Magies Secrètes (Hervé Jubert)

Magies Secrètes (Hervé Jubert)

Magies Secrètes

Auteur : Hervé Jubert
Editeur : Le Pré aux Clercs (Pandore)
Date de parution : 11/2012
Pages : 313
Prix : 16€

Georges Beauregard est un détective de l’étrange dans une ville où humains et créatures magiques cohabitent, parfois de manière un peu animée. Pas évident de protéger tout ce petit monde, surtout quand l’Empereur lui-même a l’air d’avoir une dent contre tout ce qui touche de près ou de loin à la féerie. Mais assez des préoccupations mondaines, voilà qu’un esprit maléfique provoque le chaos à Sequana. Le gentleman se lance alors dans une enquête complexe, aidé par l’étrange Jeanne.

Un univers riche dans lequel il est bien difficile de s’immerger

La collection Pandore ne semble pas me réussir, car à l’instar de La Dernière lame d’Estelle Faye, si j’ai trouvé quelques atouts à ce livre, il m’a globalement bien déçue.
Le gros défaut principal de ce livre est son aspect extrêmement brouillon de par la densité de l’univers et la façon dont sont amenés les éléments. Hervé Jubert a créé dans Magies Secrètes un univers extrêmement fouillé, qu’il a dû vraiment réfléchir en profondeur et il s’est de toute évidence fait vraiment plaisir en le mettant en scène. Mais il a un peu oublié le lecteur en route. Les détails historiques, architecturaux, magiques, humains et autres sont beaucoup trop nombreux et totalement « bruts de décoffrages », ce qui m’a perdu en moins de deux. Le lecteur est propulsé joyeusement en plein Sequana et ce dernier doit se débrouiller pour trouver son chemin. Bonne chance.

Les références à Paris, à la littérature, à la mythologie, à l’histoire réelle sont légion, tout comme les jeux de mots, ce qui rend parfois le texte illisible. L’auteur veut trop en montrer et ne permet pas de s’attacher au cadre, ni de le découvrir au fur et à mesure. Certes, un univers aussi fouillé est bluffant, mais il aurait été sympathique de ne pas oublier de rendre le récit efficace et accessible pour que d’autres puissent en profiter.

Une intrigue largement secondaire

Peut-être aurait-il pu être possible de passer outre ce foisonnement de détails si l’intrigue avait été particulièrement accrocheuse. Or celle-ci passe complètement au second plan, véritable accessoire qui s’éclipse face au héros réel du livre : Sequana elle-même. Difficile dès lors de vraiment suivre ce qui se passe et c’est pourquoi j’ai failli abandonner au tiers de ma lecture.

Le style est évidemment très descriptif, ce qui cause parfois des scènes surprenantes, comme Beauregard prenant le temps d’admirer une architecture dans le détail alors même qu’il est censé se précipiter vers une source de bruit. Ou alors l’auteur met en pause l’action pour s’adresser au lecteur ; dans tous les cas le rythme est régulièrement cassé par ces additions surnuméraires et déplacées d’éléments. D’autre part, certaines révélations sont assénées à coup de massue, sans aucune subtilité, à se demander parfois si on a loupé quelque chose (genre un chapitre entier).

Même s’il est difficile d’intégrer l’intérêt de l’enquête puisque Beauregard semble vouloir s’occuper de beaucoup de choses en même temps, l’intrigue s’améliore sur la fin et tout s’emboîte bien. On peut reconnaître à l’auteur sa capacité à aller au bout malgré cette impression que tout part en permanence dans tous les sens.

Des personnages peu attachants et distants

Les protagonistes alors, peuvent-il ranimer l’intérêt ? Pas franchement. Beauregard est un homme vraiment froid, limite antipathique, traitant les personnages féminins de « femelle », survolté en permanence, limite sociopathe. Jeanne est une sauvageonne bougonne qui ne se livre pas vraiment, les locataires de Beauregard se la jouent un peu trop chacun dans leur rôle et ne sont au final ni drôles ni attachants.
Leur comportement et leurs pensées manquent de subtilité et de cohérence. Par exemple Beauregard sort de nulle part s’être attaché à Jeanne après l’avoir fréquenté approximativement 10 minutes sans échanger plus de deux mots avec. A d’autres moments j’ai eu l’impression de devoir combler des blancs et compléter des puzzles tordus, les scènes manquant de liant (Beauregard qui demande à Jeanne où en est son mal de crâne alors qu’ils n’en ont pas parlé  auparavant et que rien n’a pu nous faire penser qu’il avait deviné son état, par ex).
Dernier point gênant : à plusieurs reprise le style flirte avec la grossièreté gratuite (censée être drôle ?) et le franchement glauque (n’étant pas sensible normalement au glauque, j’ai étonnamment été parfois presque gênée).

Bref, Magies Secrètes a l’atout de présenter un univers d’une richesse impressionnante. A la quantité de détails du texte s’ajoutent les notes de bas de page, souvent hors contexte, qui enrichissent encore l’ensemble et qui déstabilisent pas mal de lecteurs, mais que j’ai trouvées pour ma part assez sympa. De toute évidence Sequana aurait mérité une encyclopédie illustrée plutôt que sa forme actuelle. Car créer un univers est une chose, mais le lecteur doit pouvoir s’y immerger et s’attend à suivre un fil narratif lorsqu’il ouvre un roman, ce qui manque ici.
Dommage que la forme soit aussi « brute » et brouillonne, car il y avait là un fort potentiel. La déception est d’autant plus forte qu’Hervé Jubert est un auteur jeunesse confirmé qui m’avait séduite avec Vagabonde chez Rageot.