Le premier défi de Mathieu Hidalf (Christophe Mauri)

Le Premier défi de Mathieu Hidalf (Christophe Mauri)

Mathieu Hidalf

1. Le Premier défi de Mathieu Hidalf

Auteur : Christophe Mauri
Couverture : Benjamin Bachelier
Editeur : Gallimard Jeunesse
Date de parution : 09/2011
Pages : 256
Prix : 13,20€ / 9,49€ ebook / 6,60€ poche

Mathieu Hidalf, puni pour ses crimes passés et en prévention de ceux à venir, ne se rendra pas à l’anniversaire du roi, ne fera pas de bêtise, n’embarrassera pas ses parents (surtout son père), ne fêtera pas ses dix ans en fanfare.
C’est bien mal connaître le jeune Hidalf si l’on espère qu’il ne trouvera pas un moyen de se défaire de ses obligations légales et parentales, tout en obtenant un bonus non stipulé par le contrat. Car depuis son plus jeune âge, la terreur ambulante ne vit que pour inventer des sottises toujours plus grandioses et est réputé pour cela dans tout le royaume.
Si l’ombre d’un nouveau forfait par le garçon Hidalf fait parier et frémir toute la cour, une autre bien plus menaçante semble s’éveiller au loin et se rapprocher de l’idyllique pays…

Un démarrage enfantin pour une histoire qui sait aussi parler aux grands

Le premier défi de Mathieu Hidalf présente tous les attributs du conte, dans les règles de l’art : un château, un vieux roi, de jolies filles (surtout les sœurs), une élite redoutable (le rêve), une menace qui s’annonce au loin (l’aventure ?)… et un garnement de 10 ans qui fait trembler le monarque d’appréhension grâce à ses bêtises et ne désire que faire sortir son père de ses gonds (il faut dire que c’est assez comique).
Dans cette histoire sympathique, Mathieu se veut tout sauf un héros : il ne cherche qu’à parvenir à ses fins en marquant les esprits par son ingéniosité, et cette fin justifie les moyens. Mais si tout le royaume n’attend que la bêtise, lorsqu’une menace importante pointe le bout de son nez les enjeux pourraient bien changer et la farce virer au drame.

Résolument jeunesse dans le public ciblé, l’aventure est un récit rythmé que les grands ont plaisir à découvrir. Elle est également amenée à s’assombrir dans les prochains volumes puisque celui ci marque l’introduction de la menace et que les prochains verront le jeune garçon grandir et s’y confronter.

Un héros délicieusement hilarant et décalé

Le personnage de Mathieu est absolument extraordinaire. Petit garçon de dix ans bien entouré de trois sœurs (quelle horreur) nommées Juliette (oui, les trois), il est aussi un fourbe retors difficile à dompter, même (et surtout) quand on s’appelle M. Hidalf Senior. C’est une vraie lutte qui occupe le père et le fils pour tenter de se manipuler l’un l’autre, pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques, qui n’en finissent plus de travailler.
S’ensuivent des tentatives plus ou moins réussies, des fourberies, des retournements de situation, des colères et de rares instants de paix. Ce jeu très drôle occupe une bonne partie de l’intrigue, le garnement ayant des réactions et propos parfois bien adultes, négociant et manipulant ses interlocuteurs en tant que bon businessman qu’il est, ce qui ajoute à l’aspect loufoque.

Dans le reste du royaume, deux types de personnages semblent exister : ceux qui admirent et soutiennent le garnement, et ceux qui cherchent à trouver le moyen de l’arrêter. Les personnages secondaires sont aussi acteurs de cette farce, passivement ou bien activement, de la famille ennemie jurée par tradition au meilleur ami de héros, en passant par ces sœurs à fort caractère ou ce roi qui fait une si belle cible pour les chefs d’œuvres de Mathieu.

Une écriture remarquable, pleine d’esprit, à découvrir absolument

Si déjà dans son déroulement ce roman est un excellent divertissement, ce qui fait la différence entre le bon livre jeunesse et la perle rare à mettre entre toutes les mains est le style de l’auteur. Le choix de ses mots est absolument délicieux, au point que l’on ressent parfois la nécessité de relire certains passages, éventuellement à voix haute, pour apprécier la musicalité du rythme et la beauté ou l’incongruité des images.
Christophe Mauri joue avec les lettres et les mots comme un musicien sur son instrument : précis, poétique, il dessine les courbes, envoûte avec ses sons, crée de la beauté. Une grande harmonie se dégage du résultat, une douceur propre aux contes écrits avec finesse, et qui transforme presque en pièce de théâtre le récit, le ponctuant d’expression truculentes, dévoilant un humour exquis.

« Mais Mathieu connaissait M. Rigor Hidalf mieux que son propre miroir, qui assumait pourtant la lourde tâche de le regarder tous les jours droit dans les yeux ».

« Dehors, un vent houleux s’abattait sur l’auguste façade du manoir Hidalf. Au loin, un chêne qui se moquait d’un roseau se rompit le dos dans un craquement sonore. Une roulotte frappée par le vent approchait, en se balançant de gauche à droite. Il était écrit en lettres vertes sur le flanc argenté du véhicule : Madame Chapelier, chapeaux à la tête du client. »

Le premier défi de Mathieu Hidalf, une lecture qui enchante l’âme, fait pétiller les yeux et travailler les zygomatiques. Jeunesse, certes, pour petits et grands enfants ! Un énorme coup de cœur, si ce n’est LE coup de cœur de l’année.

2 réflexions au sujet de « Le premier défi de Mathieu Hidalf (Christophe Mauri) »

  1. Je suis d’accord, c’est très chouette ! J’ai lu le tome 5 (pas vu tout de suite que c’était un tome 5…) et j’ai vraiment beaucoup aimé, même si je n’ai pas lu les autres….

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