La société des S (Susan Hubbard)

La Société des S (Susan Hubbard)

La Société des S

Auteur : Susan Hubbard
Couverture : Sereg
Editeur : L'Ecole des loisirs
Date de parution : 04/2011
Pages : 420
Prix : 16,80€

Sweet thirteen

13 ans, l’âge des découvertes. Certains adolescents sont plus préparés que d’autres aux changements qui s’opèrent lors du passage à l’âge adulte. Quand, comme Ariella Montero, on n’est quasiment jamais sorti de chez soi pour raisons médicales, ça risque d’être plus compliqué. Ari n’est pas malheureuse ; elle a largement de quoi s’occuper entre les livres et les leçons particulières que lui donne son père. Littérature, philosophie, sciences, latin, aucun sujet ne manque à son éducation, poussée parfois si loin que certains adultes ont du mal à la comprendre.

Des adultes comme sa gouvernante, Mrs McG, qui décide un jour que la jeune fille a besoin de sortir de sa cage dorée. Une simple soirée dans sa famille, avec tous ses enfants, dont Kathleen, qui a le même âge qu’Ari. Une porte qui s’ouvre sur des possibilités insoupçonnées. Une nouvelle vision du monde, qui permettra aussi à Ari de réaliser l’étrangeté de son enfance et du comportement de son père, dont le soi-disant lupus n’explique pas tout. Qui lui donnera envie de partir à la recherche de sa mère, disparue le jour de sa naissance. Qui lui fera subir des épreuves, à travers lesquelles elle découvrira enfin qui elle est et d’où elle vient. Même si, au fond d’elle-même, elle le sait peut-être déjà.

Origines

Dans ce premier tome d’une trilogie, Ari nous raconte son histoire comme elle l’a vécue. Elle écrit son journal comme elle écrirait à quelqu’un, peut-être quelqu’un que l’on verra apparaître par la suite, peut-être pas. Elle nous raconte son voyage initiatique à la rencontre du monde, à la recherche de sa mère, qui aura des conséquences qui dépassent sa seule personne. Un passage à l’âge adulte assez brutal et complexe, compte tenu des circonstances.

En effet, n’y allons pas par quatre chemins, c’est transparent dès le début et la quatrième de couverture : Raphael Montero est un vampire. Ari le réalise assez vite et va chercher à confronter son père sur le sujet. Qu’est-ce que cela signifie pour lui, et surtout pour Ari ? Comment tout cela est-il arrivé ? Qu’est-il arrivé à sa mère ? Ce roman nous offre une nouvelle variation sur ce thème vieux comme le monde. Une variation à la fois classique et surprenante, remarquablement esquissée, qui prendra sans doute toute sa mesure dans les volumes suivants.

Portrait de famille

Ari est au départ une jeune fille réservée et un peu décalée. Dans le temps, surtout. Elle fait penser à ces jeunes filles anglaises des romans de l’époque victorienne, éduquées à la maison, capables de réciter des poèmes ou de traduire du latin sans effort. Le romantisme lyrique et la quête d’un mari en moins. Elle est très en avance sur son âge, mais très ignorante de choses simples. Elle ne mettra pas longtemps à s’adapter au monde réel pour autant, grâce à ses facultés de raisonnement et d’assimilation très poussées. L’aide et la présence de Kathleen et de son frère Michael y sont aussi pour beaucoup. Comme dans toute relation, l’arrivée d’Ari dans leur vie les changera profondément. Comme dans toute relation, ce n’est pas toujours pour le meilleur.

L’autre personnage-clé du roman est celui qui a façonné Ari pendant ses treize premières années. Raphael est évidemment fascinant, pas toujours pour les raisons que l’on pourrait croire. Véritable érudit, il consacre beaucoup de temps à l’éducation de sa fille, quand il ne travaille pas dans son laboratoire. Pourtant encore jeune et beau, d’après les dires même d’Ari, il sort aussi peu qu’elle et mène une vie routinière et monacale. C’est un personnage très opaque, un mélange de tragédie et de dignité que l’on découvre, en fin de compte, en même temps que sa propre fille. Ari sait peu de choses sur son père ; ils ont établi au fil du temps une relation basée plus sur la raison que sur l’émotion. Cela paraît étrange, mais cela ne les empêche pas d’être proches et de se comprendre.

Embarquement immédiat

L’auteur, à travers Ari, nous entraîne très facilement dans son univers. Sa manière de décrire les événements et surtout les gens rend les choses réelles, vécues. Les détails dans l’expression des visages, les postures, les motifs, les ambiances, tout ceci contribue à ancrer le récit dans l’esprit du lecteur. Le ton n’est pas dépourvu d’humour, ni d’un certain sens de la formule. Le style est très fluide, extrêmement agréable à lire, parsemé de références littéraires et philosophiques. Les personnages prennent progressivement de l’ampleur au fil des pages.

En démêlant l’histoire de son père, en recherchant sa mère, épreuve après épreuve, Ariella va enfin prendre conscience d’elle-même et du monde qui l’entoure, qui n’est pas tout à fait celui que l’on connaît. L’auteur nous offre une fin satisfaisante pour un premier tome, sans suspense forcé pour frustrer le lecteur. L’univers et les personnages qu’elle a créé sont amplement suffisants pour captiver son lectorat. Et le retrouver au prochain tome ?