

Dès le départ Lauren Beukes plonge le lecteur dans un texte suivant une construction étonnante : un tueur qui parcourt le temps en n’hésitant pas à faire des allers-retours, une jeune femme déterminée coincée dans sa ligne temporelle, sans oublier d’autres victimes, éparpillées sur des dizaines d’années.
Cette narration non linéaire, alternant entre les protagonistes et les époques, donne une cohérence temporelle au récit, qui aurait pu avoir moins de sens sans elle.

Elle permet également d’entretenir le suspense, posant des questions tôt dans le texte pour y répondre beaucoup plus loin, sans que beaucoup de temps ne se soit écoulé entre deux. Hum, pas évident d’expliquer, mais il suffit de savoir qu’on s’y retrouve parfaitement à la lecture, qui se révèle très équilibrée.

Le seul petit couac narratif provient sans doute de la toute fin, pas tout à fait assez percutante et un peu trop « magique ». Elle reste pourtant cohérente et crée une ambiance particulière malgré tout.
Pour le reste des explications temporelles concernant Harper, dont la situation de départ est étonnante, elles sont distillées habilement au fil du roman.

Plongée dans l’histoire d’une ville américaine

Les allers-retours temporels permettent non seulement de dynamiser la narration et perdre ceux qui cherchent des réponses, mais également de dresser le portait d’une ville : Chicago, en pleine mutation au fil des décennies. Le lecteur témoigne avec le tueur de ces transformations, des progrès, parfois sources d’émerveillement et parfois un peu plus douteux.
Architecture, ambiance de rue, technologies (transports et communications notamment), modes, changent sans cesse sous nos yeux et donnent un visage unique à ce thriller, un peu fantastique, un peu historique.

Une histoire de Femmes / de la Femme

L’auteur ne se contente pas de suivre le tueur et la jeune Kirby. En effet, elle donne une dimension humaine supplémentaire à son thriller en permettant au lecteur de plonger dans la tête des victimes, de témoigner de leurs espoirs, leurs pensées… Difficile de ne pas développer d’empathie pour ces personnes.

Ce choix est une manière de parler des femmes et des violences qui leur sont faites, de l’évolution de leur condition dans le temps. Danseuse, avorteuse clandestine, employée d’un grand bureau tentant d’obtenir la même considération que les hommes, mère célibataire, femme de tempérament avant-gardiste et/ou indépendante… chacune se bat à sa manière pour ne pas se laisser engloutir par son époque, pour sa survie, son évolution sociale ou celle des autres, simplement pour rester elle-même.

Au regard de la condition féminine et des violences associées, l’accroche sur la couverture (Toutes sont appelées à devenir des victimes, toutes sauf une…) est d’ailleurs totalement fausse : être agressée suffit à faire d’une personne une victime, pas besoin de mourir pour ça. Pour une victime qui survit ce n’est pas forcément une chance tous les jours ; d’ailleurs Kirby le fait bien comprendre.

Une ambiance sordide maîtrisée, une lecture entraînante

L’écriture de Lauren Beukes est franchement accrocheuse ; style et choix de narration s’accordent bien, le lecteur n’est jamais perdu et les pages se tournent d’elles-mêmes. Le ton est également maîtrisé, le lecteur est d’emblée plongé dans le thriller, les frissons prennent dès le premier chapitre, où la promesse d’un tueur à une petite fille laisse entendre des moments violents à venir, pour elle comme pour d’autres.

Suivre à la fois le psychopathe et ses victimes est une excellente idée. Harper est investi d’une mission, ce qui le rend particulièrement fou et d’autant plus dangereux. L’outil inimaginable qu’est celle maison s’ouvrant sur d’autres époques ne le rend que plus tout-puissant et difficile à traquer.
Ce parallèle entre cette machine inhumaine et implacable et ces victimes si humaines tord d’autant plus les tripes, surtout que sa méthode sanglante relève de la torture et de la dégradation. Cela fait mal au cœur de voir ces Lumineuses s’éteindre de si horrible façon et prématurément.
Le lecteur a bien du mal à anticiper la façon dont tout ceci va pouvoir se résoudre, car comment retrouver un homme sur qui le temps n’a pas de prise ?

Les Lumineuses est un thriller au cadre original qui permet difficilement d’anticiper les développement. C’est aussi un récit féministe et humain, qui rappelle la condition féminine à travers les époques. La ville de Chicago est aussi un protagoniste important et les aspects historiques sont très intéressants.
En somme, Lauren Beukes signe ici un thriller multi-facette accrocheur à lire avec plaisir… et frissons.

Fiche éditeur
Paru en grand format chez Presses de la Cité

9 réflexions au sujet de « Les Lumineuses (Lauren Beukes) »

    • J’ai vraiment aimé aller dans la tête de chaque personnage. J’ai Moxyland dans ma PAL mais j’ai peur qu’il me plaise moins, j’appréhende un peu.

  1. Il me semble que c’est quand tu l’as lu qu’il m’a fait envie, du coup je me le suis pris en VO. J’espère qu’il ne sera pas trop complexe à comprendre, le jour où je le sortirai de ma Pal 🙂

    • Je ne pense pas qu’il soit dur à comprendre. J’imagine qu’il faut un peu plus se concentrer pour savoir où en est le tueur, mais les chapitres sont très bien découpés, par prénom de victime ou celui du tueur, donc c’est dur d’être vraiment perdu ^^
      Elle est jolie l’édition que tu as trouvée ^^

    • Je l’attendais avec impatience en poche malgré mon envie de le découvrir depuis un bon moment. J’ai sauté dessus du coup (d’autant qu’il était en avant première pour la dédicace de l’auteur à l’occasion de la sortie de son dernier) ^^

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