Enfants de la paranoïa (Trevor Shane)

Enfants de la paranoïa (Trevor Shane)

Enfants de la paranoïa

Auteur : Trevor Shane
Editeur : Michel Lafon
Date de parution : 04/2012
Pages : 363
Prix : 19,95€

Comme beaucoup avant lui Joseph est devenu un tueur à sa majorité. Car lui et les siens, il l’a appris à seize ans, sont en guerre. Une guerre qui implique deux clans, dont les raisons se perdent dans des rumeurs plus ou moins vraisemblables mais dont les victimes s’accumulent sur une liste sans fin. Une guerre avec des codes précis : on ne tue pas d’innocent, on ne tue pas les moins de 18 ans. Pour le brillant Joseph, après quelques années à suivre aveuglément les directives, les convictions s’écaillent et les doutes s’installent. Quand l’amour s’en mêle, tout bascule et il va lui falloir, plus que jamais, se battre pour survivre.

Un récit efficace au rythme soutenu et suspense permanent

Enfants de la paranoïa est un thriller haletant. Meurtres, traque, fuite, paranoïa rythment le récit et la vie des protagonistes qui entrent par héritage ou alliance dans une guerre qui semble souvent bien absurde. Joseph alterne ces phases d’action pure avec des phases de doute et de remise en question ; un bonheur fugace s’invite même grâce à Maria. De quoi être bien perdu, tenter de se raccrocher à une conviction, puis une autre, pour ne pas perdre complètement la raison et espérer trouver, enfin, une liberté et sérénité qui se refusent à lui.
La guerre est une invention sinon originale, au moins très bien présentée par l’auteur. A chaque situation décisive un de ses aspects se dévoile, ou une de ses conséquences, sur un individu comme sur la communauté. Son aspect inévitable malgré des raisons qui restent floues est réellement effrayant. Toutes les clés ne sont pas dévoilées dans cet opus mais l’attention du lecteur est acquise et le tome 2 est déjà attendu avec impatience.
Dans ce premier opus, l’histoire de cet homme et de ses convictions se suffit presque à elle-même. Le final est aussi vif, implacable, que le reste du roman et laisse le lecteur sous le coup d’une émotion intense, dernier ressenti de lecture, qui marque fortement.

Une palette d’individus qui dessinent un vaste tableau angoissant

Les personnages sont un élément central du récit, leur personnalité en portant toute la force émotionnelle. Trevor Shane met en scène des individus très divers, des vétérans ayant souffert de la guerre, des adolescents qui s’y lancent corps et âme, divers corps de métiers et les professionnels convaincus, Joseph qui doute, d’autres qui l’écoutent, des innocents sur le chemin aussi vite oubliés que rencontrés ou au contraires intégrés à la lutte. Toutes les souffrances, tous les espoirs, les excuses, les regrets… rien n’est épargné au lecteur. Cela conduit à plusieurs reprises à des séquences qui laissent un nœud atroce dans l’estomac, le lecteur étant touché de plein fouet grâce à des exemples très percutants.

Joseph est particulièrement intéressant car il est passé par plusieurs étapes au cours de sa vie, de jeune recrue à tueur confirmé promis à un bel avenir guerrier, jusqu’à prendre du recul et chercher des réponse qui ne peuvent que lui attirer des ennuis (encore faut-il qu’elles existent) et pire que tout : tomber amoureux et se battre non plus pour une cause, mais pour sa liberté et son bonheur. Sa vision permet au lecteur d’adopter spontanément un esprit critique et de se méfier de tout. Attendez-vous à être contaminé à votre tour par la paranoïa. Le lecteur se sent facilement proche du jeune couple dépassé par une mécanisme implacable.

Une paranoïa communicative, une romance intégrée à l’atmosphère inquiétante

Les pages défilent à toute allure grâce à la plume fluide de l’auteur, qui en plus de l’action donne de la puissance à son histoire grâce aux émotions de ses protagonistes qu’il retranscrit parfaitement. A l’aspect thriller, déjà efficace en lui-même, se mêle habilement à une dimension romance.
Sans tomber dans les clichés, Trevor Shane, tout en permettant de croire au vrai amour et au coup de foudre, met en scène un couple en danger coupable de seulement vouloir être heureux. L’ombre de la mort et de la violence, physique comme psychologique, plane au-dessus de leurs têtes en permanence. Vouloir vivre cet amour signifie accepter d’être traqué, risquer de perdre sa vie et de mettre en danger celui qui représente plus que tout. Un dilemme qui s’avère horrible. Le terme de paranoïa a tout son sens tant le danger est grand et omniprésent. Ce n’est pas tant de savoir s’il s’abattra, mais plutôt quand et sous quelle forme… Le lecteur se laisse mener par le bout du nez, d’autant que le format de journal ajoute de la proximité avec Joseph ; il est acquis à la cause des amoureux, fasciné par le déchaînement de violence et de peur.

Mélanger romance et thriller, ce n’était pas gagné par avance, mais Trevor Shane surprend et mieux encore : conquiert le lecteur. Il offre un récit aux émotions fortes et puissantes, pour une lecture qui émeut autant qu’elle captive, révolte et fait frémir. Bref, Enfants de la paranoïa est une réussite. Le prochain titre devrait s’avérer différent et plein de surprises vu la direction que prend le récit, ce dont on se réjouit par avance.