La Fille-Sortilège (Marie Pavlenko)

La Fille-sortilège (Marie Pavlenko)

La Fille-sortilège

Auteur : Marie-Pavlenko
Editeur : Le Pré aux Clercs (Pandore)
Date de parution : 03/2013
Pages : 427
Prix : 16€ / 9,99€ ebook DRM

Erine est en exil, parmi les orklas, ces rejetés des clans de la majestueuse Cité des Six, qui vivent dans la pauvreté. Malgré son jeune âge, elle survit depuis plusieurs années dans ces quartiers, travaillant clandestinement pour un personnage mystérieux. Quand ce commanditaire disparaît et que des morts étranges commencent à se multiplier, Erine tombe dans une spirale infernale, une intrigue qui la dépasse et qui met en péril non seulement sa vie, mais également tout l’équilibre de la Cité. La jeune fille, aidée entre autre de son ami Arkadi, va déterrer des secrets, sur la Cité comme sur elle-même, qui pourraient bien bouleverser l’ordre des choses.

Un univers intéressant et esthétique à l’harmonie en péril

Marie Pavlenko offre ici un one shot qui se concentre sur une seule ville et quelques semaines. L’évolution de celle-ci, son histoire apprise au fil des pages, les découvertes faites et les échanges avec certains protagonistes, permettent d’apprécier la complexité et la cohérence de cet environnement.
Le décor est exotique, intrigant, à la fois hostile et accueillant. La société est organisée en six castes en fonction de compétences (éleveurs, guérisseurs…) ; les codes y sont très rigides et semblent inébranlables. Chaque caste développe une magie propre, enseignée seulement à ses membres et permettant de sublimer son travail : armes incassables, champs à fort rendement, etc. Les Patriarches guident ce petit monde, parfois très sévèrement. Mais agissent-ils vraiment tous pour le bien commun ?

Cet univers offre de très belles images, comme les nombreux cours d’eau fontaines qui parcourent le quartier des Sourciers, les fruits étranges et fabuleux distribués à l’occasion de fêtes, etc. Au départ, la ville a l’air de crouler sous l’abondance et d’apporter sécurité et bonheur à ses habitants(à part ses exclus), suivant un équilibre ancien et bien rôdé. L’aventure d’Erine va pourtant mettre à jour des failles profondes, indices d’un déchirement imminent, et la jeune femme – comme le lecteur – va porter un autre regard sur cette Cité.

Des personnages forts mais humains, complexes

Erine est un beau personnage. Jeune adulte qui a dû survivre dans de rudes conditions, elle est forte sans se révéler super-héroïne. Elle a su et sait s’appuyer sur des aides pour avancer comme se méfier des autres ou aider à son tour. Son vécu a fait d’elle ce mélange à la fois étonnamment apte à survivre et fragile comme peut l’être une jeune fille seule livrée à elle-même, coupée de son monde. Elle n’est pas non plus l’héroïne qui va guider le peuple et se battre pour les autres dès le départ, elle se retrouve au contraire entraînée dans une machinerie qui la dépasse largement et c’est son instinct de survie qui va l’amener à tenter de prendre le contrôle de la situation pour finir par prendre une part active aux changements qui menacent la cité.

Les personnages secondaires sont intéressants également, avec leurs forces et faiblesses, et constituent un atout de ce roman. Bien sûr, le méchant est très méchant et les gentils sont gentils, mais leur manière de faire, leurs raisons d’agir demandent parfois à prendre du recul sur certaines certitudes.

Un récit qui dévoile sa profondeur au fil des pages sans choisir la simplicité
et sans négliger l’action

Rien ne se passe facilement non plus, Erine comme ses amis vont subir de nombreuses épreuves avant la fin, physiques ou psychologiques. Les protagonistes sont malmenés, les batailles sont âpres, difficiles à gagner. A plusieurs reprises ils se trouvent en position de faiblesse, de dominés, traqués, prêts à voir l’aventure – voire la vie – se terminer pour eux. Si ce n’est eux-mêmes, leurs proches sont alors en danger, quand ce n’est pas toute la Cité. Un sentiment d’urgence plane sur le récit, qui s’accélère plus le lecteur avance.

Marie Pavlenko sait doser son suspense et, en plus d’accélérer peu à peu le rythme, dévoile l’ampleur des enjeux à petite dose. Le système de magie suit des principes qu’Erine comprend au fil de son aventure. Le lecteur découvre avec elle une logique rigoureuse et réfléchie ; la magie s’apprend, elle peut faiblir et finalement ce qui a l’air d’être acquis peut éventuellement être perdu. Cette perspective amène peu à peu le chaos dans une société trop sure d’elle. Il résulte de ces éléments un roman assez addictif, une page en entraîne une autre jusqu’aux révélations finales.

Après deux déceptions, la collection Pandore a enfin réussi à me convaincre  avec La Fille-Sortilège ! La plume de Marie Pavlenko est entraînante, comme toujours, et dirige une héroïne sympathique dans une aventure équilibrée. Une lecture agréable, pas forcément très connotée jeunesse et par là même accessible à un large public.


Sur le site de l’éditeur, Marie Pavlenko vous parle en vidéo de son roman : par ici.