La Maîtresse de guerre (Gabriel Katz)

La Maîtresse de guerre (Gabriel Katz)

La Maîtresse de guerre

Auteur : Gabriel Katz
Editeur : Scrinéo
Date de parution : 01/2014
Pages : 446
Prix : 16,90€ / 11,99€ ebook

Kaelyn est la fille unique d’un maître d’armes qui lui a transmis ses compétences et sa passion. Décidée à gagner sa place dans un monde profondément masculin, elle s’est enrôlée dans l’armée des libérateurs et se retrouve sur des terres complètement étrangères, au début d’un conflit d’ampleur. Capturée au premier jour, elle apprendra à découvrir un monde inconnu et ses habitants et à mieux comprendre la guerre, notamment grâce à celui qui a maintenant droit de vie ou de mort sur elle.

Un cadre à la fois exotique et familier

Pour son nouveau roman, Gabriel Katz replonge dans son univers du Puits des mémoires, mais en entraînant le lecteur dans un pays inconnu. Quelques éléments sont donc connus de ceux qui ont lu la trilogie parue précédemment, comme par exemple les allusions au système de magie, qui s’avère peu développé dans cette partie du globe, ou encore l’évocation de régions traversées ou mentionnées par les compères Olen, Nils et Karib. Mais la lecture de La Maîtresse de guerre reste malgré tout totalement indépendante de celle de la trilogie.

Le nouveau décor est dépaysant, rappelant par bien des aspects certains pays arabes d’une époque lointaine. Les paysages décrits sont magnifiques et l’auteur prend le temps de dévoiler plein d’anecdotes, de personnes, d’éléments culturels qui font vivre Azman. C’est également au travers de la découverte de Kaelyn l’occasion de confronter on-dit et réalité, de se rendre compte de la bêtise et de l’aveuglement alimentés par la méconnaissance et la peur.

Une riche palette de personnalités dans cette histoire de conflit(s)

La Maîtresse de guerre est l’histoire… d’une guerre, qui commence avec l’arrivée des éclaireurs de la première bataille. C’est également et de façon indissociable l’histoire de Kaelyn, cette jeune femme déterminée à devenir maître d’armes dans un monde particulièrement sexiste. Les batailles et les épreuves s’annoncent nombreuses, mais l’héroïne est intrépide et résolue. Sa jeunesse apparaît à la fois comme un atout et inconvénient. Kaelyn est forte et tenace, mais elle veut aller vite, manque parfois de subtilité et fait preuve de naïveté. Son périple sera riche en rencontres et leçons, parfois rudes.

Gabriel Katz offre dans cette histoire une palette de personnalités très riche. La force ne dépend pas du sexe du protagoniste et la faiblesse apparente des uns cachent souvent une force particulière. En bref, ce roman met en scène des êtres humains en nuances ; en découlent des confrontations intéressantes, des positions dominant/dominé sans cesse remises en question, chacun usant des armes qu’il connaît le mieux, fer, séduction, mensonge, manipulation… Les « méchants » de l’histoire sont particulièrement réussis, mauvais à souhait, violents ce qu’il faut, agissant de manière démesurée, imprévisible.
Kaelyn quant à elle paraît un peu palote à côté de ces individus, gentille fille proprette à qui la chance sourit jusque dans le malheur, belle, courageuse et autres qualités attendues d’une héroïne, avec des défauts plus mignons que sombres. Elle reste cependant très sympathique et son énergie est communicative et on a envie de la voir triompher dans son combat pour la reconnaissance de ses capacités guerrières.

Un auteur à la plume fine mais qui semble en légère retenue

Quelle satisfaction de retrouver le style de Gabriel Katz tel qu’apprécié dans sa trilogie : efficace, entraînant, et surtout plein d’humour. Dès le premier chapitre les démonstrations sexistes et autres réflexions féministes sont particulièrement exquises, avec finesse et esprit, l’air de rien. Le message passe très bien et cette subtilité est vraiment agréable à la lecture. Elle permet de jouer avec les clichés qui ponctuent la route de Kaelyn et de rendre des scènes inévitables (et donc sans surprise) plus savoureuses.
A l’heure où beaucoup d’héroïnes littéraires ressemblent à des princesses dans un univers patriarcal finalement peu remis en cause, Gabriel Katz secoue un peu les attentes et sans réinventer l’eau chaude montre à ses lecteurs ados comme aux autres le ridicule et l’absurdité du sexisme.

Plus orienté « young adult » que Le puits des mémoires, La Maîtresse de guerre est un récit qui reste relativement léger et un peu trop gentillet par rapport au contexte guerrier et patriarcal. Mais si la complexité n’est pas dans l’intrigue ou le cœur du destin de Kaelyn, elle se retrouve dans les personnages, leur évolution, les jeux de pouvoirs et les influences, petites ou grandes qui influencent les guerres et peuvent mener au massacre d’un homme comme de milliers, une subtilité permise par le style fin de l’auteur.

Le plaisir de lecture final doit beaucoup à la légèreté de la plume de Gabriel Katz et sa capacité à rendre vivant les décors et les personnages. Sans doute un peu insuffisant pour les lecteurs matures qui peuvent attendre quelque chose de plus sombre vu le contexte, La Maîtresse de guerre est tout de même un roman très plaisant et divertissant, qui a de nombreux atouts pour séduire le jeune public.