Lasser, un privé sur le Nil (S.Miller, P.Ward)

Lasser, un privé sur le Nil (Miller, Ward)

Lasser, un privé sur le Nil

Auteur : Sylvie Miller et Philippe Ward
Editeur : Critic
Date de parution : 11/2012
Pages : 328
Prix : 17€

Jean-Philippe Lasser et la chance, ce n’est pas forcément une grande histoire d’amour. Ou alors du genre chaotique. Détective gaulois régulièrement dans le sou, tendance à mettre un pied, voire deux dans les ennuis, son quotidien ne manque pas de rebondissements. Mais en cette année 1935, installé au Caire, il peut définitivement dire adieu à sa tranquillité, car les Dieux locaux ont décidé de lui confier enquête après enquête. Et on ne dit pas non aux Dieux. Voilà Lasser lancé dans des aventures toutes plus dingues les unes que les autres, accompagné de sa fidèle assistante Fazimel.

Un roman, un concept, plusieurs histoires

Un privé sur le Nil est le premier volume de la série des enquêtes de Jean-Philippe Lasser, détective des Dieux. Plutôt que de proposer une enquête par roman, le duo d’auteurs a préféré offrir un autre concept : un livre, plusieurs enquêtes. Certaines avaient déjà été publiées en nouvelles dans des anthologies (ex : Le Pacha botté dans Contes de villes et de fusées), mais le regroupement en recueil se tient très bien, une cohérence d’ensemble a été trouvée et tout s’enchaîne parfaitement. L’aventure commence… en Gaule, pour expliquer comment Lasser s’est retrouvé en Égypte ; la suite montre comment il a petit à petit gagné son titre de Détective des Dieux.

Un univers minutieusement construit

Comme cadre de travail, Sylvie Miller et Philippe Ward offrent à leur héros un monde où les Dieux existent bel et bien et le font savoir. La France est toujours la Gaule en 1930 et il est possible (malheureusement, se dit Jean-Philippe) de croiser Isis ou Seth dans les rues du Caire. Cette uchronie est joliment construite, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui retrouve des éléments familiers – l’ambiance rappelle bien les années 30, comme la technologie – et des choses totalement inattendues – un taureau tenant un bar, un chat qui parle, des Dieux aux pouvoirs immenses, etc.

Le plaisir que les auteurs ont pris a créer tout ce petit univers est bien visible, notamment dans le soin apporté aux détails historiques et mythologiques ou encore l’humour omniprésent. Et, surtout, il est largement communicatif.
Pour notre plus grand bonheur, un site complet accompagne la série, expliquant de nombreux éléments de l’univers comme le choix des véhicules, la confrontation entre les mythes réels de l’Égypte ancienne et leur exploitation dans l’univers, des recettes de plats croisés dans le texte, etc. Encore en construction mais avec déjà de quoi en apprendre sur le contexte et faire durer le plaisir apporté par la lecture.

Un policier bien mené, mais surtout un roman joyeusement décalé

Les enquêtes de Lasser se tiennent globalement assez bien. Assez classiques dans l’approche et la réalisation, elles ne retournent pas les neurones mais présentent tous les bons codes du genre, à commencer par le récit à la première personne qui permet de suivre le raisonnement du héros. Ces intrigues sont en revanche rendues complètement inédites par ce mélange de fantasy et de roman noir qui fonctionne très bien. Lorsque des immortels mages ont des problèmes, ils ne peut s’agir de tracas ordinaires, qu’ils soient encore plus excentriques et futiles que ceux des humains ou au contraire complètement typiques de leur nature.

De plus, la série est un excellent divertissement par son côté décalé et même à l’occasion franchement drôle. Les demandes des Dieux sont hautement improbables et inhabituelles ; les protagonistes sont tous gentiment barrés tous autant qu’ils sont, tout humain ou Dieu qu’ils soient, prouvant à l’occasion que le ridicule ne tue pas, surtout si on a le pouvoir de pulvériser ceux qui pourraient tenter de se moquer. Lasser est par exemple une sorte d’Indiana Jones dont il hérite le côté gaffeur aimant à ennuis et le charme.
Le récit est ponctué de bons runnings gags dans les confrontations du détective avec certains Dieux et ses amis ne sont pas en reste. Tout ce petit monde est attachant et le lecteur découvre chaque nouveau personnage avec autant de plaisir qu’il voit ressurgir ceux qu’il connaît déjà.

Sylvie Miller et Philippe Ward nous entraînent, grâce à leur écriture à quatre mains bigrement fluide, légère et fun, jusqu’au bout de ce premier volume qui s’avère trop vite terminé, comme toute bonne boîte de chocolats qui se respecte. Sauf qu’ici zéro calorie, 100% plaisir. Lasser, un privé sur le Nil est une lecture qui communique une franche bonne humeur. Inutile de s’en priver, surtout que son petit frère Lasser, un mariage à l’égyptienne est déjà paru aux éditions Critic.