Le Prophète et le Vizir (Yves & Ada Rémy)

Le Prophète et le Vizir (Yves & Ada Rémy)

Le Prophète et le Vizir

Auteur : Yves & Ada Rémy
Couverture : Corinne Billion & Laure Afchain
Editeur : Dystopia
Date de parution : 06/2012
Pages : 156
Prix : 10€ / 3€ ebook sans DRM

Rien ne destinait Kemal bin Taïmour à devenir prophète. Sans doute est-ce là une des mystérieuses interventions d’Allah, Clément et Miséricordieux, qui guida la main de l’Emir Nour al-Din Malek le jour où il le recruta pour lire l’avenir. D’homme ordinaire, voici que l’humble reçoit un don puissant mais bien incontrôlable. C’est sur la route qu’il tentera de faire entendre la voix d’Allah, qui lui parle des hommes d’autres temps.
Le Vizir Fares Ibn Meïmoun quant à lui ne croit pas au Destin et se moque des prophéties. A-t-il raison ou tort ? Qui du Prophète ou du Vizir détient la vérité ? Les protagonistes sont en place pour jouer leur rôle, il ne reste plus aux événements qu’à se dérouler. Inch Allah.

Deux textes en un servis par une double plume bien fine

Ce très bel objet, recueil de deux textes de longueur différente, de personnage principal différent, de ton légèrement différent, présente une logique chronologique. Deux contes arabes – ou deux parties d’un seul – écrits par un couple français, qui réalise l’exercice avec talent et charme. Il serait d’ailleurs aisé de se méprendre sur l’origine de ces textes, qui rappellent d’autres contes, d’autres époques.

Leur style est vivant et fluide, aux rythmes et sonorités agréables à suivre. Jamais dans le drame l’humour n’est oublié, la beauté du langage est de mise, pour mieux enchanter… et manipuler.
Les Rémy entraînent avec finesse le lecteur dans le sillage de héros soumis à la volonté d’Allah et du Destin (à moins que…), tout humble ou puissant qu’ils soient et dessinent à l’aide de multiples couleurs et impressions les paysages d’autres lieux et d’autres temps.

Un Prophète et son regard sur le monde passé et présent

Le premier texte suit un homme devenu Prophète amené à voyager suite à la révélation de son don. Ce dernier lui permet d’apercevoir, au travers de visions, des bribes de futurs lointains.
C’est de notre passé, l’Histoire, dont il est témoin et son regard est parfois décalé par rapport au notre. Il remet les choses dans la perspective du XVIIIe siècle, ce qui prête parfois à sourire ou à relativiser certains aspects du monde moderne.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Pourquoi Allah a-t-il permis au pêcheur de recevoir ce don ? Que doit-il en faire ? Est-il de son devoir d’avertir ou doit-il se contenter d’observer ?
Quoi qu’il en soit, chacune de ses décisions a fatalement un impact. Face à certains événements à venir, avec la connaissance historique et géopolitique moderne, le lecteur mesure d’autant mieux les conséquences de ces choix, et le sentiment que quelque chose aurait pu être évité ou fait différemment se fait parfois fort.

Ce prophète est un homme sympathique, que le lecteur suit dans son voyage avec plaisir et intérêt. Il visite des lieux exotiques, rencontre des personnalités et des anonymes… Ses décisions sont attendues, ses discussions appréciées, le lecteur s’enrichit de cette compagnie.
Le récit évolue de belle façon jusqu’à une issue sans réelle surprise – là n’est pas l’objectif du conte – mais dont la réalisation est jusqu’au bout incertaine.

Un Vizir et sa vision de la fatalité

Et le livre embraye alors sur le second récit, plus court. Ici, le héros est détestable, un Vizir assez arrogant pour vouloir déjouer le Destin, en pariant sur la vie d’autrui. Mais la question est posée : peut-il réussir ? Difficile à dire, les auteurs ne facilitent pas la tâche.
La thématique est dans la continuité du premier conte, d’autant plus que notre Prophète est toujours présent. Le décor est tout aussi exotique qu’aux côtés de Kemal, même si moins varié : le désert constitue la scène de cette danse contre la fatalité.
Le récit a des accents encore plus traditionnels que le premier, mais la toute fin est habile, avec une touche de fourberie en prime. La forme est presque théâtrale avec les commentaires d’un narrateur externe entre deux scènes de la tragédie, ce qui constitue un plaisir et surtout un charme supplémentaire pour cette lecture.

Le Prophète et le Vizir est une lecture extrêmement rafraîchissante dans le paysage littéraire de l’imaginaire actuel. Au fil de cet univers maîtrisé, Yves et Ada Rémy mêlent l’esthétique du conte arabe traditionnel et l’originalité de leur style d’auteurs de science-fiction.
Le lecteur embarque sans y penser à deux fois pour ce voyage enchanteur, dont il ne peut que ressortir ravi.

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