Bird Box (Josh Malerman)

Bird box (Josh Malerman)

Bird Box

Auteur : Josh Malerman
Editeur : Calmann-Lévy (Orbit)
Date de parution : 09/2014
Pages : 372
Prix : 20,90€ / 14,99€ ebook

Il est temps. Malorie est partie réveiller les enfants. Sans bruit, le garçon et la fille s’habillent et comme elle ils mettent un bandeau sur leurs yeux. Ils vont remonter la rivière, tenter de trouver un lieu plus sûr. Mais jamais, pas une seule seconde, ils ne devront enlever leur bandeau. Car dehors rôde… quelque chose. Personne ne sait quoi exactement, mais ce qui est certain c’est qu’un seul coup d’oeil signifie la folie et la mort. Malorie était là, aux tout débuts. Elle a entendu les nouvelles, elle a vu la folie arriver à sa porte. Depuis, elle tente de survivre.

Deux trames narratives, pour poser des questions et y répondre

Le récit de Bird Box est séparé en deux fils narratifs qui alternent. Le présent montre Malorie sur le point de s’embarquer pour un voyage périlleux sur la rivière avec deux enfants, les yeux bandés. Objectif : une destination au départ inconnue, qui devrait les mener vers un lieu plus sûr que celui qu’ils quittent, une maison où ils sont isolés. L’autre fil, dans le passé, montre comment tout a commencé et ensuite comme Malorie en est arrivée à élever seule deux enfants et à partir pour ce lieu inconnu.

Le fil sur la rivière n’est pas très intéressant en lui même, mais crée une tension : comment Malorie en arrive-t-elle là, seule, avec deux enfants en bas âge ? De nombreuses questions se posent, auxquelles l’autre partie du récit répond petit à petit.
Cette partie aquatique amène tout de même quelques instants d’angoisse, car la jeune femme ne peut anticiper ou appréhender les différents dangers sur sa route, mais elle se déroule globalement assez rapidement par rapport au reste du récit et permet surtout et avant tout de conclure l’histoire.

Cette fin, ni dans la continuité totale de l’horreur ressentie précédemment – notamment dans la partie sur le passé – ni dans le soulagement après la tension, est dans un entre-deux qui m’a personnellement un peu déçue.
Ceci dit, un récit horrifique qui joue sur l’invisible et l’incompréhensible, est difficile à finir de manière à satisfaire pleinement. Cette conclusion est tout à fait honnête de la part de Josh Malerman, mais n’est pas forcément la plus marquante ou la plus originale qui aurait pu être.

Une peur horriblement communicative et efficacement mis en scène

Mais revenons à la qualité principale de Bird Box : l’angoisse.
Stressant, oppressant, le récit joue avec l’absence total de contrôle face au danger, et la privation du sens premier qui permet d’apercevoir et échapper à une situation périlleuse. Le cerveau du lecteur comble les blancs, de façon bien plus efficace que n’importe quelle description détaillée d’un danger bien visible.

Le style assez télégraphique de Josh Malerman, aux phrases courtes, est efficace et ajoute à cette dimension stressante. A condition d’être à là la base sensible aux films d’horreur plutôt de type fantastiques que gore, alors cet aspect devrait totalement fonctionner.
Ce roman est tellement stressant que le lecteur est accroché tout de suite et a littéralement besoin de finir le livre pour que ce stress ne lui colle plus à la peau. L’angoisse, bien réelle, met le lecteur en état de paranoïa, au point qu’il sentirait presque les créatures inconnues se pencher sur son épaule.
Âmes sensibles, vraiment s’abstenir, car cette lecture peut provoquer des cauchemars et des états de stress assez désagréables. En revanche, les amateurs de sensations fortes, à condition d’être sensibles à ce genre d’intrigue, ont de quoi se régaler.

Au fil de l’intrigue dans le passé, l’auteur propose tout un panel de situations angoissantes, d’attente, d’engueulades, de questionnements, d’expériences qui permettent de rendre la menace toujours plus étouffante. Le but n’est pas d’apporter une réponse quant à cette menace mais d’évaluer les capacités de survie des uns et des autres, jusqu’à trouver ou non une situation un peu moins pire.

Des protagonistes « juste » efficaces, c’est déjà pas mal

Mais si Bird Box est un livre très efficace sur la terreur qu’il inspire, il n’est pourtant pas un livre d’une qualité délirante par ailleurs.
Outre un style plus efficace que remarquable et une histoire somme toute assez simple surtout basé sur la frayeur qu’elle communique, les protagonistes sont assez standards. Bien posés, on ne les confond pas, leurs caractères sont différents. Mais ils ne sont pas plus profonds que nécessaires à l’efficacité du récit.
Car ce qui captive dans Bird Box ce n’est pas vraiment leur destin à eux, c’est que le lecteur se projette à leurs côtés. Josh Malerman donne juste assez pour que le lecteur s’imagine des affinités ou non avec les personnages, pour que les tensions entre eux ajoutent au stress ambiant et au danger. Leur peur à chacun est contagieuse et l’auteur la relance régulièrement par un événement ou l’autre. Ils se contaminent les uns les autres et emmènent le lecteur avec eux.

Malorie est la survivante, raisonnable, attentive, active. En tant que telle, elle apparaît dans le présent proche de la folie, la force qu’elle mobilise pour leur survie à tous trois est difficile à appréhender. Son comportement froid avec les enfants peut dérouter mais reste cohérent dans ce contexte où la moindre erreur peut être fatale.

A défaut d’être un roman de grande qualité, Bird Box est un récit diablement efficace dans sa capacité à effrayer. Si l’angoisse vous attrape dans ses griffes vous n’en sortirez pas avant d’avoir terminé le livre. Et encore…

Challenge Halloween 2014