La Stratégie Ender (Orson Scott Card)

Ender's Game (Orson Scott Card)

Ender's Game

Auteur : Orson Scott Card
Editeur : Tor Books
Date de parution : 07/1994
Pages : 324
Prix : 6,99$

Ender n’a que six ans lorsqu’il apprend la nouvelle : il a été sélectionné pour entrer dans la fameuse école de guerre, qui devra faire de lui en peu de temps un stratège exceptionnel afin que l’humanité puisse vaincre les doryphores.
S’il s’est caractérisé par une intelligence hors du commun, Ender n’en reste pas moins un enfant. Réussira-t-il à atteindre son potentiel en quelques années, loin de chez lui, seul, avec une pression énorme sur les épaules ? Le Colonel Graff en fait le pari.

Une école sans enfance

La réputation de La Stratégie Ender n’est plus à faire. Passé depuis longtemps du côté des livres cultes de SF, il sortira sur grand écran en novembre prochain.
L’essentiel de l’intrigue se déroule dans cette fameuse école de guerre en orbite autour de la Terre. Le quotidien est strictement régulé et Ender apprend très vite et parfois douloureusement le fonctionnement des « jeux de guerre ». Ces jeux n’en ont vraiment que le nom car les jeunes de six à seize ans sont répartis en armées commandées par des chefs parfois redoutables.
Les conditions des jeux sont rudes, encouragent la compétition, surtout pour Ender qui doit être meilleur que tous pour espérer sauver tout le monde. Les descriptions des jeux de guerres sont très intéressantes et se complexifient au fur et à mesure qu’Ender gagne en intelligence. Sa vision de stratège est finement décrite.

Les petits soldats s’adaptent extrêmement vite, ils doivent savoir s’imposer, se faire respecter, devenir forts, apprendre, se dépasser. Les jalousies sont parfois de mise et leur génie leur fait parfois oublier qu’ils ne sont que des enfants.
Malgré tout, ils en gardent certaines caractéristiques, comme l’envie de s’amuser, le besoin de se faire des amis, d’être appréciés. Mais les jeux laissent peu de place pour ces considérations. Ils peuvent aussi être impitoyables entre eux, faisant preuve d’une cruauté qui leur est propre, n’hésitant pas à agresser ou isoler un membre, usant de leur pouvoir sur qui aurait eu le malheur de leur déplaire.

L’ombre d’une guerre à venir et stratégies politiques

Certaines scènes montrent les ambitions de Graff pour Ender, d’autres montrent ce que le frère et la sœur d’Ender, également des génies, accomplissent sur Terre, permettant d’avoir une vision sur d’autres sujets que l’évolution du héros.
L’ombre de la guerre avec les doryphores plane sur tout le livre mais reste assez abstraite pour la plupart des protagonistes. Celle-ci se passera loin, dans un temps proche mais indéterminé. Grâce aux rencontres de Graff avec sa hiérarchie le lecteur comprend la peur qui habite les hommes qui sont dans le secret et qui explique les mesures extrêmes qui vont être prises pour forcer Ender à dévoiler et exploiter son talent.

Orson Scott Card développe en plus une trame politique complexe et montre comment la perspective de la guerre influence l’équilibre mondial. Il montre également comment des individus peuvent jouer avec celui-ci et orienter l’opinion publique. Une autre sorte de jeu, habile, qui se joue bien loin de l’école de guerre et se construit peu à peu.

Des personnalités bien campées, finement travaillées

Impossible de ne pas compatir avec la solitude dans laquelle est plongé Ender et difficile de s’affranchir de l’appréhension face à ses épreuves, de la peur de le voir se briser avant la fin de sa mission. Le lecteur est également curieux de découvrir l’étendue de son génie et la nature de ses choix. Ender change énormément au fil de l’œuvre et des années. Il se transforme, surtout psychologiquement, souvent au bord de la rupture, régulièrement amené à prendre des décisions difficiles. Le petit gamin rachitique devient peu à peu l’arme de guerre que l’on souhaite qu’il devienne, paria un jour, commandant respecté un autre.
Ender réussira à se lier à quelques enfants lors de son séjour, mais les relations restent complexes, entachées par les règles des jeux et la nécessité de progresser à tout prix.

Les personnages secondaires sont très intéressants. Graff est en conflit permanent entre la nécessité de devoir transformer Ender, au risque de le briser, et ses élans protecteurs envers lui, improductifs pour l’humanité et auxquels il ne peut succomber. Valentine et Peter, sœur et frère d’Ender, sont des miroirs déformants du jeune héros, montrant ce qu’il pourrait devenir en fonction de ses choix et permettant la vision des événements sur Terre. Enfin, il faut compter avec tous les camarades, amis et ennemis d’Ender au sein de l’école, qui réussiront à le faire progresser chacun à leur manière.

La Stratégie Ender est une œuvre forte, dure, mais aussi très intelligente, tout en restant très accessible, ce qui explique sans mal le succès qu’elle connaît. Amateurs de SF comme lecteurs de tous horizons n’auront aucun mal à s’embarquer aux côtés d’Ender pour sauver l’humanité.

strategie ender cardLa Stratégie Ender, Orson Scott Card (trad. Sébastien Guillot) – J’ai Lu – 384 pages – 6,90€

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