Chronique du soupir (Mathieu Gaborit)

Chronique du soupir (Mathieu Gaborit)

Chronique du soupir

Auteur : Mathieu Gaborit
Couverture : Didier Graffet
Editeur : Le Pré aux Clercs
Date de parution : 09/2011
Pages : 298
Prix : 19€

La naine Lilas, tenancière d’une auberge au pied de la ville Médiane, pressent un grand danger, tandis qu’une mission étrange est confiée à un Cerne, un chasseur. Aussi, quand le fils de Lilas, Saule, débarque avec une jeune fille sur le dos, c’est tout un engrenage qui se met en route, implacable. Jusqu’où Lilas devra-t-elle aller pour protéger son sang et qui est Brune, cette jeune fille mystérieuse qui amène le malheur dans son sillage ? La naine pourra-t-elle compter sur sa fée et le souffle qu’elle lui apporte pour triompher des épreuves à venir ?

Un pitch sympathique mais une lecture qui n’accroche pas

Annonçons tout de suite la couleur : cette lecture a été un total fiasco, plutôt rare chez moi. Pourtant, à l’origine, il y a de quoi passer un moment relativement sympathique. Un monde où le cœur organe a été remplacé par une fée, la possibilité de maîtriser le souffle, une sorte de magie, la cohabitation entre hommes, nains et elfes, une mère qui veut sauver son fils et un personnage énigmatique sur lequel reposent tous les enjeux. Mais en dehors d’une vague esthétique romantique/fantasy, je me suis trouvée devant un livre assez creux.
En effet, très peu de descriptions accompagnent le récit, rendant impossible la représentation mentale des lieux et gardant le lecteur dans le flou en ce qui concerne le souffle, les règles de ce monde transformé et occultant parfois jusqu’à la raison même d’être du livre. Impossible donc de s’immerger vraiment dedans.

Des personnages sans volume et illogiques qui ne suscitent pas d’attachement

Tous les individus me sont apparus incohérents et antipathiques (Lilas et Brune) ou bien trop soumis (tous les hommes, de vrais nounours ou complètement dépendants d’une femme ou d’un sentiment). Ils agissent d’une façon puis de l’autre de manière imprévisible et absurde (l’ado terrifiée et solitaire qui d’un coup s’impose comme si elle dominait le monde, celle qui sacrifie ses proches sans ciller dans une action qui ne sert au final à rien ou presque, des sentiments qui changent en un claquement de doigt voire plus rapidement…). Là où il devrait y avoir de l’émotion, je n’ai rien ressenti, il est impossible d’avoir la moindre empathie pour ces protagonistes qui n’agissent pas de manière logique. Pire, ils provoquent parfois le rejet et l’incompréhension. De plus, ils n’apparaissent que pour servir une action, quitte à n’apparaître qu’une fois dans tout le livre comme un cheveu sur la soupe ou seulement ponctuellement comme Cerne, pourtant central à l’histoire. Il en résulte des coquilles vides, que seuls quelques flashbacks viennent tardivement densifier sans que cela serve le cœur du récit ni ne permette de les apprécier.

Une intrigue à l’intérêt limité

Avec de tels personnages et un univers prometteur mais sous-employé, c’était déjà mal parti. Mais la structure même du texte ne m’a pas aidée. Le récit est linéaire, au sens propre. Les héros avancent en ligne droite et s’arrêtent pour papoter ensemble lorsque des explications sont nécessaires, ne donnant ainsi aucune dynamique. Et pas de surprises non plus ! Toutes les révélations s’anticipent aisément, sauf peut être un élément de fin qui apporte LA touche de cohérence de l’œuvre, mais qui nous est asséné comme un coup de marteau, sans subtilité. Les actions sont là… pour mettre de l’action, mais ne s’inscrivent pas vraiment dans un ensemble fluide (un pas, une action, un pas, une action).
A savoir dès le départ qui est Brune et à subir le flou permanent sur les personnages, l’univers et l’intrigue, l’objectif de l’aventure reste presque un mystère et arrivé à la fin il est difficile de retenir un « tout ça pour ça… » de dépit. Une fois la nature de l’adolescente révélée (aux protagonistes, pas au lecteur), un discours et tout est fini. Ah…

Une narration qui manque d’équilibre

La narration quant à elle décide soudainement de passer de la 3è personne du singulier à la 1è, ce qui est assez déconcertant. Les dialogues et interactions entre les héros ont la plupart du temps la profondeur de leurs auteurs, de façon plutôt logique. Assez froids, ils n’apportent ni émerveillement ni vraiment de sentiments. Mieux vaut pour cela se reposer sur les souvenirs et les pensées, qui sont souvent teintés d’un romantisme assez naïf, qui pourrait passer pour poétique chez des lecteurs mieux disposés, mais qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue. Ne parlons pas des quelques scènes érotiques/sexuelles qui n’ont pas de raison d’être dans l’histoire et du coup se démarquent de façon inutile.

Bref, vous l’aurez compris, je trouve peu de positif à soulever pour Chronique du soupir, un livre qui m’a fait beaucoup… soupirer. Simpliste, sans surprise, à l’enjeu flou et aux personnages sans relief, la lecture s’est faite sans empathie et sans intérêt. Pire, j’ai souffert à sa lecture, la frustration ayant grandi au fil des pages malgré la petite taille de l’ouvrage. L’ambiance féerique, distillée ici ou là, ne suffit malheureusement pas à compenser le reste en ce qui me concerne, mais elle semble avoir conquis pas mal de lecteur. Tant mieux pour eux.


Une lecture commune avecPhooka, Kamana, Chica Nessita, Charabistouilles, Archessia, Vozrozhdenyie, Elise, Hécléa et Mallou