Morwenna (Jo Walton)

Morwenna (Jo Walton)

Morwenna

Auteur : Jo Walton
Editeur : Corsair
Date de parution : 03/2013
Pages : 416
Prix : 7,99£ / 4,79£ ebook

En1979, Morwenna est contrainte de quitter son pays de Galles natal pour être prise en charge par son père en Angleterre. Ce dernier l’envoie bien vite dans une école privée où l’adolescente, handicapée par un accident, est isolée de tout repère familier. Heureusement, Mori a ses livres, surtout la science-fiction, qu’elle dévore avec passion. Mais l’ombre d’une mère à moitié folle et de l’accident d’une sœur adorée planent au-dessus de sa tête fragile. Trouvera-t-elle le courage – peut-être grâce à ses lectures ou bien dans la magie – d’aller de l’avant et de se libérer du passé ?

Une rencontre manquée

Aujourd’hui la chronique sera un peu spéciale. Ce titre avait tout pour me plaire, d’où mon envie de le lire qui n’a jamais diminué depuis qu’il s’était fait remarquer outre Atlantique. Une ado marquée par la vie qui a du mal à grandir, une histoire de famille difficile, une magie qui n’apparaît pas à tous et qui ne s’imprime que légèrement sur le monde, un amour de la littérature et de la SF en particulier… Malheureusement, la magie n’a pas opéré lors de ma lecture et je suis restée un peu de côté, sans pouvoir totalement l’expliquer. Déception personnelle donc malgré des qualités certaines et je vais tenter d’en donner les raisons.

Une héroïne assez statique et distante

Morwenna c’est le journal de la jeune Mori, ado enfermée en elle-même, très analytique, observatrice qui se pose beaucoup de questions et finalement en oublie un peu de vivre. Le ton y est par conséquent très froid, factuel, très peu marqué par l’émotion. Une petite flamme s’allume lorsque la SF entre dans son quotidien et quand elle lui permet de rencontrer des gens qui partagent sa passion.
Le monde est limité à son univers, ses croyances, les paysages de son enfance. Elle ne voit rien d’autre, s’accroche au souvenir de sa sœur, à ses peurs, à sa magie. Bref, au regard de son journal, Mori semble figée dans le temps et presque dans l’espace, une sensation qui perdure tout le long du livre.

Ce choix narratif est intéressant mais l’évolution de Mori est très légère sur les quelques mois que brosse le texte. Il se passe bien peu de choses et dans son entourage et dans sa tête, et au final Morwenna ne change que très peu. Certes sur la fin on sent qu’elle va enfin grandir, qu’elle a commencé à évoluer, à s’affirmer et à s’ouvrir au monde plus vaste. Du coup le moindre petit changement qui intervient représente un tournant clé de sa vie, ou plutôt un nouveau pied posé dans la vie.
Mais le roman paraît bien long au regard du peu de preuves de son évolution. Le point le plus important pour elle arrive sur la toute fin, dans une confrontation très brutale par rapport au reste du récit. Cette fin un peu étrange ne compense pas le long et monotone chemin qui précède, même si tout au long de ces jours en compagnie de Mori le lecteur a pu découvrir, petit bout par petit bout, le passé de cette famille et l’impact qu’ont pu avoir les individus et événements autour d’elle.

Du positif !

Malgré tout, la personnalité de Morwenna est intéressante. C’est une ado qui angoisse de son action sur le monde, qui veut être aimée pour elle et pas à cause d’un de ses appels à la magie. Ses peurs virent presque à l’obsession ; peur de changer le cours des choses par sa présence, de perdre ce qui a été et d’aller vers ce qui sera. Elle s’isole aussi elle-même des autres la plupart du temps, voyant en eux parfois un danger ou jugeant qu’elle ne les intéresse pas. Cet aspect – les craintes irrationnelles d’une jeune personne marquée par des épreuves et qui a du mal à grandir malgré elles et notamment avec les autres– est bien cerné par Jo Walton.

Les amoureux de la lecture se reconnaîtront dans la passion de Mori, qui est contagieuse. Il est vrai que le roman donne envie de redécouvrir les classiques de la SF et on se surprend à noter quelques noms. Cependant, ce joyeux étalage vire vite au catalogue, ce qui n’a pas grand intérêt pour le cœur du récit et l’évolution de Morwenna. Il peut devenir lassant et lourd pour certains lecteurs – dont moi. Ce n’est pas franchement nécessaire de citer des dizaines de noms pour donner envie et transmettre la passion. Et si l’objet du livre était cet inventaire, alors c’est qu’il n’était pas pour moi, ce n’est pas ce que j’attendais après avoir lu le résumé.

Magie es-tu là ?

Quant à la magie, elle offre de belles scènes visuellement, notamment pour celles qui se déroulent au Pays de Galle. Sa définition et ses règles sont intéressantes et bien expliquées. Mais en réalité elle sert assez peu à l’intrigue et surtout il est difficile de savoir si Jo Walton joue sur l’ambiguïté de son existence ou non. 80% du temps la magie a l’air bien réelle, mais parfois on vient à douter et on se demande si ce n’est pas une fixation de Mori comme peuvent en avoir des ados qui ont des histoires difficiles (ou qui ont simplement beaucoup d’imagination ou souhaitent faire partager la « magie » de leur pays en l’incarnant dans des histoires fantastiques). Je n’ai rien contre l’ambiguïté, mais l’ambiguïté de l’ambiguïté commence à faire beaucoup.

Je ne saurais expliquer la raison, mais j’ai trouvé que cet aspect imaginaire s’intégrait assez mal, il ne sert qu’à quelques occasions clés. C’est notamment l’action finale, au rythme vif et à l’explosion magique, en décalage avec le reste du livre, qui rend encore plus étrange ce recours à l’imaginaire ; tout comme le partage de son univers que Morwenna propose à un protagoniste sur la fin (selon l’interprétation de la magie, c’est une belle histoire ou quelque chose d’assez inquiétant). En bref, cet aspect du livre ne semble pas totalement abouti.

Malgré tout, Morwenna est un roman qui se laisse lire et offre assez de moments intéressants pour ne pas lasser franchement. Mais après lecture il ne me laisse pas grande impression, si ce n’est celle d’une déception après tant d’attente. Heureusement que d’autres ont été bien plus convaincus que moi.

Morwenna (Jo Walton)Morwenna, Jo Walton – Denoël Lunes d’Encre – 04/2014
traduction Luc Carissimo – 352 pages – 21,50€