La dernière lame (Estelle Faye)

La dernière lame (Estelle Faye)

La Dernière lame

Couverture : Benjamin Carré
Editeur : Le Pré aux Clercs (Pandore)
Date de parution : 11/2012
Pages : 452
Prix : 16€

Peut-on encore sauver le monde de la montée des eaux ? Année après année, la mer ronge sur la terre et les survivants sont sans cesse repoussés par les flots. Au cœur de ces pays sans avenir, Marie, amnésique, suit l’enseignement des Cendres et œuvre pour l’ombre. Joad quant à lui, amnésique également, médecin, ne renonce pas à sauver ce qui peut l’être. La rencontre entre ces deux êtres ne pourra que conduire à une lutte féroce. Lutte pour les hommes, lutte pour le monde, lutte pour l’avenir.

Des détails qui dérangent dès le visuel

Avant tout chose, presque tout est mensonger au premier regard. Le personnage en couverture (plutôt jolie d’ailleurs) ne ressemble à aucun de l’intrigue, seul le paysage est cohérent. La phrase d’accroche est racoleuse et ne correspond à rien. Je cherche encore la pertinence du titre. Et enfin, avec des personnages adultes, une intrigue mature et complexe, ce livre n’est aucunement à orienter vers un jeune lectorat en particulier. Sachez ensuite que je suis passée à côté de cette lecture.

Un décor intéressant pour des personnages trop peu attachants ou subtils

Estelle Faye entraîne le lecteur dans un monde en pleine apocalypse, et mêle les genres en apportant à ce cadre science-fictif des touches de fantasy avec sa société typée Renaissance, des pointes de magie, des créatures extraordinaires et des prophéties. Environnement et décors sont bien soignés, on ressent parfaitement l’humidité, l’aridité et la précarité. Un monde dévasté aux paysages désolés, où la faim guette, où la survie à long terme de l’humain est largement mise en doute, voire à empêcher à tout prix pour certains. Les descriptions aident à comprendre la rudesse, le côté poisseux, le froid, le manque d’espoir.

Les personnages avaient d’abord de quoi séduire. Le passé de Marie, dévoilé au premier chapitre, promet un personnage contrasté tant ses deux identités semblent opposées. Finalement il n’en est rien. La guerrière amnésique impitoyable trace sa route sans pitié, point. Pas de remise en cause, pas de retour au passé. Il est agréable d’avoir une femme guerrière impitoyable pour une fois, mais elle n’est malheureusement pas attachante. Dévoiler son passé par petites touches en cours de route aurait sans doute adouci cet aspect brutal. Joad est sans aucun conteste sympathique. Mais son amnésie ne sert pas à grand chose non plus, à part permettre à l’auteure de le mettre face à son passé à un moment, sans que cela ait de réel intérêt. Il est aussi très passif, alors que l’avenir de l’humanité est en jeu, qu’il le sait et qu’il a des éléments à creuser. Des baffes.
D’autre part, un personnage capital apparaît tardivement au 3ème tiers du roman, ce qui ne suffira pas pour s’yattacher. Son importance n’est pas compréhensible avant d’arriver à la toute fin car elle est avant tout l’amie de Joad rencontrée par hasard et qui remplira son rôle dans l’intrigue avec autant de hasard. Certains personnages secondaires sont assez réussis, comme l’entourage de Joad, d’autres moins, jusqu’à l’incohérence flagrante dans les comportements.

Un scénario en ligne droite et confus

Côté narration, Estelle Faye tente d’orienter vers de fausses pistes, une bonne intention, mais qui apporte flous et incohérences, qui ne permettent pas de dessiner le puzzle sans erreur, tel ce charabia prophétique contredit par la fin. L’aspect fantastique, prophétique, mystique n’est jamais clairement expliqué et je suis finalement restée dans le brouillard entre les ordres religieux, l’ombre, l’élément de lumière, qui voulait la perte de l’humanité et qui ne la voulait pas… alors que finalement tout ou presque repose sur ces éléments (encore faut-il le comprendre).

Vient ensuite la fin, où des personnages passifs se trouvent au bon endroit au bon moment, sans que le comment et le pourquoi aient pu être appréhendés. Tout est alors compris (par les personnages) et résolu en quelques pages, sans qu’on se soit trop préoccupé de tout ça avant. D’autant plus frustrant que l’intrigue est linéaire (ou presque : une ellipse de 7 ans coupe le livre) ; elle aurait sans doute gagné à être plus dynamique pour casser l’impression de longueur.

Un style intéressant qui manque de liant, des passages parfois inutiles ou peu crédibles

De nombreuses scènes sont inutiles à l’intrigue de fond et ne s’y intègrent pas du tout. Le but étant sans doute d’étoffer le récit et de donner de la densité aux protagonistes, mais elles donnent surtout l’impression de « faire joli » ou de vouloir apporter une transition, mais tombent à plat par leur manque de subtilité. Connaître le passé des héros est ainsi intéressant mais n’apporte rien aux lecteurs ou aux principaux intéressés. Sans parler des incohérences et détails surréalistes qui accompagnent ces scènes : par exemple, un personnage se rend à l’ennemi… pour pouvoir s’enfuir plus tard. Un personnage fait pour un autre ce qu’il ne fait pas pour lui alors que ça ne lui apporte rien. Ou encore au tout début Marie est épargnée par un homme des Cendres en pleine mission… parce qu’elle est belle. Trop c’est trop parfois.
Le plus important dans tout ça étant sans doute que Marie ne sert pas à grand chose au regard des révélations finales. Son manque de nuance et cette réalisation, ajoutés au reste, laissent un sentiment d’inutilité, malgré un certain plaisir pris au voyage. Frustrant. Ce manque de sens dans les scènes et en général achève de rendre la lecture très longue, j’ai failli abandonner.
Il y aurait encore des choses à dire, mais une chose est à souligner tout de même, c’est que la plume d’Estelle Faye est prometteuse, visuelle et esthétique.

Dommage que la rencontre ne se soit pas du tout faite avec La dernière lame. Finalement, j’ai surtout eu l’impression de lire un texte brut non retravaillé, manquant d’un regard critique extérieur qui aurait aidé ce premier roman à acquérir l’ampleur et la cohérence qu’il méritait. Mais je surveillerai la parution à venir de Porcelaine, ouvrage plus poétique semble-t-il, aux Moutons Électriques.