Sublutetia t.1 (Eric Senabre)

Sublutetia t.1 (Eric Senabre)

Sublutetia

1. La Révolte de Hutan

Auteur : Eric Senabre
Editeur : Didier Jeunesse
Date de parution : 10/2011
Pages : 282
Prix : 14,20€

Un jour de sortie scolaire, Nathan rate la rame de métro qui emmène sa classe ! En tentant de rejoindre ses camarades, il monte avec Keren, qui a elle aussi été laissée sur le quai, dans un train qui les conduira hors du circuit normal, dans une station inconnue. Paniqués, les enfants s’enfuient, s’enfonçant dans les entrailles du métro parisien. Au fil de leur course, ils vont découvrir bien plus que de banals rails et tunnels. Car, bien caché sous Paris, c’est un véritable monde inconnu qui se dévoile sous leurs yeux ! Mais ce monde-là n’est pas censé être découvert…

Sublutetia, l’univers de fiction coloré sous les pieds de la réalité

La révolte de Hutan marque le début d’une série jeunesse fort sympathique. Nathan et Keren, écoliers ordinaires, se retrouvent suite à un coup du hasard à vivre une aventure extraordinaire. Eric Senabre utilise les bons ingrédients de la recette qui consiste à partir du monde connu pour y intégrer un inconnu délicieusement décalé, caché aux non-initiés. L’univers de Sublutetia commence sur les rails du métro pour dévoiler ses merveilles. Bien des choses fonctionnent différemment entre la surface et les souterrains : la technologie, lorsqu’elle est présente, a pris d’autres tournants, le paysage dévoile des particularités jamais observées par ailleurs dans le monde et surtout l’environnement est loin d’être totalement inhospitalier pour celui qui sait l’apprivoiser. Il y a de la vie sous les rues parisiennes, une vie faite de choix différents, une société cachée avec ses propres codes, une nature surprenante d’une grande richesse.

Les enfants découvrent tout cela peu à peu, s’extasient devant les choses improbables qui se dressent sur leur route, connaissent la peur devant les dangers – nombreux et variés – qui caractérisent le lieu. Au delà de leur exploration, ils vont être amenés à s’impliquer dans la vie de ce monde souterrain, car ce dernier est l’objet d’enjeux extrêmement importants. Mais pourront-ils revenir à la surface un jour ?
Cet univers fabuleux, plein de couleurs, unique, fait rêver. L’auteur redonne un peu de mystère au métro parisien, lieu peu glamour d’ordinaire et le lecteur se surprendra à imaginer « et si c’était vrai ».

Des personnages à suivre avec un plaisir enfantin

Les petits héros sont attachants. Nathan est un enfant au passé troublé qui lui pèse. Mais c’est aussi une encyclopédie sur pattes concernant le métro ! Grâce à lui, le lecteur découvre du vocabulaire, de l’histoire, et se surprend à s’intéresser à toute cette mécanique, si familière et si méconnue à la fois. C’est aussi un enfant ingénieux, qui ne manque pas de courage mais qui prend peur devant une menace comme toute personne de son âge. Un peu grognon par moment, c’est un gentil garçon qui sait toucher le lecteur.
Keren est très dynamique, pas très à l’aise avec tout ce qui leur arrive, elle est néanmoins un moteur important de l’aventure. Elle accompagne Nathan vaille que vaille, malgré son envie de retourner à la surface, et son énergie est communicative. Leur relation, entre timidité et franche camaraderie, taquinerie ou léger malaise d’une jeune personne face à une autre qui lui plaît, est mignonne comme tout.

Au cours de l’aventure, ils croiseront toutes sortes de personnages, souvent un brin cocasses aux yeux de quelqu’un de la surface. Sans jouer spécialement sur des ambiguïtés gentils/méchants, Eric Senabre joue sur la confiance que chacun accorde à ceux qu’il croise ou côtoie. Parce que les enfants ont peur, tous les hommes rencontrés représentent une menace, surtout s’ils sont facilement bougons ou haussent le ton. Un grand vilain se détache très vite parmi les protagonistes, mais un autre homme se présente comme un ignorant dont la qualité de méchant ou de gentil dépendra des actions futures. Des subtilités donc, si ce n’est dans les individus eux-mêmes, tout du moins dans leur diversité et leurs interactions.

Un ton efficace et léger, mais un chemin qui sait éviter les lignes droites

L’écriture d’Eric Senabre est entraînante. Action et rebondissements s’enchaînent à n’en plus finir, jusqu’à la toute dernière page. L’auteur dose bien son rythme et n’essouffle pas son récit, le faisant partir dans une direction, puis l’autre, calmant le jeu par moments avant de repartir de plus belle. L’enchaînement est simple, mais les choix faits sont intéressants. Car si l’on se trouve ici typiquement devant une œuvre positive d’aventure relativement classique pour les enfants, tout ne se passe pas de la manière la plus facile, tel qu’attendu. Au contraire, La Révolte de Hutan surprend à plusieurs reprises, notamment par son côté un peu moins naïf que la plupart des œuvres destinées aux préados, avec des morts et une violence occasionnelle, non visuelle mais bien présente, ce qui ajoute réalisme et tension dramatique.

Ce premier volume de Sublutetia est donc très convaincant, simple mais non dénué de subtilités. Entraînant dans les entrailles de Paris au cœur d’un pays insoupçonné, il fait rêver et capte l’attention du début à la fin. La perspective de retrouver Keren et Nathan dans le second volume : Le Dernier secret de maître Houdin est accueillie avec plaisir !