Amortels (Matt Forbeck)

Amortels (Matt Forbeck)

Amortels

Auteur : Matt Forbeck
Editeur : L'Atalante
Traducteur : Denis E. Savine
Date de parution : 01/2012
Pages : 332
Prix : 19€ / 7,99€ ebook

En se réveillant, l’agent secret Ronan Dooley ne s’émeut pas outre mesure. Après tout, ce n’est pas la première fois qu’il meure, il fait partie des privilégiés, des Amortels qui à leur mort réintègrent un nouveau corps. Oui mais voilà, cette fois sa mort, particulièrement atroce, a été filmée en détail par son tortionnaire. Il n’en faut pas plus pour que ce centenaire plus frais qu’un gardon ne se lance dans une enquête.
Premièrement : retracer les derniers jours de sa dernière incarnation.
Deuxièmement : faire payer le responsable.
Mais évidemment, si trouver son propre meurtrier était une mission de routine, ça se saurait. Et les ennuis débarquent. En masse et bien armés.

Merci de déposer votre cerveau à l’entrée

L’intrigue de ce thriller d’anticipation en un volume est relativement classique : un gars bien sous tout rapport, qui a dédié sa vie à son pays, est tombé plusieurs fois pour lui, se retrouve après un événements sanglant dans un merdier infernal, seul contre tous, le tout ponctué de quelques explosions et échanges de coups de feu.
Pour être honnête, si le lecteur a décidé d’ouvrir ce titre plutôt qu’un autre, c’est exactement ce qu’il attend. Il ne faut donc pas s’attendre à des surprises et retournements de situation qui coupent le souffle et des révélations qui décoiffent ou à de la maltraitance de neurones, mais plutôt lire ce récit comme on regarde un film : pour les étincelles, pas pour la réflexion, pour l’aspect familier rassurant, pas pour l’innovation. Ouh yeah.

Que l’on se rassure, il y a le minimum syndical de questions posées, de réponses apportées. Le côté « anticipation » de l’affaire est bien justifié et n’est pas uniquement un décor et même si tout ça reste très simple, voire déjà-vu, le sujet est bien amené, entre deux bastons et même pendant (surtout la finale, évidemment).

Des protagonistes pas si pâlichons, un héros notamment bien amusant

Le roman est très correctement écrit et entraînant. Il doit beaucoup au héros, Ronan Dooley, personnage d’agent secret bien campé, au parler franc, aux réflexes acquis d’une longue carrière, pas très respectueux de la hiérarchie (quand vous êtes plus vieux que tous il faut dire…).
La narration à la première personne est savoureuse, un choix évident pour un tel récit. Elle permet de suivre les émotions de Ronan, qu’il soit blasé, en colère ou perplexe, et de suivre ses découvertes à son propre rythme. Ses rapports avec sa famille, dont les membres n’ont pas l’honneur d’être Amortels, est un point vraiment sympathique de ce livre, complexe et spécial du fait de la condition du héros.

Quelques ambiguïtés sur les protagonistes, qu’ils soient perçus d’emblée comme ami ou comme ennemi, évitent de tomber dans un manichéisme sans subtilité (mais c’est de la subtilité subtile quand même, faut pas trop pousser).
Tous les individus sont un peu plus profonds que ce qu’ils laissent paraître, Matt Forbeck réussit à intégrer tout ce petit monde, leurs histoires, leurs aspirations, dans un récit essentiellement d’action, apportant ainsi une densité bienvenue à son œuvre.

Classique, mais efficace, un récit honnête dans sa simplicité

On s’éclate bien à lire Amortels. Moins qu’en lisant un Magie Brute (Larry Correia, L’Atalante) qui est bien plus profond dans son genre, mais il y a dans ces pages de quoi passer tout de même un bon moment si l’on recherche une lecture sans ambition autre que divertir. Si vous avez les neurones en surchauffe et que vous voulez les mettre en pause, Amortels s’impose.
Les rebondissements s’enchaînent bien, l’enquête évolue rapidement, emmène sur des fausses pistes, soulève des questions, apporte un début de réponses, mais le tableau final, plus grand qu’attendu, ne se dévoile entièrement qu’en bout de lecture, après quelques feux d’artifices, courses poursuites et fusillades. Une construction efficace, pour une lecture vite expédiée, à l’humour léger, qui lave un peu la matière grise, en colle plein les mirettes (rend limite aveugle avec tout ce que ça envoie) et se digère plutôt bien. Et ça fait du bien, ma foi.

Si cette chronique n’était toujours pas suffisante pour faire comprendre qu’Amortels est un divertissement sympa, peut-être que la première phrase y arrivera :

« La mort m’a toujours laissé une atroce gueule de bois ».

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