Quelques minutes après minuit (Patrick Ness)

A Monster Calls (Patrick Ness, Siobhan Dowd)

A Monster Calls

Auteur : Patrick Ness
Couverture : Jim Kay
Editeur : Walker Books
Date de parution : 02/2012
Pages : 215
Prix : 8,99£

La vie de Conor, treize ans, n’est pas simple ces derniers temps. Sa mère suis un traitement lourd pour la maladie qui la ronge, le collège n’est pas de tout repos et par-dessus tout, voilà qu’un monstre étrange s’invite dans ses nuits à minuit sept, exigeant son attention et faisant un marché avec lui pour lequel il n’a pas son mot à dire : il devra écouter les histoires du monstre et en retour lui raconter sa vérité cachée.
Conor refuse d’avoir peur, aussi se met-il à écouter les contes aux accents d’authenticité de son étrange visiteur…

Des personnages complexes et touchants, animés par des émotions puissantes

Conor est un adolescent enfermé sur lui même comme ils peuvent tous l’être à cet âge, mais qui montre par ses actes, sa maladresse et ses mots parfois rudes, sa grande force et ses faiblesses.
Véritable tourbillon violent de frustration, de colère, il fait preuve d’un sens des responsabilités exacerbé qui pèse bien lourd sur ses épaules. Patrick Ness décrit parfaitement les conflits intérieurs du jeune homme, la manière dont il se voile la face et dirige sa colère, ses espoirs ou son indifférence sur son entourage et lui-même, hors de toute logique, se trompant parfois de cible.
Le lecteur pose au départ un œil curieux sur ce garçon, qui devient rapidement élan de compassion lorsque le tableau de sa situation se dévoile dans toute sa dureté. Il lui vient alors l’envie d’épauler ce garçon terriblement humain, trop jeune pour vivre l’épreuve constituée par la maladie grave de sa mère.

Les personnages secondaires sont également très intéressants. Ils permettent de montrer les différentes manières qu’ont les gens de réagir envers Conor, qu’il s’agisse de ses proches ou des gens qu’il croise au quotidien, et la manière dont chacun vit la maladie de sa mère et la façade qu’il affiche en public, y compris de la part de sa mère elle-même.
Espoir, résignation, colère, refoulement, abattement… toute une palette d’émotions et de comportements est rencontrée au fil du livre. L’histoire de la famille – grand-mère, mère, père – est particulièrement émouvante.
Le lecteur partage leurs espoirs et leur désespoir, compatit à leur épuisement et s’émeut de la situation, tout en se sentant bien impuissant.

Apprendre à faire face au réel grâce à l’extraordinaire

Les illustrations toutes en ombres de Jim Kay qui accompagnent le récit sont magnifiques, belles et oppressantes à la fois, et retranscrivent bien l’ambiance du récit. L’aspect fantastique est léger et s’incarne dans le monstre millénaire qui rend visite à Conor et ses contes hors du temps actuel.

Bien que formant des moments en dehors de toute réalité, ce fantastique est aussi ce qui donne corps aux épreuves et aux sentiments. Il est cette parenthèse qui permet d’exprimer ce qui ne peut être dit dans un cadre de tous les jours, ces faits dont l’adolescent refuse de prendre conscience sans ces interventions.
Au contact du monstre, Conor change, tandis que le reste de sa vie évolue, inexorablement. La perspective du dernier conte – la vérité de Conor – tient en haleine ; le jeune homme devra s’y dévoiler sans masque et révéler le cauchemar qui le hante.

Majestueux et puissant, le monstre exige et impose le respect mais sait faire preuve d’une certaine douceur, poussant dans ses retranchements son jeune interlocuteur ou le rassurant de façon parfois énigmatique, lui faisant comprendre que les notions de bien et de mal, de vie et de mort, sont plus complexes qu’en apparence.
Pas vraiment effrayant, même plutôt fascinant, il est à la fois le messager et celui qui doit recevoir le message, la contrainte et le libérateur, qui accompagne Conor sur le long et douloureux chemin de l’acceptation.

Une écriture qui met les émotions à nu, avec poésie, et qui marque profondément

Dans un style simple, jeunesse sans tomber dans l’enfantin, empruntant au conte sans tomber dans sa morale souvent trop manichéenne, Patrick Ness emmène le lecteur dans ce voyage douloureux avec délicatesse. C’est la force des sentiments qui animent les personnages, exprimés ou refoulés, qui accroche le lecteur à leur destin, sans que l’auteur ait besoin de forcer les traits.
Plus les pages se tournent et plus l’émotion se soulève, plus l’histoire finale de Conor se rapproche et plus la tension monte. Pour finir par exploser en dernière partie et tirer des larmes réelles devant ces personnages enfin libérés de leurs apparences, nus face à leurs vérités.

A Monster Calls / Quelques minutes après minuit est un roman bouleversant qui marque durablement ; même s’il laisse le cœur gros, la lecture n’est absolument pas regrettée tant il y a également de la beauté dans ces pages, une approche sans fatalité de thèmes très sombres, qui montre qu’il est possible de grandir, de changer, de s’adapter, malgré les épreuves.

Véritable récit initiatique sur l’acceptation de la perte d’un être cher, Quelques minutes après minuit entraîne entre réalité brutale et conte fantastique sur un chemin parsemé de douleurs mais libérateur, avec beaucoup de douceur. Un équilibre admirablement atteint par Patrick Ness, accompagné de Jim Kay. Un roman à découvrir absolument.

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness/Siobhan Dowd/Jim Kay, Gallimard Jeunesse (trad. Bruno Krebs) – 04/2012 – 215 pages – 18€

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