Lexicon (Max Barry)

Lexicon (Max Barry)

Lexicon

Auteur : Max Barry
Editeur : Delpierre
Date de parution : 09/2014
Pages : 444
Prix : 20€ / 12,99€ ebook

Pour Wil, tout commence comme un véritable cauchemar. Venu rejoindre sa fiancée, il est agressé à son arrivée dans l’aéroport par des inconnus qui semblent le prendre pour quelqu’un d’autre, un type qui aurait survécu à un très grave accident en Australie. Et voilà même qu’on tente de le tuer ! Entraîné malgré lui dans une aventure à cent à l’heure, il va découvrir l’univers des poètes, ces gens qui utilisent les mots pour manipuler leurs semblables, et surtout le destin d’une certaine Woolf, dont l’histoire commence il y a plusieurs années à San Francisco…

Une lecture pied au plancher, aux deux intrigues qui convergent peu à peu

Lexicon est un bouquin axé divertissement, qui ne néglige pas son cadre et mise beaucoup sur le rythme. La scène d’ouverture est un dialogue, ce qui annonce déjà la couleur et globalement, à part pour décrire des actions, on retrouve tout le long cette narration très dynamique et verbale. Très vite, le lecteur se sent pris comme dans un bon vieux film d’action à l’américaine, avec course-poursuites, manipulations, danger et pointe d’humour qui va bien.

Pour faire simple, disons que deux axes narratifs se déroulent en parallèle.
D’un côté, la fuite de Wil avec le dénommé Tom qu’il rencontre en première page, dans le présent et à 99% dans l’action pure. Wil ne pige rien à ce qui se passe et grâce à sa détermination à arracher des informations à son camarade d’infortune, le lecteur finit par recoller les morceaux d’un puzzle : l’histoire selon le point de vue de Tom. Pas évident en tout cas de rassembler ces pièces éparses quand ça bouge dans tous les coins et que le contexte de départ n’est pas connu, il faut parfois s’accrocher, mais on retombe sur ses pattes.
De l’autre côté, Emily, jeune fille de seize ans recrutée pour devenir poète et dont le lecteur va suivre l’ascension peu à peu. Partie plus posée, qui permet de découvrir un personnage complexe, méfiant, un brin délinquant et dont les erreurs de plus en plus grosses pourraient bien avoir des conséquences terribles. De manière assez perturbante, l’auteur ne dévoile pas au départ que cette trame se déroule dans le passé, mais le savoir permet de mieux apprécier l’alternance de parties.

Entre ces deux narrations, parfois un chapitre en dehors de ces trames temporelles et surtout entre chaque chapitre des petites coupures presse ou commentaires internet sur la manipulation des médias et les couvertures pour les actions des poètes. Petits détails bien sympathiques qui donnent une perspective différente.

« Les mots peuvent tuer ». Magie ? Non, science-fiction astucieuse !

Le cadre de ce thriller est clairement science-fictif même si les capacités de poètes peuvent paraître assez magiques au premier abord. Manipuler par les mots, faire tomber les barrières mentales, ce n’est pas très banal. Max Barry offre là l’originalité de son ouvrage, en développant toute une théorie basée sur les sciences du cerveau, la connaissance des personnalités… Grâce surtout à l’apprentissage d’Emily, le lecteur découvre un pan très réfléchi et assez fascinant de l’intrigue.

Par contre, comme il faut parfois donner beaucoup de détails d’un coup, l’auteur le fait par des passages assez bavards, peu intégrés à l’action. Au contraire même, tout ce qui s’intègre à l’action manque de contexte et paraît régulièrement confus avant de pouvoir se raccrocher aux branches plus loin, lors d’une bonne vieille discussion (plus ou moins) posée. Dommage pour ces déséquilibres dans l’éclaircissement du cadre, qui n’est du coup pas forcément très naturel.

Les retournements de situation sont assez prévisibles mais fonctionnent bien et finalement, le lecteur est tout de même très accroché. Intrigué par le fin mot de l’histoire, il veut comprendre ces questions de poètes et de mots qui peuvent tuer. L’auteur répond à ce niveau à toutes les questions.

Plusieurs destins liés, des rapports humains compliqués

Max Barry met beaucoup de choses dans son roman. La part thriller est clairement dominante, les deux trames narratives finissant par se rejoindre en un final explosif, comme on l’attendait. Le côté « poète » donne une personnalité intéressante et inédite à ce genre de récit.

Et enfin, Lexicon est l’histoire de plusieurs personnages et surtout d’Emily, même si son point de vue est peu mis en avant. La manipulation autour de ces personnages est assez alambiquée, à plusieurs niveaux qui se dévoilent au fil des pages.
Comme pour les révélations sur ce que sont les poètes, les révélations concernant Emily, Tom ou Wil n’arrivent pas forcément aux moments les plus opportuns, souvent en retard, parfois en avance lorsque le lecteur manque encore de clés de compréhension.
Malgré tout, un drame humain complexe se dessine, la personnalité fragile et tourmentée d’Emily arrive à toucher le lecteur qui se demande pendant un bon moment si elle va basculer du côté obscur ou non. Il est juste à regretter que, pris dans son rythme effréné, Max Barry n’appuie pas tout à fait assez sur le ressenti des protagonistes, leurs doutes, les tumultes qui les habitent. Car le lecteur les perçoit et les comprend mais reste un peu étranger à tout cela.

Même si Lexicon dévoile peu de surprises et se positionne comme un film d’action classique, il en possède l’efficacité malgré sa narration un peu floue. Accrocheur grâce à son cadre original de SF et son action omniprésente, il offre un bon moment de fun, même s’il ne restera pas en mémoire comme une œuvre inoubliable.