Les Lunes de Sang (Anaïs Cros)

Les lunes de sang t.1 (Anaïs Cros)

Les Lunes de Sang

Auteur : Anaïs Cros
Couverture : Michel Borderie
Editeur : Lokomodo
Date de parution : 03/2011
Pages : 606
Prix : 9,90€

Complots, trahisons, assassinats, les rues de Lunargent ne sont plus sûres. La guerre des Vingt Lunes a laissé beaucoup de rage et d’amertume dans le cœur des gens, en particulier du peuple nain. Certains, comme Evrahl, y ont perdu toute leur famille. Par la faute du roi Torn. Pour cela, il doit payer.

Monter un attentat contre le roi n’est déjà pas une tâche évidente. Alors lorsqu’Evrahl se retrouve colocataire de l’esprit le plus acéré du royaume, détective privé du roi, l’exaspérant et attachant Listak, cela relève quasiment de la mission impossible. Surtout qu’Evrahl n’est pas le seul à compter sur la disparition du roi…

Une étude en rouge sang

On est loin de l’ambiance des rues du Londres victorien, cependant les signes sont là. Sherlock Holmes a peut-être les oreilles pointues et le docteur Watson une hache, certes, mais on les a reconnus. Que l’on ait lu l’œuvre de Conan Doyle ou que l’on connaisse simplement le folklore, on s’amuse à retrouver des petits détails connus comme autant d’hommages à ces deux grandes figures de la littérature policière. Le duo Listak/Evrahl possède toutefois ses qualités propres. Notamment, en ce qui concerne Evrahl, une profondeur psychologique et une douleur que le lecteur ressent particulièrement bien à travers la narration, puisque l’histoire est contée par la voix du nain. De plus, même s’ils partagent le même toit et enquêtent ensemble, ils ne sont pas du même côté du drapeau, et c’est loin d’être un détail dans la construction de leur relation.

Les personnages secondaires sont loin d’être éclipsés par le duo de choc. Le roi Torn, ses conseillers, le capitaine Lugantz, tous ont des caractères bien esquissés. Notamment une certaine Amhiel, la jeune fille s’occupant de l’intendance de la maison d’Evrahl et Listak, qui fait preuve d’un gros potentiel d’héroïne aventurière. Potentiel exploité en petites touches dans ce roman, mais qui pourrait bien prendre de l’ampleur par la suite.

La soif de vengeance d’Evrahl permet de poser certaines questions importantes. Est-ce que cela vaut réellement la peine de mettre la main dans l’engrenage du crime ? Et surtout, n’est-on pas une proie facile lorsqu’on est aveuglé par la souffrance ? Sait-on encore reconnaître ses amis de ses ennemis ? La narration se faisant à posteriori, Evrahl prend un peu de recul sur les événements et reconnaît volontiers ses erreurs au fur et à mesure de l’intrigue. Ce ressort stylistique est intéressant pour la psychologie du personnage, mais peut parfois prêter à sourire alors que ce n’est pas le but recherché. On n’a pas toujours besoin d’un avertissement pour savoir que ça va mal se terminer, certaines choses sont évidentes. Autre choix qui peut lasser ou paraître artificiel, le fait de baser la quasi-totalité des noms de lieu, des dates du calendrier, etc. sur le mot « lune ». C’est une démarche cohérente, mais qui produit un effet un peu brouillon. Certaines phrases souffrent aussi d’une pénurie de virgules, qui seraient pourtant bien utiles lors de longues descriptions.

Un mélange des genres maîtrisé

L’histoire est bien menée et le développement n’est ni trop lent, ni trop rapide. L’intrigue prend rapidement un tour prévisible, mais qui laisse la place à quelques surprises. L’approche fantasy est plutôt classique. Des elfes aux oreilles pointues, des nains barbus avec des nattes, des lutins, des hommes… Avec une petite nouveauté non négligeable, les lunaires, des créatures qui rappellent les vampires par leurs habitudes alimentaires et nocturnes, mais qu’on ne peut pas résumer simplement par ce mot. Le mélange des genres avec le roman policier est bien mené, les codes des deux genres respectés. Certaines parties de l’intrigue restent obscures et de nouveaux éléments sont introduits vers la fin du roman, qui donnent juste assez envie d’en lire plus. Les origines de Listak et ses liens avec le roi par exemple, qui sont au cœur de l’intrigue, restent opaques. Un bon moyen de créer l’attente pour la suite de la série.

D’une idée qui peut paraître curieuse au départ, couler l’univers Holmesien dans le moule de la fantasy, Anaïs Cros a su tirer un roman original et qui tient en haleine, comme tout bon polar qui se respecte. Affaire à suivre !