Le Puits des mémoires t.3 (Gabriel Katz)

Le Puits des mémoires tome 3 : Les terres de cristal (Gabriel Katz)

Le Puits des mémoires

3. Les terres de cristal

Auteur : Gabriel Katz
Editeur : Scrinéo
Date de parution : 03/2013
Pages : 428
Prix : 16,90€

L’identité de Nils à peine retrouvée, il faut venir en aide à Olen. Pas de repos pour les trois compagnons, qui vont être à nouveau rassemblés. Tandis qu’ils tentent de se faire une place au quotidien dans la société woltanienne, malgré les épreuves ou au contraire dans l’aisance totale, au milieu des intrigues politiques et des histoires sentimentales, de nouveaux rebondissements vont les mettre face à leur histoire et dévoiler les noms de leurs ennemis. Il sera alors temps d’en finir avec cette aventure. Mais à quel prix ?

Une série qui touche à sa fin mais apporte encore son lot de rebondissements inédits

L’ultime volume de la trilogie vient enfin apporter les réponses manquantes et mettre des visages et des noms sur les ombres du passé. Sans aller pour autant très finement dans le détail, Gabriel Katz ne laisse planer aucune incertitude, comblant ainsi son lecteur.
Les décors sont en partie identique au tome précédent, au cœur de diverses villes, châteaux et habitations woltaniennes et en partie totalement nouveaux. Le dépaysement qui était présent depuis le début continue donc, car l’univers créé par l’auteur n’avait pas fini de dévoiler tous ses recoins. Ici, la glace va dominer, avec ses dangers et les combattants qu’elle abrite, dont l’âme est parfois aussi froide.

Les protagonistes continuent eux d’évoluer, toujours mis en parallèle avec leur alter ego pré-perte de mémoire qu’ils connaissent bien peu. Sous la pression, mis ainsi dans leur environnement familial et quotidien, dans leur pays, Nils, Karib et Olen voient parfois leurs anciennes personnalités resurgir, parfois à leur grand désespoir.
Mais leur long parcours d’amnésique et leur voyage, leur camaraderie, les ont aussi façonnés différemment et ces nouveaux êtres aux souvenirs tout neufs agissent et pensent aussi bien différemment des hommes qu’ils étaient, pour la plus grande perplexité de leur entourage. Cette dualité est très intéressante et renforce l’attachement suscité par le trio.

Le choix intelligent de l’humain et de l’émotion plutôt que du spectacle

Sur toute la trilogie l’angle d’approche aura été original, ce volume ne fait pas exception. Plutôt que de se diriger vers l’épique, l’héroïsme, les grandes batailles, le grandiose, Gabriel Katz choisit de se focaliser sur l’insignifiant, le quotidien, la simplicité.
Au point d’esquiver volontairement les schémas classiques de la fantasy par des pirouettes malines et centrer tout le jus du récit sur les individus, même dans la quête et même dans le conflit, en mettant l’accent sur des instants pivots de la vie des héros, des carrefours émotionnels qui les amènent sur une voie ou l’autre, les rapprochant ou les éloignant de ce qu’ils étaient avant de subir le puits des mémoires.
Les points de vue ponctuels de personnages secondaires permettent d’étoffer encore ces personnalités et d’en mesurer toute l’évolution. Oranie est un bout de femme particulièrement attachant, qui crée du lien et sait s’imposer au petit groupe.

Moins drôle, moins original, mais… toujours bon !

Il serait tentant de dire que ce final est un peu en dessous de ses prédécesseurs. En effet, la surprise s’est pratiquement entièrement estompée, le ton plus sombre laisse moins place à l’humour, les tensions rendent certains protagonistes insupportables. Gabriel Katz essaye aussi – et réussit – de conclure son intrigue logiquement, rassemblant les fils déroulés au fil des volumes. Tout cela se passe un peu rapidement au regard du voyage parcouru, la réalisation manque un peu de finesse, tout comme le style, qui recherche l’efficacité.
Mais pourquoi bouder son plaisir ? L’auteur fait toujours preuve d’une importante maîtrise de son art et la lecture est de celles que l’on fait durer pour le plaisir et vers laquelle on retourne dès que 5 minutes se libèrent. Les protagonistes sont toujours touchants et si les enjeux sont importants il reste encore un peu de cette légèreté si caractéristique et agréable.

Gabriel Katz a offert, le long de ces trois romans du Puis des Mémoires, un récit étonnamment divertissant, léger et diablement habile. Il a fait rire, il a captivé, il a su créer de la tension et surtout de l’attachement pour cet improbable trio. Le voyage fut fort plaisant et l’on ne peut que recommander la trilogie à tous les amateurs de fantasy et de bons récits, en attendant – avec impatience – le prochain roman de l’auteur, dans le même univers mais cette fois avec une héroïne.