Le Coup du Cavalier (Walter Jon Williams)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2011/04/coup-du-cavalier-williams.jpg » titre= »Le Coup du Cavalier » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Walter Jon Williams » couverture= » » editeur= »L’Atalante » dl= »09/2010″ pages= »349″ prix= »20€ » note= »6″/]

Doran Falkner vit bien seul sur la Terre, qu’il possède presque entièrement. Mais après avoir contribué à rendre l’humain immortel et l’avoir propulsé dans les étoiles, que reste-t-il à part de l’ennui et une stagnation presque inquiétante… Où se trouve l’avenir ? Dans les étoiles ou sur la Terre, où se développent les paisibles centaures ? Lorsque des créatures a priori sans intérêt d’une planète lointaine commencent à se téléporter sans raison apparente, l’humanité saisit ce nouveau défi à relever, cette nouvelle opportunité d’aller de l’avant. Mais plus que la science, c’est la possibilité de revoir une personne chère qui décide Falkner à faire partie de l’aventure.

Un démarrage ardu mais une lecture qui devient plus facile

Le Coup du Cavalier commence sans préambule, le lecteur est propulsé aux côtés de Doran sans avertissement, sans contexte ; à lui de découvrir l’univers au travers des yeux du héros dont la perception est bien différente d’un homme lambda, du fait de son immortalité et des transformations dont il a été témoin en plusieurs siècles. Le démarrage est donc totalement déroutant et même difficile. Passé, futur, mythologie et sciences se mêlent, il est très difficile de s’identifier aux personnages (pour ne pas dire impossible, voire inutile du fait de leurs différences) et il faut réussir à s’adapter ou attendre que les scènes du début passent pour prendre plaisir à la lecture.
Et finalement, au bout d’un (trop) long moment, le déclic se fait, la lecture se déroule sans encombre et même avec une rapidité étonnante. Le style de Walter Jon Williams est fluide et entraînant, les pages se tournent facilement une fois le héros parti en mission.

Un récit qui porte un regard intéressant sur l’humanité et sa nature

Ce roman n’est pas un livre d’action, malgré l’amorce d’une mission scientifique sur une autre planète. Le Coup du Cavalier s’attarde avant tout à porter un regard sur l’humain, ses espoirs, ses relations avec ses semblables et les autres, notamment lorsqu’il franchit une étape importante de son développement et de ses connaissances. Le progrès signifie-t-il toujours avancer ? Quelles conséquences ont sur l’humanité et sur l’individu l’immortalité et la possibilité de voyages spatiaux ? Ou certaines rencontres ?
Finalement les différentes étapes du voyage permettent de se rendre compte des mutations engendrées, de la modification de la perception de la vie même, des changements sociaux. L’approche est assez philosophique, Walter Jon Williams pose des questions plus qu’il n’apporte de réponse, montrant un tableau et laissant le soin au lecteur de l’interpréter et de mûrir sa propre réflexion. L’ambiance du livre est également agréable, le rythme est lent, il se dégage une forte nostalgie et même par moment un peu de poésie. Réflexion et atmosphère constituent l’intérêt majeur de l’oeuvre.

Peu d’identification aux personnages mais une profondeur bien présente

Cependant, les personnages se révèlent assez peu charismatiques, assez peu touchants, leurs préoccupations étant si éloignées des nôtres. Ils sont totalement détachés de tout ce qui pourrait faire le quotidien du lecteur, il est donc difficile d’avoir de l’empathie pour ces individus inaccessibles et lointains, et par la même occasion de pénétrer dans le récit, voire même parfois de s’intéresser pleinement aux questions de fond. Heureusement que la plume de l’auteur est sympathique et capte suffisamment l’attention et l’intérêt pour terminer le livre et que les héros ne sont pas dénués de profondeur ; de nombreuses questions, peurs et espoirs les habitent et en font des êtres complexes intéressants à suivre. Un personnage plus « proche » de l’humain connu offre néanmoins un certain lien entre le lecteur et ces hommes qui ont bien changé, ce qui permet aussi à ces immortels de ne pas oublier qui ils sont ou qui ils ont été, quelle est leur nature et sa fragilité, malgré tous les progrès accomplis. Un protagoniste indispensable qui apporte de la fraîcheur et quelques émotions et qui fait le lien entre tous les individus composant le petit groupe.
Il faut aussi relativiser : certains passages sont plutôt accrocheurs. Une partie du roman s’attarde notamment à montrer comment l’immortalité peut conduire à la folie ; elle est particulièrement angoissante et fascinante. Sur la dernière partie du livre, lorsque la mission scientifique annoncée au départ se met enfin en place, l’étude des lugs, les découvertes qui en résultent offrent des moments assez amusants, plus détendus, finalement plus humains. De quoi terminer sur une bonne note, l’auteur ouvrant une réflexion très intéressante par la même occasion.

Entre un démarrage et des personnages déroutant, cette lecture aurait pu se révéler pénible jusqu’au bout. Heureusement le style de Walter Jon Williams est vraiment agréable et les réflexions qu’il apporte, même s’il est difficile de se les approprier toutes, sont intéressantes. L’ambiance philosophique et la dernière partie plus « humaine » de ce roman, qui n’a pas vraiment vieilli depuis son écriture en 1985, laissent un bon souvenir au final. A lire si l’on souhaite réfléchir et s’offrir d’autres perspectives.