La Voie des Oracles t.1
(Estelle Faye)

La Voie des Oracles tome 1 : Thya (Estelle Faye)

La Voie des Oracles

1. Thya

Auteur : Estelle Faye
Couverture : Aurélien Police
Editeur : Scrinéo
Date de parution : 10/2014
Pages : 337
Prix : 16,90€

Gaule, Ve siècle après Jésus-Christ.
Plus le christianisme progresse et plus les anciennes croyances reculent. En tant qu’Oracle, Thya, fille du Général romain Gnaeus Sertor, est en danger permanent. C’est pourquoi il l’a envoyée il y a bien des années s’exiler en Aquitania.
Mais lorsque son père manque d’être assassiné, la jeune fille prend la décision de s’enfuir et de suivre ses visions. Ces dernières l’entraînent loin vers le Nord-Est, vers Brog, ancien terrain des exploits de Gnaeus Sertor. Dans l’ombre, les anciens dieux et leurs créatures suivent de très près la progression de Thya vers son Destin.

Une écriture riche et pleine de charme qui fait voyager

Ma première rencontre avec Estelle Faye n’avait pas été très heureuse. La Dernière Lame montrait un bel imaginaire et une plume prometteuse mais une narration inaboutie. Ici, la surprise fut bonne et me voilà réconciliée avec l’œuvre de l’auteur.
Au départ, la lecture de La Voie des Oracles t.1 est très hachée du fait d’une surabondance de phrases très courtes et un emploi très généreux de virgules. Heureusement, cela finit par se faire oublier et le rythme de croisière s’installe rapidement. Quelques répétitions ponctuent le texte régulièrement sans trop l’alourdir et quelques tics typiques de la young adult se repèrent sans tomber dans le cliché. Des défauts mineurs pour pinailleur, pour un récit globalement bien maîtrisé.

La narration est bien équilibrée, les descriptions naturelles et réalistes. Le style d’Estelle Faye s’avère très plaisant et entraînant, léger et vivant. Son imaginaire est quant à lui toujours aussi riche, à la fois lumineux et sombre dans un mélange bien dosé. L’aventure est accrocheuse, le passé pèse sur le présent et les incertitudes concernant l’avenir sont angoissantes.
Plus la lecture avance et plus le lecteur est immergé dans le récit, aux côtés de Thya, l’accompagnant dans son voyage au cœur des forêts, sur les vieilles routes romaines et dans ces villes de la Gaule d’il y a bien longtemps. Car ce premier volume est avant tout cela : le trajet de Thya, qui quitte la maison protectrice de son enfance pour se lancer seule ou presque dans le vaste monde, sur des chemins dangereux, vers un avenir qu’elle perçoit sombre.

Une expérience qui transforme peu à peu les héros, individus complexes

Les protagonistes sont intéressants, dans leur personnalité mais aussi leur évolution, leurs secrets, leurs conflits intérieurs. Thya est romaine mais élevée à l’écart de l’Empire. Elle fait preuve d’un mélange d’arrogance, de sauvagerie et d’humilité assez complexe.
Enoch, le jeune homme de l’histoire, est un fanfaron superficiel, mais cache une histoire sombre et une personnalité troublée. Peu à peu leur histoire se dévoile, les sentiments évoluent. Ils mûrissent et grandissent, acceptent ou rejettent certains pans de leur passé et de leur futur.

Ce premier tome est une sorte de quête qui permet à Thya comme à Enoch de se dévoiler, de grandir et d’acquérir un certain potentiel, de voir le monde tel qu’il est et de faire face à leur destin. Ces changements se font plus ou moins violemment, avec logique, et rendent ces héros attachants. Autour d’eux évoluent des hommes (essentiellement) plus âgés et/ou plus mûrs. Tout comme les deux jeunes gens, ils offrent divers niveaux de complexité.

S’il semble y avoir un grand méchant, le frère de Thya, la plupart du temps aucun protagoniste n’est foncièrement bon ou mauvais. Qu’ils aient fait preuve de lâcheté, qu’ils aient trahis, soient mus par la crainte, ils peuvent aussi faire preuve de loyauté, se repentir, admettre des fautes, protéger….
Le réseau des liens et émotions entre personnages est dense et mouvant, en équilibre parfois délicat. Estelle Faye orchestre tout cela avec habileté.
Les rencontres de Thya et ses amis sont aussi un bon prétexte pour peindre le portrait de cet Empire romain en déclin, de cette Gaule menacée par les barbares d’un côté et par les chasses aux sorcières sur ses propres terres.

Un imaginaire fascinant, entre ombre et lumière

Ce qui fait le charme particulier de ce premier volume est sans aucune doute la touche d’imaginaire, liée au décor original. De la fantasy au Ve siècle après J.-C., voilà qui ne court pas les rues.
Estelle Faye détaille bien cet univers où l’Empire romain est sur le déclin, avec moult expressions latines et descriptions de la vie quotidienne, de l’architecture, des croyances… Le christianisme chasse les sorcières, tue l’ancien monde. Mais Thya est une Oracle et en tant que telle liée au vieux monde. Et ce dernier s’incarne régulièrement sur sa route. Un faune aux yeux d’or, un dieu souterrain, une dryade… au fil du voyage un certain nombre de ces créatures sont rencontrées.

Elles donnent aussi leur point de vue, l’auteur leur donnant la parole à plusieurs reprises dans sa construction où chacun peut devenir narrateur. Tout cela est vraiment dépaysant, enchanteur et très mystérieux. Parfois dangereux également. Car Thya et ses amis ne croisent pas que des alliés.
Les forces en présence ne sont pas encore toutes bien identifiées et les raisons de l’intérêt que porte le vieux peuple à Thya restent assez floues. Espérons qu’elles seront explicitées dans les volumes suivants de cette trilogie.

Derrière la sublime couverture d’Aurélien Police se dévoile un récit fort plaisant à lire, envoûtant, qui donne envie de continuer à cheminer avec Thya et ses amis, vers un avenir encore inconnu.

(à paraître le 9 octobre)

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