Avance Rapide (Michael Marshall Smith)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2012/04/avance-rapide-smith.jpg » titre= »Avance Rapide » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Michael Marshall Smith » couverture= » » editeur= »Bragelonne » dl= »05/2011″ pages= »310″ prix= »10€ » note= »7″/]

Stark est unique, c’est ça qui le rend bon dans son boulot. A moins que ce ne soit l’inverse. En tout cas, son amie Zenda a fait appel au meilleur pour résoudre une crise inédite : un grand ponte du Centre, le quartier des affaires, a disparu, ce qui est impossible vu les règles strictes des lieux. Ni une ni deux, voilà le héros hors du confort du Quartier Coloré en direction d’autres, moins accueillants. Mais l’enquête, banale au premier abord, n’a pas fini de lui dévoiler de mauvaises surprises, c’est l’instinct de Stark qui le dit et ce dernier a toujours raison.

Un récit plus profond et complexe qu’en apparence

Avance Rapide est un roman surprenant qui ne se dévoile qu’au fil de ses trois parties. Trois parties qui ont une raison d’être, une personnalité et qui forment un tout. Que celui qui croit comprendre ce qui se trame dès le début se dénonce et qu’il sache ceci : il a forcément tort.
Tout démarre comme un roman noir dans un cadre de science-fiction, de manière assez classique avec une disparition et une narration par l’enquêteur, un privé indépendant vaguement blasé. Mais au fil de la lecture tout change et arrivé à la fin le lecteur se rend compte de la réelle qualité de ce roman et de sa construction ingénieuse. Car rien n’est hasardeux. Ni le découpage, ni le personnage et son caractère, ni le même le style de l’auteur qui fait douter, déroute, fascine tour à tour. Aucune des trois parties ne se ressemblent, jouant avec les genres, montrant ça et là des éléments décalés, mais forment pourtant un ensemble d’une grande cohérence. Le résultat est bluffant et la profondeur du récit insoupçonnée jusqu’au bout, faisant d’un roman policier de science-fiction une œuvre psychologique dense.

Un univers accrocheur et original

Une grande qualité de ce livre tient à l’univers fabuleux inventé par l’auteur. Le lecteur arrive dans une énorme Cité découpée en une infinité de quartiers à l’identité bien particulière, dépendant des attentes de vie de leurs habitants. L’enquête amène Stark à traverser des lieux plus ou moins hostiles, voire improbables, au moins tout autant que les autochtones qui les peuplent. Ces caractères marqués des endroits et des gens, à la limite de la caricature, sont très amusants. Surtout que la technologie n’est pas en reste, la plupart des objets étant parlants et d’ailleurs plutôt bavards avec tendance à la susceptibilité parfois.
Au delà de la ville, Stark fait visiter quelque chose de différent, impossible à dévoiler, marquée par une dynamique et un esthétisme particuliers absolument fascinants. Les descriptions de Michael Marshall Smith sont très imagées, son style étant globalement très visuel, ce qui permet de se plonger aisément sur les traces du héros et de s’immerger à ses côtés dans cet univers emprunt d’une aura d’irréalité.

Un divertissement aux individus attachants qui passe du rire à l’angoisse

Le ton blasé du héros, l’absurdité de certaines conversations (notamment avec les objets) provoquent une ambiance de lecture très fun. Cependant, en contraste, certains passages sont d’une grande violence pour les protagonistes et ponctuellement trash. Le roman a une identité forte, qui se dévoile progressivement selon le bon vouloir de Môssieur Stark, narrateur manipulateur et sacrée tête de pioche (le lecteur serait d’ailleurs parfois bien tenté de le secouer un peu pour lui demander des explications). Les personnages secondaires ne manquent pas de présence et d’histoire et finalement même les méchants supposés arrivent à paraître sympathiques au lecteur dans ce contexte étrange de Cité découpée en quartier. Stark est le centre d’un groupe et nous apprend, miette par miette, comment s’est construite sa vie avec chacun. La plupart du temps, les autres individus croisés au fil de l’enquête servent de caution comique, sentiment renforcé par le côté sombre du privé qui ne s’amuse plus de rien (rabat-joie).

Le rythme d’Avance Rapide est entraînant, le style de Michael Marshall Smit très plaisant. Les pages se tournent sans y penser une seconde et le sentiment qui reste à la fin est une profonde satisfaction à avoir lu un divertissement aussi envoûtant et surprenant.

Une lecture commune avec : (liens à venir)