Les Loups de Prague (Olivier Paquet)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2011/01/loups-de-prague.jpg » titre= »Les Loups de Prague » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Olivier Paquet » couverture= »Yoz » editeur= »L’Atalante » dl= »02/2011″ pages= »348″ prix= »18€ » note= »7″/]

Václav est journaliste, mais c’est aussi un résistant clandestin, convaincu que la dictature du Général Blaha doit cesser. Huit ans que Prague a été prise par la force et que la ville semble s’être endormie. Mais quand Václav rencontre le charismatique Miroslav, il sait qu’un changement est en marche, qu’il est loin de comprendre. Ce dernier est le chef des Loups, une meute faisant partie d’une guilde puissante ; il va entraîner Václav, fasciné dans un plan qui prend ses racines huit ans auparavant.

Un univers surprenant, un style intéressant

Par quel angle attaquer la chronique de ce roman ? Pas évident à déterminer, car Les Loups de Prague s’avère déroutant par plusieurs aspects et assez unique en son genre. L’univers proposé par Olivier Paquet est réellement étonnant. Il ne se dévoile entièrement qu’à la fin, mais laisse planer tout le long une ambiance et des secrets lourds, mystérieux, presque palpables mais invisibles bien souvent. Le lecteur est plongé dans un environnement étrange, très vivant mais figé et froid à la fois. Ce décor déroutant et attirant, est un peu à l’image des personnages.
Olivier Paquet offre son style tout personnel pour mettre en image cette Prague fictive. Il se trouve être parfois un peu trop appuyé, au travers de la répétition d’une scène sous trois points de vue différents par exemple ou lorsque les personnages se parlent à eux mêmes de manière empruntée, manquant de naturel. La plume de l’auteur est parfois déconcertante mais intéressante. Ce dernier étant un nouvelliste expérimenté, il est possible que certains de ses choix narratifs soient d’ordinaire plutôt appliqués aux textes courts, mais il sait les utiliser à bon escient pour faire progresser son roman sans accroc.

Un récit bien mené et des personnages intrigants

Le récit alterne entre instants de calme, où tout est presque suspendu dans le temps ou tourné vers le passé, et instants rudes, rapides, où l’action devient maîtresse. Les flashbacks sont dilués dans le récit présent, dévoilant Prague et ses protagonistes petit à petit. Le résultat final est bien construit et assez bien équilibré, qui ne souffre pas de manque d’indices mais peut être d’un peu de clarté, la compréhension de l’ensemble des éléments n’étant pas possible sans les explications de Miro.
Les protagonistes apparaissent distants, froids, calculateurs au premier abord, à part Václav qui lui est plutôt dans l’action dictée par l’émotion et non par une réflexion poussée ou une connaissance approfondie des choses. Miro est un leader naturel mais un Loup très secret, ses intentions et les moyens qu’ils compte mettre en œuvre ne se dévoilent qu’en temps voulu, toutes les pièces du puzzle se mettant progressivement en place un peu en aveugle, pour dévoiler en toute fin un dessin des plus surprenant et original. Les personnages sont nombreux, ce qui peut perdre un peu le lecteur, et chacun possède une personnalité forte, un passé chargé.

Une structure sociale étonnante qui révèle des hommes et femmes touchants

Le roman tourne essentiellement autour de l’histoire des ses héros, des liens qui les unissent, de leur hiérarchie sociale. Le côté animal des Loups est au départ troublant mais se révèle captivant. Car à la soumission et aux rapports de force se mêlent une grande fierté, un amour du chef et une confiance aveugle en son jugement, une liberté sauvage impossible à connaître pour le peuple qui suit la loi sociale « habituelle ». Savent-ils encore ce qu’est être humain ? Le lecteur, en découvrant la meute et ses individus, comprend l’attirance de Václav pour les Loups et leurs alliés. Bien que barricadés derrière des codes de vie, des devoirs, ou juste leur honneur, les personnages se révèlent paradoxalement à vif, exposés presque nus devant les autres, même si certains mettent du temps à se montrer comme Miro ou que d’autres choisissent avec soin à qui se dévoiler, comme la Louve Plume. La faiblesse apparaissant au milieu d’un telle noblesse animale, est d’autant plus forte et terriblement humaine. Les héros sont attachants d’une étrange manière, mais sont surtout fascinants, nobles, énigmatiques, brisés mais tirant une force extraordinaire de leurs blessures, portant en eux le moyen d’atteindre leur but, peu importe le temps à y consacrer.

Les Loups de Prague est un roman très riche, au background bien réfléchi et cohérent, qu’il s’agisse des personnages, des relations entre eux ou de l’environnement. Le dépaysement est très sympathique, l’auteur fait visiter Prague au fil des excursions de ses héros, ponctuant les dialogues, vifs, de termes locaux. Le propos politique et social est relativement fort, tout comme les symboles qui ponctuent le texte. L’aventure humaine, les jeux de séduction et de pouvoir, sont remarquablement menés par Olivier Paquet, qui produit ici un roman étrange, pas forcément des plus accessibles, mais qui sait capter l’intérêt du lecteur par son originalité.