Magasin Général t.1 à t.8 (Loisel, Tripp)

Magasin Général tome 1 : Marie (Loisel, Tripp)

Magasin Général t.1 à t.8

Scénariste : Régis Loisel, Jean-Louis Tripp
Dessinateur : Régis Loisel, Jean-Louis Tripp
Editeur : Casterman
Date de parution : 2006 à 2012
Pages : 64 à 84 le tome
Prix : 15,50€ le tome

Marie est une jeune veuve qui a hérité de la lourde tâche de gérer le Magasin Général de Notre-Dame-des-Lacs. Dans cette région isolée du Québec des années 20, la petite communauté est bien rodée, on cancane, on ne rate pas la messe, on se marie, travaille, meurt. Très vite arrive Serge, qui s’installe Ô scandale au dessus du Magasin Général, près de Marie qui a vite trouvé en lui un ami, et en l’absence des hommes, partis en campagne hivernale.

Un environnement figé sans cesse bousculé

Magasin Général est une BD « d’atmosphère ». Elle transporte dans cette campagne reculée, où se parle un savoureux québecquois rendu – heureusement – accessible à tous les francophones. La vie s’y déroule au rythme des saisons et du travail, rythme rigoureux qui ne supporte pas de perturbation. Et justement, les auteurs s’amusent à introduire des ruptures dans ce quotidien parfois un peu pâlot. L’arrivée de Serge dans le tome 2 est la première importante. Il est l’étranger, le célibataire, un élément dont il faut se méfier. Pourtant, il réussira à trouver une place, pas forcément facilement au départ, grâce à sa gentillesse et ses nombreux efforts. D’autres individus interviennent ponctuellement ou durablement dans ce petit univers fermé, et le décor d’une ville s’invite par moments en milieu de série. Bref, impossible de se lasser, il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir, une nouvelle ambiance, des nouvelles relations humaines… Et le tout dans une joyeuse pagaille, pour notre plus grand plaisir.

Des caractères hauts en couleurs et touchants

Les personnages sont particulièrement attachants. Leurs personnalités et leur évolution font tout le sel du récit. Le trio de sœurs bigotes toujours promptes à s’offusquer est à s’écrouler de rire, Marie est une gentille fille serviable mais qui en a un peu marre d’être toujours ce qu’on attend d’elle, Serge est adorable et patient, le curé hésitant est coincé entre ses bigotes et des gens qui bousculent les règles chrétiennes strictes mais qu’il apprécie, puis apparaît Noël le vieil original, Gaëtan jeune homme simplet touchant. Mais il faut vraiment compter avec tout le petit monde autour également, avec les amitiés, les couples, les familles.

Magasin Général, tome 4 : Confessions (Régis Loisel, Jean-Louis Tripp)

Des confrontations ont souvent lieu entre les caractères, souvent forts, mais aussi entre générations. L’incompréhension s’installe avant de laisser place au dialogue, les oppositions naissent pour finir en connivence. Tous ces liens sont dynamiques, fragilisés puis renforcés. Les individus sont complexes comme peuvent l’être tous les humains, prompts à réagir, regretter, espérer, juger, oublier… Serge est une grande influence sur Marie, il lui permet de se poser les bonnes questions et de trouver le courage de prendre des décisions. C’est elle qui évolue le plus. Femme renfermée, fragile, trop serviable et triste au départ, elle s’ouvre peu à peu à la vie et apprendre à la croquer à pleines dents, parfois de façon imprévisible, et tant pis pour la tranquillité du village. Le curé n’est pas en reste et nous offre de beaux moments, ce n’est clairement plus le même homme entre le 1er et le 8ème volume.
Les regarder vivre et changer est un véritable bonheur, le lecteur se sent vraiment proche d’eux.

Une œuvre riche en émotions et sensations

Magasin Général est une lecture sans but, sans intrigue, juste une histoire de vie, agréable comme une bonne flambée en hiver, elle réchauffe le cœur. On passe presque du rire aux larmes. De très nombreuses situations prêtent à sourire, dans les comportements, les situations, le parler savoureux ou les petits détails apportés par le graphisme et qui ne contribuent pas directement à l’intrigue (comme par exemple quand Gaëtan joue en arrière plan et fait des bêtises). Mais certains passages sont durs, surtout pour Marie sur qui pèse le veuvage et sa position centrale dans la vie du village. Sa détresse est communicative, mais heureusement elle trouve toujours une écoute attentive, auprès de Serge ou des ses amies.

Le dessin à quatre mains est tout en rondeur et accompagné de couleurs douces. Il contribue à renforcer l’attachement ressenti envers les habitants du village et donne des airs accueillants et confortables à l’environnement. L’introduction au début de chaque tome montre l’influence des deux artistes sur le graphisme, ce qui permet de mieux identifier les apports de l’un et de l’autre par la suite.

Bref, malgré les volumes qui s’accumulent (la série devait au départ compter 3 tomes, maintenant elle se terminera au 9) le lecteur ne ressent pas de lassitude. Au contraire, il en redemande tant la lecture de Magasin Général laisse l’impression de faire partie de cette grande famille.

Magasin Général, tome 8 : Les Femmes (Régis Loisel, Jean-Louis Tripp)