Des milliards de tapis de cheveux (Andreas Eschbach)

Des Milliards de tapis de cheveux (Andreas Eschbach)

Des Milliards de tapis de cheveux

Auteur : Andreas Eschbach
Editeur : L'Atalante
Date de parution : 09/1999
Pages : 314
Prix : 17€ / 8,49€ ebook / 7,20€ en poche

Jour après jour, année après année, nœud après nœud, malgré sa vue qui faiblit, il tisse. Comme son père avant lui et le père de son père, il récolte et entrelace les cheveux de ses femmes et de ses filles pour créer l’œuvre de sa vie : un tapis, qui sera ensuite vendu, ce qui permettra à son fils d’à son tour dessiner la trame de son tapis et faire naître les motifs sous ses doigts. Telle est la tradition.
Le tisseur ne se demande pas qui achète le tapis et quel lieu celui-ci sera amené à orner. Pourtant cette économie a des impacts sur les individus, les familles, les villes, la planète… A quelle échelle s’étend donc le mystère des tapis de cheveux ? Quelle en est son origine et quel en est son objectif ?

Une architecture du récit étonnante

Le point essentiel de ce roman est sa construction bluffante. Andreas Eschbach ouvre son récit en se focalisant sur un petit fabricant de tapis et au fil des chapitres élargit l’univers autour de ces tapis et de ces tisseurs. Les voisins, puis le village, ensuite le continent, finalement la planète, l’univers même… Tout le livre est un puzzle qui mène à la résolution d’une énigme : que sont ces tapis de cheveux, où sont-ils envoyés et dans quel but ? Chaque point de vue, chaque échelle, permet de comprendre toujours un peu plus et de se rapprocher de la réponse. Cette dernière peut dérouter, elle déçoit même certains lecteurs, mais elle est parfaitement en accord avec les personnages impliqués et l’échelle de cette énigme.

De nombreux narrateurs, très différents de personnalité et d’histoire

Bien que sans héros véritable, les tapis étant le fil conducteur, le récit est très humain. L’écriture d’Eschbach est comme toujours vivante et colorée, faisant apparaître des ailleurs exotiques et des gens avec une apparente facilité. L’auteur met en scène les douleurs de ces derniers, leurs espoirs, leur foi, leurs colères. La construction même du roman permet d’envoyer ses protagonistes sur des voies impossibles à emprunter par des héros, des voies aux issues incertaines ou même inexistantes.

Les points de vue sont donc multiples, ceux des habitants de la planète brisent parfois le cœur tant les conditions de vie et de leur métier sont dures, écrasés par les traditions et le culte de l’Empereur. De l’autre côté, des points de vue extérieurs à la folie des tapis, libérés d’entraves religieuses et politiques a priori et ayant une autre vision du monde et de l’univers, permettent de mettre en valeur l’absurdité et l’incompréhension face aux tapis de cheveux. Ces approches alternent et parfois se mêlent, s’affrontent.

Les meilleurs éléments de la science-fiction et de la fantasy pour une intrigue socio-politique d’ampleur

Andreas Eschbach a créé un univers surprenant et aux visages très divers. La planète des tisseurs ferait presque penser à de la fantasy s’il n’y avait des vaisseaux qui emmènent les tapis au delà de la planète. A d’autres moments du récit, les aspects space opera sont très développés, avec des voyages spatiaux, de l’exploration, des conflits entre planètes, etc. Les aspects space opera et fantasy se mêlent aussi, comme dans les séquences politiques, avec l’ombre de cet Empereur autoritaire, à l’aura magique, acceptée de façon aveugle ou suscitant au contraire doute et rejet, sentiment de révolte. C’est un récit à la fois social par sa dimension humaine et politique par les équilibres en jeux qu’offre l’auteur.

L’addition d’un univers convaincant, d’une construction narrative étonnante et d’un style fin est captivante. Un roman d’Andreas Eschbach se lit toujours bien, presque d’une traite, mais Des Milliards de tapis de cheveux, qui fut son premier, frôle le chef d’œuvre.


La première phrase pour donner envie :

« Noeud après noeud, jour après jour, toute une vie durant, ses mains répétaient les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, des cheveux si fins et si ténus que ses doigts finissaient immanquablement par trembler et ses yeux par faiblir de s’être si intensément concentrés – et pourtant, l’avancée de l’ouvrage était à peine perceptible ; une journée de travail avait comme maigre fruit un nouveau fragment de tapis dont la taille approximative n’excédait pas celle d’un ongle. »

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