Léviathan : Le Pouvoir (Lionel Davoust)

Léviathan t.3 : Le Pouvoir (Lionel Davoust)

Léviathan

3. Le Pouvoir

Auteur : Lionel Davoust
Editeur : Don Quichotte
Date de parution : 05/2013
Pages : 542
Prix : 23€

Michael et Masha ont été contraints de fuir avec Eric. Ils troquent le doux climat de Los Angeles pour celui, plus rude, de Prince Rupert. Lors de ce voyage forcé, Michael espère bien découvrir qui il est vraiment et lever le voile sur son passé. Mais est-il vraiment prêt à affronter la vérité et pourra-t-il échapper à la fois à Léviathan et à la Main Gauche ?
Tandis que l’agent Leon se retrouve en plein milieu du Jeu, approché par la Main Droite et la Main Gauche, la famille Petersen semble sur le point d’éclater. Il leur faudra à tous jouer serrer et luter souvent seul ou avec des aides inattendues, pour réussir, peut-être, à survivre aux événements.

Un thriller captivant grâce à ses facettes obscures

Léviathan est depuis le départ un thriller sombre. Le Pouvoir se place bien entendu dans la continuité des deux volumes précédents, mais s’avère encore plus noir. Scènes de torture, introspection au bord de la folie, la mort qui rôde sous divers visage, des actes désespérés, une Vérité difficile à appréhender pour les simples mortels, sont autant d’éléments qui ponctuent le récit et bousculent les protagonistes, quels qu’ils soient. Même le redoutable Léviathan n’est pas épargné.
Lionel Davoust sait créer de la fascination pour ces aspects obscurs, sans jamais tomber dans le glauque. La puissance des forces en jeu, la nécessité pour les héros de se livrer entièrement et de faire face à l’indicible, captivent irrémédiablement.

Une des qualités de l’écriture de l’auteur est la capacité à faire naître les images et les sensations. Les batailles sont grandioses, les séquences défilent clairement dans l’esprit du lecteur qui ressent la morsure du froid et de la pluie qui fouettent les combattants. Le lecteur est présent aux côtés des mages lors de leurs confrontations, il accompagne Michael dans son errance, traverse le voile de la réalité et en prend plein les mirettes.

Un jeu complexe qui demande action et réflexion

L’action est loin d’être omniprésente. Le volume alterne entre des instants de confrontation physique et des périodes de réflexion, de calcul, de manipulation et de dialogue. Difficile de parler de répit, ce dernier se fait rare tant tout semble sur le point de basculer à la moindre erreur, tant se retrouver seul signifie peur et douleur bien plus que repos, tout au mieux l’attente de la prochaine étape du supplice.
Le plus délicat pour les protagonistes est de réussir à savoir quand agir et comment, pour minimiser les risques, l’adversaire étant imprévisible et impitoyable.

Le volume est assez bien équilibré, même si un peu en dessous du deuxième volume concernant cet aspect. Dans une intrigue déjà bien pesante, certains passage insistants densifient la lecture un peu plus que nécessaire et auraient peut-être gagné à plus d’efficacité.
Paradoxalement, comme ces scènes rallongent le roman, le lecteur en est ravi, car cela lui permet de faire un bon gros bout de chemin supplémentaire dans cet univers, qu’il sait devoir quitter bientôt, Le Pouvoir concluant la trilogie.

Des personnalités en adaptation permanente au cœur de l’intrigue

Un autre point particulièrement intéressant de cet opus est l’approfondissement constant de la psyché des individus et leur évolution.
Le lecteur en apprend notamment beaucoup sur certains personnages mystérieux comme Puck, contact insaisissable de Masha, mais également sur chacun des membres du Comité. Leurs aspirations, leur passé, leur rapport aux autres membres présents ou disparus sont bien fouillés, dévoilant des identités encore plus complexes que ce qu’ils avaient laissé voir jusque là.

Michael est sans doute celui qui se transforme le plus au fil des pages. Seul face à la vérité qu’il découvre et au mensonge que constitue sa vie, il doit affronter ses démons intérieurs et la voix séductrice de Léviathan.
Ses choix décideront de son avenir et de celui de beaucoup de monde. Ses luttes intimes passent par une profonde souffrance, la question est de savoir s’il sera assez fort pour la supporter, voire s’en défaire. Très belle mise en scène de l’identité et ses questionnements.

Masha et Léviathan ne sont pas en reste concernant les changements. La première est toujours en lutte entre son identité de mage et celle de mère et d’épouse, mais la précarité de sa situation et de celle d’Eric va lui demander une force impressionnante et la résolution de ces conflits intérieurs pour survivre au milieu des loups.
Le second fait encore preuve de sa colère absolue, de sa rage et de sa puissance, mais dévoile aussi des limites et un visage plus nuancé. Les confrontations avec Michael sont particulièrement intenses.

Cette recherche dans l’évolution des personnalité compense le peu de surprises ponctuant le roman. Le secret autour de l’identité de Michael n’étonne par exemple personne d’autre que sa femme lorsqu’il est dévoilé, le lecteur sachant depuis un moment à quoi il a affaire. Cependant, quelques retournement de situations et choix des personnages apportent quelques touches d’inattendu.

Le Pouvoir conclue parfaitement la trilogie Léviathan. Au court de cette longue aventure, les héros auront énormément changé et Lionel Davoust ne choisit pas la facilité pour sa conclusion. Sombre, puissante et fascinante, cette trilogie mérite qu’on s’y attarde.