Silas Corey t.1 (Fabien Nury, Pierre Alary)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2013/03/silas-corey1-nury-alary.jpg » titre= »Silas Corey » soustitre= »1. Le réseau Aquila (1/2) » scenario= »Fabien Nury » dessin= »Pierre Alary » couleurs= »Bruno Garcia » editeur= »Glénat » dl= »01/2013″ pages= »64″ prix= »14,95€ » note= »8″/]

1917. La guerre que l’on voyait rapide s’éternise. Dans les hautes sphères politiques, Joseph Caillaux, Président du Conseil, et Georges Clemenceau s’opposent farouchement. Ce dernier, propriétaire du journal L’Homme Enchaîné, décide de faire appel à un reporter ancien soldat reconverti en détective privé : Silas Corey. La mission qu’il lui propose semble simple : retrouver un de ses employés qui a disparu avec une pièce d’information ultra secrète qui pourrait déstabiliser le gouvernement. Bien qu’acceptant le contrat, le dandy ne compte pas pour autant se laisser dicter sa façon de faire et paraît prêt à se vendre au plus offrant.

Une œuvre aux nombreux visages

Après la série au ton quasi documentaire et souvent acclamée Il était une fois en France, Fabien Nury revient à l’histoire. Le point de départ est légèrement uchronique car Caillaux n’est pas en réalité Président du Conseil, mais les personnalités des hommes politiques sont respectées. Cette fois, l’auteur part sur une intrigue policière qui apporte son lot de rebondissements, de surprises, voire de morts. L’espionnage est aussi une grande thématique en pleine guerre, les informations pouvant coûter cher, dans tous les sens du terme, pour chaque camp.

Le cadre est donc très intéressant, propre à créer des tensions importantes et du suspense. Clemenceau, le 2e bureau (service de renseignements de l’armée française) et intérêts privés : trois forces sont en lutte pour ce petit bout d’information capitale qui s’est évanoui dans la nature. Au milieu, un homme : Silas Corey.
L’action, l’histoire, la politique, sans oublier l’humour se mêlent globalement habilement dans ce récit, qui s’avère entraînant. Chaque aspect est convaincant et le choix d’un héros décalé ajoute au plaisir de lecture.

Un héros ambigu et intéressant

Silas Corey est en effet un patriote atypique. Désinvolte en apparence, il n’hésite pas à faire cracher la monnaie à chaque employeur potentiel. Ses intérêts personnels sont relativement obscurs et il est difficile de savoir où ira sa loyauté au moment de rapporter le résultat de son enquête. Son passé, chargé en tant qu’ancien soldat et reporter, refait surface à plusieurs occasions, montrant une part de la profondeur du personnage et invitant ses fantômes dans l’aventure.

C’est surtout son côté taquin qui marque l’esprit, car Silas est prompt à balancer des vannes et à se moquer l’air de rien de ceux qui l’entourent. Son serviteur est le premier à en faire les frais, mais le reporter n’est pas ingrat, ni méchant, et s’en prend en retour à l’occasion car ce dernier n’est pas en reste côté intelligence et esprit. Silas est indépendant avant tout, un gredin qui s’amuse à chaque occasion, qui fanfaronne aisément, mais qui est loin d’être superficiel et qui s’avère redoutable enquêteur. Ce personnage complexe séduit le lecteur, mais ne se laisse pas forcément aimer du fait de ses ambiguïtés, qu’il reste à lever (ou non) en apprenant à le connaître.

Un dessin accessible, lisible et recherché

Le graphisme associé au récit est très dynamique. Le trait de Pierre Alary rend très bien les mouvements et le film se déroule tout naturellement dans l’esprit du lecteur. La narration est fluide, un plan serré accentue un regard, un plan large ou une simple case de grande taille laisse l’action prendre toute son ampleur. Les décors sont soignés, détaillés ; quant au trait pour les personnages, il ne va pas trop dans le réalisme et garde une certaine fantasy très agréable (visage tout rond de Clemenceau, Silas tout en longueur et en angles, etc). Le dessin est globalement bien aéré sans délaisser la précision et la finesse de côté, un équilibre très appréciable.

Les couleurs, insufflent un supplément de vie au récit, alternant les scènes aux dominances chaudes et froides bien marquées, donnent leur force aux diverses ambiances entre mystère, confort, etc. Les ombres, indispensables aux espions, aux assassins, aux filatures et autres activités demandant de la discrétion, complètent l’ensemble et les artistes n’hésitent pas à en jouer.

Attention, Silas Corey est dans la place. Le détective réussit à séduire le lecteur qui suit son enquête avec autant d’intérêt qu’il en a pour cet énergumène irrévérencieux aux motivations incertaines. Les auteurs offrent un récit dense et divertissant, recherché, qui devrait achever de convaincre avec la seconde partie du cycle, déjà parue.