La Guerre (Collectif)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2011/08/guerre-assia-jacquet.jpg » titre= »La Guerre » soustitre= »Anthologie d’une belligérance » anthologiste= »Yael Assia, Merlin Jacquet » auteur= »Collectif » couverture= »Simon Goinard Phelipot » editeur= »Hydromel » dl= »05/2011″ pages= »254″ prix= »17€ » note= »8″/]

« La guerre, c’est l’opéra grotesque d’un crime à grande échelle ; une forme fondamentale de la nature humaine, le théâtre atavique de la discorde. La guerre, c’est l’abandon de soi dans l’idée commune, et l’expression la plus extrême de la solitude de l’être. »
Dans cette anthologie présentée par Yael Assia et Merlin Jacquet, quatorze auteurs mettent en scène la Guerre, celles d’aujourd’hui ou de l’imaginaire. Suivez des hommes et femmes ordinaires ou extraordinaires, d’un pays à l’autre, dans l’ombre permanente des conflits.

Une démarrage brutal qui demande adaptation

La plongée dans cette anthologie n’est pas des plus faciles. Directement confronté à la première guerre, celle de Sur le chemin du retour de Leo Henry, le lecteur est jeté sans préambule dans un univers des plus sombres et un imaginaire déroutant. S’ensuit le texte de Luvan : Mahrem, qui fait perdre les repères entre la réalité et le fantastique. Il est difficile de ne pas se sentir dérouté, frappé de plein fouet par l’étrangeté et l’horreur des premières nouvelles. Manque de repères, pas de préface pour préparer à ce qui suit, le lecteur lutte pour ne pas se laisser déborder et absorber par ces histoires au cœur de la thématique, sans recul ni protection. On finit tout de même par trouver ses marques assez rapidement et poursuivre la lecture avec attention.

Des récits à forte personnalité, diversifiés, mettant en éclairage l’humain

Les nouvelles composant l’œuvre sont extrêmement variées, chaque auteur s’étant approprié la thématique de façon très personnelle. Le lecteur voyagera dans le monde entier, par exemple en Afrique avec Luvan ou Charlotte Bousquet, en Europe avec Lucie Chenu ou Jess Kaan, en Amérique du sud avec Lionel Davoust ou entre deux continents avec Pierre Bordage. D’autres auteurs embarquent quant à eux dans un univers fictif ou indéfini comme Stéphane Beauverger. De même que chaque lieu change, les combats évoqués, leur origine et leurs conséquences, le ton employé sont différents. Le héros est soldat de carrière ou par la force des choses, civil, scientifique, artiste, enfant, adulte, parent, homme, femme… bref, il présente tous les visages, parfois dénué d’humanité, devenant monstre.
Si certains textes s’attardent à parler des causes et origine du conflit mis en scène, tous concentrent leur attention sur la manière dont les hommes et femmes qui côtoient les évènements vivent cette proximité et sur les conséquences à plus ou moins long terme qu’ils engendrent. La guerre transforme les terres, les nations, les hommes. Aucun n’en sort indemne ; torturés, en lutte permanente, certains renoncent et se font avaler par les atrocités, jusqu’à parfois y prendre part volontairement, tandis que d’autres s’accrochent à l’espoir de lendemains meilleurs.

Une ambiance uniforme, forte et dérangeante

A chaque nouveau texte le lecteur découvre un univers des plus noirs d’où suinte une atmosphère poisseuse et lourde, parfois glauque. Les styles d’écriture sont fins, travaillés, imagés et prenants, bien que fortement différents. Il ressort de ces récits une beauté fascinante, gênante. Les genres de l’imaginaire, qui auraient pu instaurer une distance avec la thématique, mener vers d’autres horizons, n’offrent ici pas de recul. Au contraire, le fantastique et la science-fiction subliment une vérité crue ; ils en font d’autant mieux ressortir les atrocités et révèlent sous un nouveau jour des évènements qui semblent parfois bien lointains, hors de portée de nos sociétés apparemment en paix.
Au delà du regard sur l’Homme, l’anthologie apporte une multitude de réflexions sur les conflits. En regardant l’horreur dans les yeux, elle permet de prendre vraiment conscience de tout ce qu’implique la guerre, de donner un sens profond et un visage aux évènements. Sans spécialement juger, mais sans non plus accepter, les auteurs permettent de toucher de près la réalité.

L’anthologie La Guerre présente une forte cohérence, une ombre pesante semble accompagner la lecture des textes dont la qualité est chaque fois appréciable. Difficile de parler de coup de cœur pour une lecture aussi éprouvante moralement, mais la réflexion qu’elle suscite (qui poursuit longtemps après lecture) et la force de ces textes sont la marque d’un très bon livre.