Le Puits des mémoires t.2 (Gabriel Katz)

Le Puits des mémoires t.2 (Gabriel Katz)

Le Puits des mémoires

2. Le Fils de la lune

Auteur : Gabriel Katz
Editeur : Scrinéo
Date de parution : 10/2012
Pages : 407
Prix : 16,90€

Nils, Karib et Olen ont quitté le royaume d’Helion en fugitifs et arrivent à Woltan incognito. Ils commencent alors à découvrir leur nouveau pays, cherchant à éviter leurs poursuivants de leur mieux. Mais pour ne pas finir en bête traquée, la meilleure stratégie ne serait-elle pas encore d’apprendre la vérité ? Étant sur le urterritoire d’origine, leur quête d’identité peut néanmoins s’avérer fastidieuse. Ou au contraire leur tomber dessus soudainement…

Un tome tout en contraste de personnalités…

Le deuxième volume du Puits des mémoires prend un peu de temps pour s’installer et enthousiasme un peu moins que le démarrage épatant du premier volume. Mais il serait mentir que de dire qu’il n’y a pas de plaisir aux retrouvailles avec nos trois compères, bien au contraire.

Le premier tome permettait de rencontrer des identités en construction, qui se découvrent, très différentes mais réunies par le même destin. Dans ce volume le lecteur – et fatalement les héros – est confronté au passé de certains des protagonistes. Il en résulte tout un jeu de décalage entre la personnalité d’aujourd’hui construite sur l’amnésie, en totale liberté, et celles qu’elles ont pu être par le passé, sans pour autant retrouver la mémoire. Si Nils, Karib et Olen pensaient qu’avoir certaines réponses les approcheraient d’un dénouement, ils découvrent qu’il n’en est rien. Pour le plus grand bonheur du lecteur, car cela conduit à des situations imprévisibles où chacun doit marcher sur des œufs dans l’espoir de ne pas se trahir. Les surprises sont nombreuses, d’autant plus quand elles se révèlent aux antipodes des attentes.

…et en contraste de ton

Les héros évoluent, le ton également. Le Fils de la Lune est plus sombre que son prédécesseur. Le sort de nos amis ne tient parfois qu’à un fil, la solitude s’invite à l’occasion, l’obligation de jouer un rôle prédéfini ne correspond pas à toujours à leurs aspirations. Sans compter que la mort rôde, de façon moins directe une fois certaines vérités mises à jour. Les réponses ne soulagent pas forcément et amènent parfois de nouvelle questions, plus traîtres.
L’humour est tout de même toujours présent et contribue toujours au charme de la série. Cet équilibre entre moments angoissants et légèreté ou tentatives de légèreté, dans un quotidien non maîtrisé, rend les protagonistes encore plus attachants. Le lecteur rit des mésaventures sans réelles conséquences ou devant l’impuissance d’un des compagnon à se tirer d’un mauvais pas, mais il retient son souffle lorsque les conséquences peuvent aller bien au delà d’une simple déconvenue ou d’une honte passagère, jusqu’à un trébuchement potentiellement fatal.

Une architecture maîtrisée jusqu’à une fin… ah, cette fin !

Il est très habile de la part de Gabriel Katz de ne pas maintenir de suspense total sur l’identité du trio, car ces révélations relativement rapides permettent de faire grandement progresser le récit, changeant le ton et le rythme, renouvelant ainsi le plaisir de lecture. Là où il aurait pu faire une « série de fugitifs qui comprennent tout à la fin en retrouvant tout d’un coup la mémoire », l’auteur évite au contraire de tomber dans le médiocre et continue de développer ses personnages de fort belle manière. Le récit reste simple à sa façon mais la construction habile lui donne son intérêt, sans lourdeur ni longueur. Les personnages dépeints ainsi sont très humains et Gabriel Katz le fait admirablement ressentir : doutes, stress, tension, coups de gueule, fous rires, complicité… toutes les émotions qui les animent contribuent à les rendre vivants. Comme pour le premier volume, la qualité d’écriture de Gabriel Katz est un atout considérable qui fait de cette lecture un excellent moment passé en compagnie des compères.

Cette construction dans le décalage humour/noirceur, identité actuelle/passée fait tout le sel de ce nouveau volume. Mais il reste encore de belles part d’inconnu, le voile est loin d’être levé. A ce titre, Gabriel Katz termine Le Fils de la Lune par une révélation fracassante. Un vrai cliffhanger qui, au choix, provoque un « noooooooon », fait se ronger les ongles ou écarquiller grand les yeux (toute combinaison possible). Avec cette fin, l’auteur dit à ses lecteurs qu’il est loin d’avoir fait le tour de sa série et qu’il faut s’attendre à de nouveaux rebondissements dans le prochain volume. Et bien c’est noté, on attend. Pas très patiemment il faut le dire, tant on s’est facilement pris au jeu.