Ce pays qui te ressemble (Tobie Nathan)

Ce pays qui te ressemble (Tobie Nathan)

Ce pays qui te ressemble

Auteur : Tobie Nathan
Editeur : Stock (La Bleue)
Date de parution : 08/2015
Pages : 540
Prix : 22,50€ / 15,99€ ebook

Dans « La ruelle aux juifs » du Caire en 1925, une jeune femme un peu sorcière et son mari aveugle rêvent d’enfant. La conception, la naissance et la vie de Zohar, leur fils, aura un prix bien élevé.
Mais le garçon grandit, vif et intelligent, navigant dans les rues de sa ville, se hissant peu à peu hors de sa condition de pauvre, insouciant et ignorant des événements à venir, qui impliqueront sa sœur de lait, ses amis et l’Egypte toute entière.
Car plus Zohar grandit, et plus la seconde guerre mondiale approche. Sa vie et tout un monde sont sur le point de basculer, tandis que règne le jeune roi Farouk.

Une aventure humaine, une histoire d’amours et d’amitiés

Le récit suit donc Zohar, en s’appliquant au départ à narrer comment ses parents en sont venus à se rencontrer et à le concevoir. C’est une belle histoire humaine qui se déroule sous les yeux du lecteur, portée par des protagonistes hauts en couleurs.
Si les parents de Zohar sont déjà fascinants, lui-même se révèle encore plus intrigant. Enfant étrange, il grandit débrouillard et ambitieux. Malin, il sait anticiper les besoins de ses clients, nouer les bonnes relations et trace ainsi son chemin jusque dans l’entourage des plus grands d’Egypte, dont le roi.

Plus que la vie de Zohar, Ce pays qui te ressemble propose une histoire d’amitié et d’amour. Jeune homme entier et optimiste, Zohar se lie avec d’autres jeunes gens, issus de milieux différents mais juifs également. Ces personnalités, qui abordent si différemment la politique, la religion et la vie, illuminent le roman et reflètent les évolutions de la société égyptienne de ce début XXe.
L’amour vient lui sous les traits de la sœur de lait de Zohar, qui parmi toutes les femmes du pays est celle qui lui est la plus interdite. La passion qui les dévore est puissante, leurs ambitions se valent, leur jeunesse dévore tout sur leur passage. Ils sont magnifiques, rien ne devrait les arrêter et pourtant.

Amitié comme amours pour Zohar ne sont pas destinés à être vécus facilement et dans un bonheur total. Bien des obstacles se dressent sur sa route au long de sa vie et seul lui semble inchangé pendant bien longtemps. Mais difficile de ne pas être rattrapé par l’Histoire.

La petite histoire n’échappe pas à la grande

L’Histoire, justement, est aussi un personnage important de ce récit.
L’Egypte est transformée au fil des années, le roman se déroulant entre 1925 et 1952. Au départ Zohar et ses amis sont bien loin de la grande histoire, traçant leur destin sur une route connue d’eux seuls. Pourquoi devrait-elle changer ? Et pourtant. Arrive le règne du jeune roi Farouk, qui devra gérer la seconde guerre mondiale et la tutelle britannique. Les allemands finissent par se rapprocher, certains esprits s’échauffent, les intérêts et les attentes changent, la politique locale est secouée.

Alors qu’ils étaient enfants du peuple, Zohar, ses amis et sa sœur de lait se retrouvent peu à peu à vivre directement les transformations du pays, ses tensions. Leur histoire individuelle se fond peu à peu dans l’histoire collective du pays et cela se ressent au niveau narratif.
En effet, plus les années passent, plus le cadre historique global se renforce, plus les détails de la gestion humaine, politique et militaire de la situation se font nombreux. Zohar côtoie ceux qui refont le monde ou qui en ont en tout cas le pouvoir. Tobie Nathan permet ainsi au lecteur de se retrouver au cœur même des intrigues, auprès des puissants qui prennent visage humain et réalité sous sa plume.

Au-delà de la politique, c’est toute l’évolution sociale de l’Egypte qui est subtilement dépeinte, notamment l’évolution des conditions de vie, les mouvements populaires de l’époque et surtout les rapports de diverses forces envers la population juive qui évoluent énormément dans ce court laps de temps.

La fin d’un monde narrée par un conteur habile

Ce qui fait le charme de ce roman, déjà accrocheur grâce à ses personnages et son contexte historique, est son aspect de saga à la magie d’un autre temps. Une légère aura fantastique entoure Zohar, sa conception, sa naissance, son destin. Né d’une sorcière aidée par d’autres sorcières, c’est un enfant unique, rattaché au vieux monde par des traditions empruntes de mysticisme, un djinn parmi les hommes, lumineux, incarnant à l’Egypte entière, un bout d’âme appartenant à chaque peuple qui la compose.
Une certaine philosophie, une certaine sagesse, incarnée par des protagonistes gravitant autour de Zohar, ponctue également son histoire, prêtant parfois à sourire, apportant une tendresse, un peu de paix dans un parcours tumultueux.

La narration elle-même prend des accents de conte de tradition orale, le narrateur interpellant ses personnages, se lamentant, lançant des avertissements à ces fantômes qui ont déjà vécu et sur le destin desquels il ne peut plus agir. A travers l’histoire du jeune homme, c’est tout le vieux monde qui s’éteint et laisse place à l’époque contemporaine où la magie ne trouve plus sa place.
D’ailleurs il n’est pas le seul à donner sa voix au récit, ce dernier suivant par moment les peurs, les espoirs, les colères de ceux qui l’entourent, simples amis ou roi, car ceux-ci aussi incarnent l’Egypte ancienne et nouvelle.
Le cheminement de Zohar et ses amis est passionnant à suivre, Tobie Nathan fait vibrer le lecteur, le fait trembler parfois, espérer souvent.

Ce pays qui te ressemble est un roman qui se vit autant qu’il se lit. La plume de Tobie Nathan donne un charme unique et envoûtant à une intrigue historique dont l’issue est déjà connue, en redonnant vie à ceux qui ont vécu les bouleversements qui ont secoué l’Egypte autour de la seconde guerre mondiale.

Fiche éditeur

12 réflexions au sujet de « Ce pays qui te ressemble (Tobie Nathan) »

    • Ah mais oui, carrément. Il y a de belles ambiances, on est vraiment au coeur de la vie de là-bas et de l’époque 😀

  1. Très belle chronique bien structurée et bien écrite. Tu m’a vendu du rêve et je peux que vouloir lire ce roman d’autant plus que l’histoire de ce pays m’intéresse énormémént !

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