Black-Out (Connie Willis)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2012/09/black-out-willis.jpg » titre= »Blitz » soustitre= »1. Black-Out » anthologiste= » » auteur= »Connie Willis »  couverture= » » editeur= »Bragelonne » dl= »08/2012″ pages= »666″ prix= »25€ / 12,99€ ebook » note= »9″/]

Organiser les voyages temporels des historiens de 2060 n’est pas de tout repos. Surtout lorsqu’ils sont nombreux et partent étudier des périodes dangereuses. Polly, Merope, Michael et d’autres voient leurs plannings quelque peu bouleversés, mais qu’à cela ne tienne, chacun rejoint sa mission, tous trois lors de la seconde guerre mondiale. Si tout démarre ou continue comme prévu, assez rapidement les uns et les autres commencent à ressentir quelques doutes. Connaître chaque détail à l’avance est-il suffisant pour prétendre maîtriser l’histoire et y survivre ?

L’histoire comme si vous y étiez

Il se passe en absolu peu de choses dans Black-Out, concentré sur la vie de tous les jours des individus. Et il s’en passe pourtant tellement. Connie Willis a fait un travail admirable côté reproduction historique, de quoi ravir les passionnés d’histoire, mais pas seulement. En montrant le quotidien des anglais au plus près, leurs préoccupations importantes ou futiles, l’auteure ressuscite l’époque jusque dans ses moindres détails. Le passé devient vivant, aisément accessible à tous ; les distances temporelles, culturelles ou émotionnelles sont abolies, le lecteur est plongé en 1940.

S’attacher aux protagonistes est chose facile tant l’auteure les rend sympathiques et humains. Les historiens y sont pour beaucoup, voyageurs loin de chez eux et du confort apporté par le progrès. Mais les gens sur leur route – enfants turbulents, personnes âgées revêches, jeunes filles souhaitant flirter et autres – qui leur causent du soucis ou apportent leur aide, les surprennent parfois… rendent le tableau fortement, agréablement familier. Tout cela déclenche une véritable fascination pour cet univers à la fois si lointain et encore si proche à l’échelle de l’histoire. Il devient impossible de lâcher cette lecture, d’autant que l’émotion est très présente, entre tendresse, compassion, crainte, espoir…

Vaste point de vue pour puzzle géant

L’alternance des points de vue est essentielle dans la construction du roman. Outre le maintien de la tension dramatique, elle permet de brosser un vaste panorama de la guerre au travers de divers lieux, corps de métier et situations (cœur des combats ou éloignés par exemple). En envoyant des historiens en divers points du passé, Connie Willis offre un point de vue unique et vaste, à la fois détaché et en plein cœur de la vie d’époque. Les événements vécus vont du plus futile au plus terrible, même si l’accent est tout de même mis sur le blitz londonien, qui permet de voir la capitale anglaise sous un jour méconnu.
D’autre part, des personnages secondaires d’historiens entretiennent le mystère. D’autres temps de la guerre, des lieux différents ou pas tant que ça, ou personnages aperçus en 2060, ils sont des ombres à peine rencontrées le temps d’un chapitre ou deux. Ceux-ci devraient intégrer la grande course du récit principal dans la suite à paraître l’année prochaine.

Une écriture fine qui entraîne habilement par le bout du nez

Black-Out est un pavé d’une fluidité rare et particulièrement passionnant. Bien que réutilisant un univers qu’elle a déjà exploité dans d’autres romans, Connie Willis offre ici un inédit en période temporelle comme en ton. Elle développe comme à son habitude une ambiance vivante, cette fois angoissante, autour des historiens et leurs missions. Si l’issue de la guerre est a priori connue, leur destin reste lui incertain et des questions importantes se posent concernant leur présence dans un temps qui n’est pas le leur.

Pour qui l’a déjà lue, le style de l’auteure se reconnaît parfaitement. Elle ne renonce pas à un certain humour dans des situations particulières ou lors de jeux de langage, grâce à des personnages secondaires amusants… Connie Willis prend également un malin plaisir à jouer avec les nerfs du lecteur en bourrant son œuvre de mini cliffhangers qui font régulièrement sourire tout en maintenant la tension dramatique, laissant toujours dans l’attente de la suite, vite, la suite. Petits bonus, les références culturelles ponctuant le texte (annotées + glossaire) et les extraits d’époque (affiches, rapports, discours…) en tête des chapitres. Au final, le roman se dévore sans y penser.

Multi-primé outre Atlantique à juste raison, Black-Out est LA lecture coup de cœur de la rentrée, qui saura toucher un public vaste, amateur de science-fiction, d’histoire, d’aventure et d’émotions. Ne passez pas à côté de cette pépite, d’autant que la suite et fin, All-Clear, arrivera très vite.