Bordemarge (Emmanuelle Nuncq)

Bordemarge (Emmanuelle Nuncq)

Bordemarge

Auteur : Emmanuelle Nuncq
Couverture : Boulet
Editeur : Castelmore
Date de parution : 04/2012
Pages : 318
Prix : 15,20€

Violette s’ennuie, Violette déprime, Violette se dit que la vie ne vaut pas franchement le coup. Mais voilà ses plans de dépression contrariés quand un jour une jolie rousse nommée Roxane, qui se trouve être princesse, lui tombe littéralement dessus dans sa bibliothèque et l’expédie à sa place au travers d’un tableau dans Bordemarge, un pays digne d’un conte. Mais ça commence mal pour la jeune femme de ce côté-là ; quelqu’un viendra-t-il à son secours ou finira-t-elle dans le rôle de la victime dans cette histoire ?

Un pays féérique face à la réalité : deux univers qui s’influencent et abritent des personnages fantasques

Emmanuelle Nuncq oppose dans son roman deux mondes bien différents. Le notre tout d’abord, avec ses réalités quotidiennes parfois pesantes, et Bordemarge, un pays fantastique où rien ne fonctionne comme de notre côté du tableau. Le lecteur prend plaisir à découvrir, aux côtés des humains l’ayant rejoint récemment, les subtilités et règles qui régissent ce lieu à la météo clémente qui appelle une campagne médiévale, ou bien un conte, ou bien un roman d’aventure du XIXe siècle, dans lequel il semblerait bon de se promener en d’autres circonstances.
Les personnages inventés par Emmanuelle Nuncq sont hauts en couleur et comptent pour beaucoup dans la sympathie éprouvée par le lecteur pour Bordemarge. En faisant se confronter des humains « standards » à des héros de fantasy, les situations cocasses se multiplient et le décalage prête à sourire. D’un côté, voici Roxane, sans peur (ou presque) et sans reproche, portée par l’honneur et le devoir, poursuivie par un pirate sanguinaire ; et de l’autre rencontrez Violette, bibliothécaire dépressive projetée par inadvertance au milieu de ce combat, sans en comprendre les règles. Du moins au début…

Chacun fait au départ preuve d’une personnalité bien marquée, parfaitement alignée sur son vécu et son univers d’origine. Mais au fil de l’aventure tous changent sous l’influence du contact avec ces inconnus si différents. Violette notamment, qui en progressant dans sa compréhension de l’univers, se met à toucher profondément ceux qui l’entourent. C’est qu’il est difficile de débarquer dans un pays régi par l’aventure avec des valeurs bien « terrienne » sans le modifier un petit peu, de même qu’il est bien difficile de se retrouver confronté à tous ces éléments d’imaginaire sans se laisser imprégner par le frisson de l’aventure et l’honneur de se lancer dans une juste bataille.

Une qualité de narration qui progresse dans ce roman dans le roman aux nombreuses références

Le début de Bordemarge est un peu chaotique. La narration y est un peu maladroite, notamment dans le choix du vocabulaire et des descriptions, un peu imprécis, et dans les points de vue : souvent elle donne l’impression de suivre la vision d’un protagoniste alors qu’en réalité il n’y a pas de narrateur interne à ce récit, le lecteur est omniscient. La difficulté potentielle à se plonger dans le début de l’intrigue disparaît heureusement au fil des pages. Au final, l’auteure entraîne avec facilité sur les routes et dans l’aventure, de façon rythmée et enjouée, sur un ton bon enfant. Car titre compte parmi les plus jeunesse du label Castelmore, malgré les morts, l’âge des héros et leurs aspirations de vie, ce qui peut surprendre si l’on s’attend à un roman pour grands ados.
Si le récit amuse l’essentiel du temps, il se révèle par moments très prenant ; l’émotion s’invite alors, laissant une boule dans la gorge. Le lecteur réalise alors avec quelle subtilité il s’est pris au jeu, porté par les mots d’Emmanuelle Nuncq.

Bordemarge est également un roman dans le roman. Tout l’univers rappelle un livre d’aventure, des personnages aux rebondissements et autres règles qui régissent le lieu. Le déroulement et la fin sont par conséquent relativement simples et prévisibles, ce qui n’empêche aucunement de profiter du cheminement avec plaisir : la vision de l’humain, du personnage de fiction et du travail d’écriture en lui-même font en réalité le sel de cette histoire. Les références à des auteurs clasiques par exemple, tout comme le mélange des genres et des esthétique entre le roman de cape et d’épée, le conte de fée ou le steampunk, ajoutent à l’humour, à l’ambiance et à l’originalité de ce titre. A noter d’ailleurs après le mot FIN des petits bonus amusants, making of et extraits de Poe et Dumas.

Bordemarge est une oeuvre sympathique, une aventure en apparence très gentillette. Mais c’est aussi une mise en abîme du travail d’auteur, qui met au centre de son propos les relations humaines et de papier tout comme les influences qui peuvent en découler. Le lecteur retiendra surtout qu’il s’amuse et se prend au jeu, car le travail d’Emmanuelle Nuncq se lit finalement avec plaisir.