Mirobole Editions et Anders Fager à la librairie Charybde

En marge des Dystopiales n°8 qui ont eu lieu le samedi 28 juin, la librairie Charybde organisait dimanche dernier une rencontre avec les éditions Mirobole et l’auteur suédois Anders Fager, qui a signé chez eux Les Furies de Boras.

Mirobole éditions

C’est en petit comité que l’éditrice (l’une des deux du moins, l’autre n’étant pas présente) nous a présenté sa jeune maison d’édition créée en 2013 et qui possède deux collections : Horizons Pourpres, collection d’imaginaire et d’étrange et Horizons Noirs pour les polars/thrillers. Elle compte à l’heure actuelle 8 titres (4 dans chaque collections) et tous reçoivent un excellent accueil des critiques et des lecteurs.

Le livre d’Anders Fager nous a donc été succinctement présenté, recueil de textes fantastiques bien sombres. L’auteur a alors largement pris la parole (dans un très bon anglais) pour dévoiler des origines des textes de son recueil, aborder la Suède et demander notre perception de celle-ci au travers du livre.

Il a ainsi révélé que tout ce qu’il décrit dans son livre est à sa portée physique, autour de chez lui, dans un rayon de quelques kilomètres (parce qu’il se dit très fainéant, ça lui facilite les recherches).
Il décrit un quotidien familier et peut situer précisément chaque action et chaque personnage, comme l’école de Liam dans le texte éponyme qui est celle de son fils (ce qui est super flippant quand on voit le contenu du texte). Il s’est même servi de l’histoire de certains lieux ordinaires pour ses mises en scènes, comme cette maison de retraite à Stockholm qui semble ne connaître que des problèmes et faits divers au fil des décennies.

Anders Fager à la librairie Charybde (Paris), le 29 juin 2014Anders Fager papote avec son public, en tenant à la main un catalogue sur lequel il écrit les noms des lecteurs pour ne pas se tromper sur les dédicaces

Il a bien entendu évoqué son affinité avec Lovecraft, qu’il a connu par le jeu de rôle L’Appel de Cthulhu alors que l’auteur était très peu connu en Suède et peu traduit. Il a été dès ce moment, à ses 19 ans, inspiré par ces univers sombres et en a gardé des idées, bien au chaud dans une boîte. Il a ensuite ressorti tout ça pour en prévoir trois recueils.
Dès la parution du premier de ces recueils, il fut repéré par une grande maison d’édition suédoise qui, pour des raisons logistiques, a publié tous ses textes en un seul volume. Chez nous il y a une seule suite prévue aux Furies de Boras (nous avons déjà les 3/5e des textes à peu près).
Aujourd’hui Anders Fager écrit une trilogie de romans. Le second est sur le point de paraître en Suède. Toujours dans l’univers du « Culte » (comme Les Furies de Boras) tel qu’il a été nommé par des lecteurs, il nous en a parlé un moment et autant vous dire qu’on a envie que ça arrive chez nous.

L’éditrice présente a quant à elle évoqué le côté roman noir de l’écriture de l’auteur et sa capacité à bien écrire les enfants et les adolescents. Anders Fager nous a demandé ce que nous pensions de ces jeunes personnages car il avait peur que l’on sente qu’un homme mûr inventait un enfant, au lieu de voir directement l’enfant dans le texte. Mais les retours des lecteurs sont plutôt positifs à ce niveau, le mien y compris, et l’auteur n’en est pas peu fier.

Les Furies de Boras (Anders Fager)Une jolie et intrigante couverture. Pour lire le résumé, cliquer sur l’image

Anders Fager ne s’est pas contenté de nous faire l’article concernant son travail, même s’il dit en riant lui-même que ses textes sont très bons. L’échange s’est rapidement créé entre l’auteur et les personnes présentes, autour de la maison d’édition et de son livre mais également sur d’autres sujets.

Ce qui a beaucoup occupé la discussion est la question du genre.
Mirobole se démarque, par sa maquette et son choix de titres, des genres de l’imaginaire. Les textes réussissent à toucher un public non habitué, voire réfractaire et leur qualité commence à être largement reconnue par la presse. Anders Fager aime cette idée d’être une passerelle possible entre le genre et le non-genre.
Nous avons pour notre part mentionné la mauvaise image des genres de l’imaginaire en France, le snobisme qu’il peut exister à leur encontre et nous avons un peu comparé différents pays, Anders apportant sa connaissance de la Suède et disant que bien souvent dans chaque pays on trouve une sorte de mépris pour ces littératures.

Au bout de cette discussion nous sommes à peu près tombés d’accord pour dire que les choses changeaient, lentement. Notamment parce que les jeunes générations ont été élevées dans un mélange de genre et de non-genre, notamment grâce au cinéma mais aussi aux jeux vidéos et aux séries TV et donc ne cloisonnent plus autant.

