Un matin, Simon trouve Papa dans le lave-vaisselle ; ses yeux d’ordinaire tout vert ont viré au gris. Comme Maman est toujours partie au pays des kangourous, Simon appelle Lola pour l’aider à sortir Papa de là et l’emmener chez le Docteur. A compter de ce jour, Papa ne sourit plus et dort beaucoup ; il doit même partir de reposer dans une maison spéciale.
Le drame vu par le filtre de l’innocence
Comme dans ses précédents ouvrages Papa et maman sont morts et Autobiographie d’une Courgette, Gilles Paris a choisi de parler d’une thématique grave au travers du regard d’un enfant. Simon a 9 ans et est témoin de la dépression de son père qu’il aime très fort. Le garçon, bien qu’étranger au concept au départ, apprivoise peu à peu la maladie. Il n’est pas trop angoissé par ce qui arrive car il va vivre plein de choses avec sa mamie Lola et ses rêves, qu’il fait souvent éveillé, lui tiennent compagnie.
Ce choix de narration apporte beaucoup de sensibilité et de tendresse à l’histoire, car Simon, rejeton attachant, y met sa vision d’enfant en décalage avec les adultes et ses propres mots, souvent imagés. L’incompréhension, l’ignorance des débuts, sont très vite balayés par la certitude que le vert reviendra dans les yeux de son père.
Des pages qui se tournent sans y penser, des propos, multiples, qui marquent
Bien sûr, le lecteur sent l’adulte derrière les mots de Simon. Peut-être est-ce pour le mieux, afin de mieux comprendre l’enfant. Le démarrage du récit est un peu pesant, l’empathie ne vient pas nécessairement spontanément, même si le lecteur sera facilement touché par la détresse du père. Mais le côté mignon, rêveur, entraîne de plus en plus facilement et au bout du chemin c’est une révélation : les explications donnent un éclairage nouveau à tout le parcours qui précède et l’émotion submerge (attention aux yeux trop embués pour continuer de lire).
Au-delà du thème de la dépression, Au pays des kangourous est une histoire familiale, qui met en scène les rapports entre parents et enfants, de toute génération, avec leurs non-dits et cette difficulté à trouver les bons mots selon la maturité et l’émotivité de la progéniture.
Espoir, joie et vie malgré tout
Ce roman qui aurait pu être triste, déprimant, est surtout très touchant. Voir ce père lutter contre le mal être est émouvant, tout comme de voir ce fils qui l’aime profondément suivre son bonhomme de chemin malgré tout, en l’aidant comme il le peut. Le personnage de Lily, petite fille étrange, forme un joli duo avec Simon en l’aidant à comprendre et à rester optimiste. Le livre devient même par moment franchement drôle et tire des sourires devant les aventures pleines de couleurs et de folies dans lesquelles Lola et ses amies entraînent le petit garçon.
L’amour occupe une grande place dans le récit. L’amour de tous les âges, l’amour filial, l’amour tout court… Et si parfois la lecture serre le cœur, elle laisse une grande place à l’espoir. Parce qu’au milieu du drame, plein de choses plaisantes peuvent se profiler.
Au pays des kangourous est un roman doucement sucré, poignant, mais surtout un beau message pour tous les parents et ceux qui, un jour, ont soudainement eu envie de se faufiler dans le lave-vaisselle.





Comme toi, ce roman m’a touchée et je trouve que tu en parles vraiment très bien
je n’ai pas trouvé “des mots d’adultes derrière les mots de Simon”, je l’ai trouvé très juste dans le ton, justement. Par contre, ce décalage, je l’ai trouvé dans le discours de Lily. Dès le départ, j’ai trouvé ses mots et ses réflexions bien trop adultes par rapport à la petite fille (même si elle est “différente”) qu’elle est. Je n’ai pas pu en parler dans mon billet car l’explication que j’y ai trouvé est un gros spoiler.
Bref, voilà un livre qui m’a tout à fait charmée
Au plaisir de te lire,
Cajou