La Cité Noire t.1 (Thomas John)

La Cité Noire t.1 (Thomas John)

La Cité Noire t.1

Auteur : Thomas John
Editeur : Asgard
Date de parution : 05/2011
Pages : 586
Prix : 25€

Kroll le Cromlek a bien du mal à se faire accepter dans son village, d’autant plus depuis l’accident qui l’a laissé blessé et rendu sa sœur adoptive Ao aveugle. Contraint à fuir, il se réfugie dans la Cité Noire et s’intègre à une équipe un peu particulière.
Perceron est quant à lui hanté par des rêves lointains et tente de se payer son alcool en espionnant insignifiants et puissants, sans conscience du danger.
Pendant ce temps là, les familles nobles règnent sur la Cité et ses intérêts… tant qu’ils recoupent les leurs.
Tous ces personnages seront amenés à participer, en chefs d’orchestre égoïstes ou malgré eux, à une intrigue de grande ampleur, car les puissants ont une décision importante à prendre pour l’avenir de la Cité Noire.

 Un gros travail en amont pour un univers et un récit fouillés

La Cité Noire est un beau pavé dont la lecture se révèle fortement agréable grâce notamment à un récit bien rythmé et un univers fouillé bien personnalisé. L’histoire est relativement dense, permettant de découvrir de multiples facettes de ce monde et de ses habitants, dans et hors de la Cité, et en interaction les uns avec les autres. Les rouages de l’intrigue ne subissent pas d’accroc et révèlent une mécanique bien huilée.

La narration alterne les points de vue, passant de l’un à l’autre protagoniste, apportant des visions bien différentes et construisant ainsi un puzzle complet. La machinerie est énorme, les enjeux politiques dépassent de loin la plupart des personnages qui ne pensent qu’à leurs intérêts, mineurs et personnels. Ce jeu d’échec à l’échelle d’une telle cité implique un grand nombre de protagonistes, hommes politiques bien sûr et électrons libres inconscients de ces luttes de pouvoir. Il est dommage que certains éléments n’aient finalement qu’une place secondaire dans l’histoire. Le lecteur prend plaisir à les découvrir mais perd de vue ce qui est essentiel ou pas, Thomas John prenant soin de tout détailler. L’impression de se retrouver brutalement devant un mur pour certaines pistes de l’intrigue se révèle assez frustrant.

Une histoire sympathique aux multiples visages

Les personnages, tout comme le reste de l’univers, ont une bonne présence et une histoire réfléchie. Les divers héros sont sympathiques la plupart du temps, Kroll étant touchant dans sa différence et gardant un mystère dont il n’a pas conscience. Ses compagnons de route sont attachants également, tandis que d’autres se révèlent nettement antipathiques, manipulateurs, voire cruels. C’est avec curiosité que l’on suit leurs traces, en se surprenant parfois à avoir hâte de connaître leur prochaine étape, d’autant plus que l’auteur sème des surprises sur la route et que les rebondissements ne manquent pas.
Petit détail, parfois les transitions émotionnelles sont un peu rapides, ce qui peut demander un effort pour assimiler le nouvel état d’esprit du protagoniste. Néanmoins, les personnalités sont complexes et évoluent au fil du temps, dévoilent des aspects inédits de manière inattendue, faisant preuve d’une profonde humanité ou au contraire d’une folie dangereuse. Les interactions entre eux ne sont pas laissées au hasard et apportent de belles scènes et dialogues.

Si la densité de l’intrigue est appréciable et bien orchestrée par l’auteur, il est parfois difficile de se rappeler des noms et de comprendre, ainsi que de mémoriser, l’organisation sociale, historique, magique voire géographique de cet univers. Les enjeux peuvent alors être perdus de vue, mais s’agissant d’un premier volume, il est à espérer que la suite les clarifie.

Autour d’une trame d’apparence classique, Thomas John fait naître un univers personnel à l’identité bien marquée. Grâce à un grand travail en amont, il offre un monde et des personnages consistants et intrigants (dans tous les sens du terme). Loin de tout pouvoir dessiner dans ce premier volume, l’auteur devra répondre aux très nombreuses questions posées, d’autant plus que la toute fin laisse apercevoir une intrigue d’ampleur plus grande que prévue. Mais à n’avoir ainsi pas toutes les clés, soyez assurés que vous souhaiterez rapidement retrouver Kroll et ses amis dans la suite de leurs aventures.