Au-delà de la question du genre il y avait la question de l’audace des éditeurs, de leur évolution. Nous avons donc parlé du numérique et de la difficulté des grosses maisons de s’y mettre.
Anders Fager dit de façon très juste que nous ne pouvons pas encore savoir quels seront les usages demain. Peut-être que les liseuses ne marcheront pas à terme par exemple, et de toute façon l’équilibre papier/écran est difficile à prédire, tout comme le public qui restera à l’un ou passera à l’autre. Il se demandait pourquoi nous avions des liseuses, puisque ça représente un objet de plus, après le téléphone, l’ordinateur…
Nous avons donc répondu qu’il s’agissait pour nous d’une alternative de stockage, vu que nous manquons de place pour nos livres papier. Nous avons aussi évoqué en France le dynamisme des petits éditeurs de genre par rapport aux autres sur la question du numérique, le fait qu’ils testent des formules, cherchent à évoluer là où les gros éditeurs historiques se contentent de rester sur leurs acquis. Et l’auteur est d’accord pour dire qu’ils risquent de rester sur la touche à se contenter de leur gloire passée et de leurs habitudes.

Exemples de titres MiroboleExemples de titres Mirobole Editions. A gauche trois titres Horizons Pourpres, à droite deux titres Horizons noirs. Et marque-page

Si les textes d’Anders Fager sont sombres et effrayants, l’auteur est quand à lui affable et plein d’humour. Il parle facilement et fait le show, nous entraînant, ainsi que son éditrice et son épouse, dans ses délires. Il nous a notamment fait mourir de rire en nous parlant de la perception des pays vus d’autres pays. Magnifique imitation du Paris romantique perçu par les touristes tout d’abord, puis enchaînant sur le fait qu’en Suède ils n’ont personne de connu qui est décédé dans une baignoire (en référence à Jim Morrison) ça fait tout de suite moins glamour. Pourtant, les allemands ont des fictions de type « romance suédoise » totalement fantasmées et ils ont aussi été vus comme des extra-terrestres aux alentours des 70’s, en avance qu’ils pouvaient être sur le free-sex et par leur politique socialiste non communiste, un système qui marchait.

Cela a donné l’occasion aussi de parler narration. Difficile en effet de décrire des lieux par le regard d’un personnage pour qui il s’agit du quotidien, car celui-ci ne remarque plus le décor, donc ne va pas s’attarder à le décrire. Il n’en verra que l’inhabituel. Ça paraît évident, mais il fallait le réaliser et surtout il faut réussir à doser justement ses descriptions en conséquences.

Des petits symboles sur les livres MiroboleNotez le soin apporté à la maquette : en plus du logo éditeur en bas du dos, chaque livre a son petit symbole personnalisé !

Côté Mirobole éditions nous avons parlé, en plus de leur volonté de s’échapper des codes des genres (imaginaire ou polar par ex), de leur façon de trouver des récits.
Si vous le notez, beaucoup de récits Mirobole proviennent d’Europe de l’Est ou du Nord. C’est grâce à des contacts avec les éditeurs et agents étrangers que les éditrices ont trouvé leurs pépites. Parfois c’est en faisant une recherche sur internet, comme pour Comment j’ai mangé mon père, ma mère et retrouvé l’amour, lorsqu’elles ont voulu faire un récit de zombie différent (arrivée en poche à la rentrée, mais l’objet grand format vaut le détour). Des synopsis en anglais et la validation de leurs traducteurs permettent de faire des choix définitifs.
Ayant publié 4 titres en 2013 et prévu 6 pour 2014, elles espèrent augmenter ainsi doucement jusqu’à atteindre la douzaine.

L’identité visuelle a été très travaillée, à la base par un graphiste sud-africain. Nous la trouvons très réussie, sobre mais intrigante, pertinente par rapport aux titres et parfaitement identifiable au milieu du reste de la production littéraire. En plus je suis assez fan des quatrièmes de couverture qui trouvent le juste milieu entre intriguer le lecteur et ne pas trop dévoiler de l’histoire. En quelques lignes les ambiances sont saisies, le lecteur accroché (si je devais choisir seulement un livre d’après le résumé j’aurais bien du mal, tout a l’air bien !).

Merci à la librairie Charybde, à Anders Fager et à Mirobole Editions pour cette excellente après-midi, plein d’informations intéressantes et en bonne compagnie !

Dédicace d'Anders Fager sur Les Furies de BorasNice meeting you too ! (Oui il dessine bien hein). Dédicace pour Herbefol
dans
Les Furies de Boras