Les Amants de l’apocalypse (Joss Ware)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2013/01/amants-de-lapocalypse-ware.jpg » titre= »Chroniques d’Envy » soustitre= »1. Les Amants de l’apocalypse » anthologiste= » » auteur= »Joss Ware »  couverture= » » editeur= »J’ai Lu (Pour Elle) » dl= »07/2011″ pages= »344″ prix= »6,90€ » note= »1″/]

Il s’appelle Elliott et il est médecin. Il s’est un jour endormi pour 50 ans pour se réveiller bien après la fin du monde. Parcourant ces nouveaux paysages avec ses amis, à la recherche du reste de l’humanité, il va sans le savoir se lancer dans une aventure sans pareille. Il pourra compter sur un pouvoir étrange, cadeau autant que malédiction.
Elle s’appelle Jade. Elle est indépendante, c’est une survivante. Dans ce monde détruit, elle a une mission. Et ces étrangers qui ont volé au secours de jeunes inconscients pourraient bien l’aider. Ce qu’elle n’imagine pas, c’est qu’elle pourrait bien trouver l’amour en plus de bras secourables.

Clichés, incohérences et effet d’accumulation

Voici donc l’histoire du beau gosse médecin à super-pouvoir qui fait frémir la belle blonde qui a été brisée par le passé, publiée dans une collection féminine qui promet du sentiment et plus si affinités. Ok, il y a déjà du kilomètre de cliché, surtout quand on sait que le premier devient fou en voyant un carré de peau blanche, à lui filer des érections genre « hey, j’ai 50 ans de manque derrière moi baby » (sourire Colgate). Il y a de quoi rire, je vous l’accorde, sur une bonne partie de ce récit. C’est d’ailleurs ce que j’espérais et je n’ai pas été déçue au départ. Outre la gaule monumentale, des incohérences de narration dès le début font qu’en quelques pages des monstres ne s’attaquent jamais aux blonds (NAN, PAS LE BRUSHING), puis s’attaquent aux blonds, puis en fait non (décidez-vous!).

Ces incohérences qui sont légion. A commencer par l’accueil en héros façon : hey guyz, on ne sait pas d’où vous sortez, mettez les pantoufles sous la table, on vous nourrit/humidifie le gosier/loge gratis. La reconnaissance n’a donc pas de limite en ce contexte de fin du monde, on aime son voisin et on peut tout lui filer sans y penser à deux fois. Pas grave, de toute façon le vieux du coin met 3 secondes à leur dévoiler – sûrement grâce à leur bonne tête – son super projet de la mort qui ne doit surtout pas s’éventer, avec des théories allant de la SF au complot ésotérique, pour finalement que le lecteur découvre qu’en fait il ne sait rien. Mais il y a des méchants à buter quand même, OUF. Et on sait qu’ils sont méchants parce qu’ils sont pas comme nous. Et si ça ne suffit pas, ils violentent des femmes (ça au moins, c’est une caractéristique de méchant).

Amour, gloire et beautééééé au pays des complots

On se marre aussi devant l’aspect romance de la chose. Bonjour les roucoulades à demi mot, les titillements du bas ventre intempestifs, les « je veux l’embrasser oui mais non », les jalousies, les malentendus, les érections… Après l’apocalypse y’a plus la télé, suffit de regarder le voisin. Hey, amène le pop corn Ginette, les Smith sont en pleine période de reprod… séduction !

Honnêtement, ce n’est pas possible d’aborder cette lecture de manière rationnelle et sérieuse. L’intrigue existe, c’est une surprise, je dois au moins reconnaître ça. Mais c’est un vrai bordel fourre tout où l’auteure balance des vrais méchants, des complots, des gens qui resurgissent, des passés traumatisants, des supers trucs de SF qui font des trucs de ouf, du fantastique, etc. sans jamais se décider sur un ton précis et les amateurs d’un genre ou de l’autre trouveront ces tentatives bien fades. D’autre part les jeux de séduction sont ridicules. Certes, c’est souvent le cas dans la vrai vie, m’enfin si on veut réveiller mémère il faut être un peu plus convaincant. En attendant, on se marre. Pop corn, Ginette !

Sex…isme

Là où on range le pop corn, c’est lorsque Elliott rêve à ce qu’aurait pu être sa vie avec une petite femme l’attendant sur le pas de la maison lorsqu’il rentrerait harassé de l’hôpital. Quand un centre commercial lui évoque un instrument de torture à gonzesses. Quand, en mission, il pense à la petite culotte de la fille qu’il aime. Quand, alors qu’il se dit amoureux, il se transforme en bête machiste et violente qui souhaite posséder sa belle et qu’il devient par moments quand même effrayant. Quand il nous fait le coup du mec maudit qui en a trop sur la conscience et que deux secondes après il laisserait un cadavre pourrir dans sa salle de bain sans y penser. Et surtout que Jade, violée et battue pendant deux ans, bien que le repoussant, est quand même émoustillée par ses accès machistes. Et, encore pire, que sa meilleure amie lui reproche d’avoir repoussé cette bête en rut, sous prétexte qu’il l’aime, le pauvre petit chou.
SERIEUSEMENT ? Amies lectrices. Comment pouvez-vous apprécier (sisi, j’ai lu plein de bons avis) une lecture qui rabaisse les femmes au rang d’objet, de maîtresse de maison obéissante, de chose fragile qu’on regarde tendrement (façon paternaliste) ou qu’on possède ?

J’ai cessé de m’amuser dans cette lecture ridicule lorsque les marques de pur sexisme sont devenues trop évidentes et nombreuses et j’ai bien failli ne pas arriver au bout (je n’ai fini que parce que je n’ai mis que deux jours à le lire). Je suis même passée du rire à la consternation, puis à la colère. Colère qu’une telle littérature puisse se prétendre pour femmes, qu’elle soit écrite par une femme et qu’elle soit appréciée par des femmes. Cela me désole sincèrement de voir une telle daube dans les rayons des librairies. De la littérature sentimentale et érotique, il y en a de la bien meilleure. Même chez Harlequin. Par pitié, passez votre chemin.

(NDLR : cette chose a été lu dans le cadre d’une lecture commune « hey si on se marrait avec de la SF avec de la romance ? » organisée par Lune et dont nous sommes les deux seules survivantes)(Mais Lhisbei a chroniqué ce qu’elle en a lu quand même).