Embassytown (China Miéville)

Embassytown (China Miéville)

Embassytown

Auteur : China Miéville
Couverture : Crush
Editeur : MacMillan
Date de parution : 06/05/2011
Pages : 432
Prix : 17,99£

Embassytown. Ville enclave sur un territoire étrange, Arieka. Une communauté humaine qui cohabite sereinement avec les habitants de la planète, leurs Hôtes. Une ville dominée par son ambassade, son personnel et ses Ambassadeurs, seuls capables de communiquer avec les Hôtes et de procéder aux échanges de technologie et de marchandises assurant leur survie dans un environnement toxique.
Un système aristocratique en quelque sorte, très bien vécu par ses habitants. Les Ambassadeurs sont conçus, élevés et éduqués uniquement à Embassytown dans le but d’être compris par les Hôtes.

Avice a grandi dans cette ville, a joué dans ses ruelles. Un jour, elle a quitté la planète pour devenir une immerser, capable de naviguer dans l’espace, dans l’immer. Après avoir écumé les planètes, elle décide de rentrer à la maison, accompagnée et un peu poussée par son mari Scile, linguiste rencontré au hasard d’un arrêt. Scile est fasciné par le Langage et son unicité, par les Hôtes et leur incapacité fondamentale à mentir et à parler une autre langue.
Seulement, Bremen, la nation mère de la colonie établie sur Arieka, envoie un Ambassadeur. Un Ambassadeur impossible, extérieur, différent. Et le monde tel qu’Avice l’a connu éclate brusquement.

Journal d’une révolution

La narration en deux courants temporels de la première moitié du roman, étrange au départ, permet d’assimiler progressivement les informations et les bases culturelles et politiques de la ville dans laquelle nous sommes parachutés. Et surtout, les bases linguistiques.
Avice commence en effet son récit en deux temps parallèles : sa vie depuis son enfance jusqu’à son retour en fanfare et la série d’événements qui a mené à la situation de crise actuelle. La narration redevient ensuite linéaire pour nous plonger directement dans l’actualité.

Avice est une narratrice et une héroïne très proche du lecteur. Elle est tellement normale, franche et directe dans sa manière de raconter les choses que l’on ne sent aucune distance avec elle. Elle comprend et décrit ce qui se passe à un rythme assimilable par le lecteur, sans lui laisser le temps de s’ennuyer.
Avice est pourtant particulière : c’est un simile. Enfant, elle a été convoquée pour devenir une comparaison. Devenir une comparaison, oui. Ce qui n’est qu’un acte isolé et qui semble hors-contexte dans son récit prendra toute son importance en temps de crise.Tous les événements reposent en effet sur la façon dont le Langage est construit et parlé par les Hôtes, comment les hommes se sont adaptés pour pouvoir se faire comprendre.

Complexité et inventivité

Comment la façon de penser est liée au langage ? Toute personne qui a appris une langue étrangère a pu avoir un aperçu de la question. Ici, la différence est poussée le plus loin qu’on puisse imaginer. Ce qui rend la démonstration particulièrement frappante.

Embassytown possède indéniablement une dimension culturelle et linguistique, mais la dimension politique que l’on peut attendre d’un roman de SF traitant d’une colonie est bien présente. Intrigues de couloirs, négociations, factions déclarées ou cachées, gestion de crise, tout y est.
On peut toujours faire confiance à China Miéville pour construire un roman à plusieurs niveaux. Embassytown ne déroge pas à la règle. Pour ce qui est de la complexité stylistique en VO, comme d’habitude il faut s’accrocher un peu dans les virages. Quelques mots d’emploi rare, deux ou trois tournures de phrases un peu ardues, mais rien de plus complexe que dans ses précédentes œuvres.

Embassytown est une lecture fascinante, et pas seulement pour ses étranges aliens. Toutes les réflexions que ce roman soulève donnent matière à penser longtemps après que la dernière page soit tournée. Pour imaginer un contexte pareil, le faire fonctionner, le détruire et le reconstruire, il faut une impressionnante dose de talent, de créativité et d’intelligence. China Miéville nous a habitué à ce genre de prestation et ne nous déçoit toujours pas.

Edit : Embassytown vient de sortir en France sous le titre Legationville, aux éditions Fleuve (08/10/2015, 21,90€)

3 réflexions au sujet de « Embassytown (China Miéville) »

  1. Ping : Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2016 : L à Z (par titre) - Planète-SF

  2. Ping : Légationville, de China Miéville - Lorhkan et les mauvais genresLorhkan et les mauvais genres

Les commentaires sont fermés.