Vincent Gessler à Scylla (Paris)

Ou Les aventures d’un p’tit suisse au nanostore

(Comme d’habitude commenté par Herbefol, en italique)

Alors que le salon du livre battait son plein au Parc des expos de la Porte de Versailles, attirant le bon peuple de France et de Navarre, une petite librairie résistait encore et toujours à l’envah… Oh, wait ! J’imagine bien M. X. en Astérix… à moins que ce ne soit Obélix.
Si on commence à s’égarer dès l’introduction, nous n’allons pas allez bien loin, comme l’aurait signalé ce cher Jacques de La Palisse.

Après avoir décidé, alors que l’après-midi était tout juste entamé, de quitter le salon du livre et sa grosse machinerie étouffante, il nous fallait une nouvelle quête. Et surtout un endroit où l’on peut s’asseoir et boire un verre. Hardi compagnons, que nous révèle notre Livre ? La Suisse envahit la France à la librairie Scylla dès 15h ? Avec un seul homme ? Un auteur en plus ? Damned. S’exprimer en anglais pour parler de l’invasion de la France par un suisse… Vous conviendrez qu’il nous fallait être témoin de ce fait hautement improbable. Et surtout prêter main forte à nos concitoyens pour repousser l’envahisseur.
A cheval ! (Non, c’est dépassé le cheval). En métro moussaillon ! (Non mais si on mélange tout ça va vraiment devenir n’importe quoi..). Bref. Une petite heure plus tard, nous tirons la porte de l’antre de perdition nommé Librairie Scylla.

Profitez de ce spectacle : un Vincent Gessler à l’air sérieux, ça ne dure pas

Le petit – mais néanmoins convivial – espace était, une heure et demie après le début de la séance, toujours occupé par une foule en délire d’au moins un Suisse et une petite dizaine de personnes béates d’admiration devant le jeune papa du petit Mimosa, paru 3 semaines auparavant.
Mais présentons un peu Mimosa. Alors c’est, euh, un roman. De SF. Et d’action. Et, euuuuh… c’est aussi un peu loufoque. Mais ça fait aussi un peu réfléchir (mais pas trop hein, houlààààà). Et c’est bien écrit. Voilà, voilà… Pas facile à décrire le p’tit. Là je suis censé m’extasier sur ta description du bouquin, c’est ça ?

La file est disciplinée, les gens polis sont venus au début. Rebelle, j’opte pour une chaise en plein milieu du passage du libraire, proche de la star (hey, c’est la sciatique vous dis-je!). Elle a bon dos ta sciatique. Où va le monde ma brave dame (ah, monsieur, pardon) à qui nous avons bien sûr fait des bisous sitôt entrés (sinon on pouvait pas rester…). Toi tu aurais pu te faire virer, moi j’ai une immunité, acquise de haute lutte.

Pendant que l’esclave – pardon : l’auteur – signe des caisses (oui, bon : une… petite) de Mimosa, je discute avec le libraire de mes dernières lectures et il me rend la pareille (moralité : il va falloir que je lise du David Calvo, mais on en reparle). Comme toujours, le dealer trouve moyen de placer un peu de marchandise, sans en avoir l’air. Cet homme est fourbe.

Fourbe je sais pas, mais il fait bien le mystérieux en tout cas (comme pour le suisse : c’est pas habituel)

Enfin ! Mon tour vient (non mais j’ai failli attendre, m’indignai-je, en balançant à bout de bras la bière qu’on m’avait honteusement offerte) ; mine de rien il y a un joli petit monde, dont beaucoup d’habitués qui mettent l’ambiance. Faut bien s’occuper pendant que tu trustes l’auteur. Pendant que ça continue de jacqueter autour de nous, Vincent et moi prenons le temps de discuter un peu plus en profondeur de Mimosa. J’ai eu du mal à entrer totalement dans le récit, manquant d’empathie, mais me faisant plaisir tout de même en tournant les pages très vite (d’intérêt, pas pour sauter des paragraphes, non mais). Un sentiment déroutant, pour lequel je trouve un début d’explication au cours de la conversation : Mimosa est une expérience plus qu’un roman. Et rien qu’avec ça, un regard neuf se pose et des explications tombent. Enrichissant comme toujours d’avoir ces discussions.

Pendant ce temps, j’en ai profité pour récolter les derniers ragots du microcosme de l’imaginaire, qui va sortir quoi, qui couche avec qui, combien a payé le lauréat du dernier prix pour s’assurer la victoire, etc. Et, très accessoirement, échanger des conseils de lectures avec quelques passionnés. Faudra d’ailleurs que je réclame ma commission à M. X. pour avoir réussi à placer un exemplaire d’un bon livre auprès de l’un de ses clients. Tellement bon que j’en ai oublié le titre, c’est dire…

Bon, c’est signé, on y va ?
Ça va pas non ?

Toujours plus de monde débarque, des rédacteurs, des stagiaires, des traducteurs. Et oh, tiens, Lucie Chenu ! Ça pour une surprise ! Elle n’est pas Suisse mais je ne l’avais pas vue depuis tellement longtemps (si vous prenez ce blog en marche, je suis une grande fan des anthologies qu’elle dirige, j’aime ce qu’elle écrit et je l’apprécie énormément en temps que personne aussi, voilà) et même si dans la cohue elle me pique ma chaise, nous finissons par prendre quelques minutes in extremis pour prendre des nouvelles. Les Suisses seraient-ils des marabouts du genre « retrouve les amis perdus, garantit une santé de cheval et vous débarrasse des belles-mères envahissantes, pas cher, pas cher » ? En tout cas, une dédicace peut apporter bien plus de plaisir que prévu (alors quand on en prévoyait déjà pas mal, imaginez…).

Faut être concentré pour utiliser un appareil photo

A un moment en début de soirée, ça dérape. Une sombre histoire de photos, de vidéos, de tablette numérique et de décolleté. Non, vraiment, on va passer sur cet épisode. Mais si des gens sont intéressés, on a des photos, tout est question de tarif. A ce stade, plus beaucoup de signatures, surtout des gens sympas qui ont plaisir à être ensemble, qui déconnent et regardent avec indulgence et bienveillance ce joyeux Suisse qui bondit (enfin tant qu’on peut bondir dans un si petit – et chaleureux – espace), rit et s’amuse.

4 heures après notre arrivée, c’est la fin des bières et des Tuc, nous nous quittons encore joyeux d’un moment partagé, sur la promesse de recommencer un de ces jours et nous nous traînons, Herbie, ma sciatique et moi, vers ma petite maison.

THE END