Léviathan t.1 (Lionel Davoust)

Leviathan t.1 : La Chute (Lionel Davoust)

Leviathan

1. La Chute

Auteur : Lionel Davoust
Editeur : Don Quichotte
Date de parution : 09/2011
Pages : 399
Prix : 19,90€

Malgré un accident terrible survenu pendant son enfance, ou peut-être grâce à lui, Michael est fasciné par la mer mais ne peut y naviguer. Ce chercheur en biologie marine aura pourtant l’opportunité d’aller affronter ses cauchemars, de faire face à son passé et de céder à cette attirance pour les flots. Mais il est bien loin de se douter qu’il est la cause d’un affrontement, dans l’ombre, de deux forces très anciennes et redoutables qui ont chacune leur intérêt dans la réussite ou l’échec de sa quête personnelle. Masha, qui doit faire échouer celle-ci, se rebelle contre ses supérieurs et tente elle aussi de comprendre les mystères qui entourent cet homme. Inconscient de ce qui se trame, Michael pépare son périple pour l’Antarctique.

Un roman techniquement abouti et prenant

La Chute est le premier des trois volumes de Léviathan, le nouveau et gros projet de Lionel Davoust. Ce thriller fantastique se lit très bien, le style est très structuré et travaillé. Il est également simple, permettant aux mots de couler tous seuls et aux pages de se tourner rapidement.
L’attention est captée grâce à une grande maîtrise du suspense. La narration alternée augmente les tensions, des informations sont dévoilées au compte-goutte et toujours au bon moment, apportant des surprises et relançant toujours l’intérêt. Le rythme est calculé avec précision, ne laissant même plus le lecteur reprendre sa respiration vers la fin.
Les descriptions sont très belles, parfois presque hypnotiques ; le lecteur est happé dans le livre, fasciné avec le héros devant les flots, tendu lors des conflits entre protagonistes. Ce récit très vivant rend paranoïaque, car chacun joue son propre jeu et les forces secrètes n’abattent pas toutes leurs cartes au cours de l’aventure. Qui sont les agents encore inconnus, de quel côté sont-ils, quel est leur but, quel danger craignent-ils ?

Une ambiance et une philosophie originales

La Chute est envoutant pour une autre raison. A la fois lent et rapide, il met en scène des personnages qui ne jouent pas sur le même rythme et offre des révélations qui relance d’un coup de fouet un récit qui prend souvent son temps pour établir une ambiance ou une émotion. Sous l’apparence d’un récit calme se révèle une ambiance terrible, inexorable, inarrêtable et puissante. Sans savoir où tout cela va conduire, la menace enfle, tout comme le sentiment d’angoisse. Cet aspect poisseux s’accompagne de quelques répétitions qui se remarquent mais permettent de bien placer tous les pions sur l’échiquier mental.
Côté idées et philosophie, il est possible de sentir le parti pris de l’auteur. Deux conceptions de vie s’affrontent, en totale opposition et malgré un choix évident de la part de Lionel Davoust, la complexité des groupes et des individus est telle que le lecteur peut se poser lui-même les questions et orienter ses choix selon ses propres conceptions. A aucun moment l’intrigue ne tombe dans le manichéisme ou la caricature d’un camp ou l’autre, de nombreuses ouvertures sont laissées pour que chacun trouve son compte et apprivoise les subtilités qui émanent de chaque partie.

Des personnages aux personnalités multiples et complexes à l’image de l’intrigue

Michael, bien que pilier incontestable de la trilogie, est pourtant le moins conscient des enjeux, ce qui le rend immédiatement intéressant. De manière générale les protagonistes sont denses et montrent des identités multiples, parfois en conflit. Difficile de savoir qui ils sont vraiment (le savent-ils seulement pour certains) et ce qui les motive. Seul le chercheur reste fidèle à lui-même et trace sa voie, aveugle à la dangereuse danse qui se joue autour de lui. Cette quête l’amènera à évoluer mais surtout à se révéler à lui-même.
Lionel Davoust offre une histoire complexe qui prend le temps de s’installer et permet de mesurer l’ampleur et l’importance de ce qui se passe. Une telle construction met également en relief le positionnement de chaque personnage face à ce qui est ou pourrait être, face à lui-même ou face aux autres. C’est un jeu psychologique complexe qui est mis en scène au travers des pages et qui donne tout son charme au démarrage de Léviathan. Difficile cependant de savoir où se dirige le récit avec les éléments donnés dans ce premier volume, ce qui n’aide pas à mettre en perspective la plupart des actions, mais le lecteur n’a pas de mal à sentir que rien n’est dû au hasard.

Voici une trilogie qui démarre bien. Hypnotique, fascinante, lente mais pleine de surprises, dense d’action mais surtout de batailles psychologiques, Lionel Davoust frappe fort. Jusqu’où compte-t-il entraîner ses lecteurs ? La Nuit, la suite de La Chute, sort le 12 avril. Vous êtes prévenus.