Magiciennes et Sorciers (Collectif)

Magiciennes et sorciers (Collectif)

Magiciennes et sorciers

Auteur : Collectif
Anthologiste : Stéphanie Nicot
Editeur : Mnémos
Date de parution : 05/2010
Pages : 283
Prix : 22€

Après les Rois et les Capitaines en 2009, c’est au tour des Magiciennes et Sorciers d’inspirer divers auteurs pour l’anthologie de fantasy des Imaginales. Ils sont quinze à avoir relevé le défi et fait naître ou renaître ces personnages puissants, puisant dans le folklore ou créant pour eux des univers, choisissant le drame ou l’humour.

Tradition et persécutions, des contextes riches et intéressants

Le (riche) folklore européen a vraisemblablement inspiré un certain nombre d’auteurs dans cette anthologie. Certaines pourront peut-être laisser de côté si le lecteur n’est pas touché par ces légendes ; Chamane de Fabien Clavel m’a ainsi laissé aussi froide que ses montagnes d’Europe de l’Est, malgré l’originalité appréciable de l’approche chamanique. En revanche, la plongée en pays Basque dans Le Crépuscule des maudites de Sylvie Miller et Philippe Ward est captivante, grâce au décor ainsi qu’à un héros inattendu et une confrontation fascinante de magies et de conceptions, qui impliquent beaucoup d’émotions.

Les chasses aux sorcières, les méfiances qu’elles inspirent représentent une des thématiques du texte du duo pré-cité et se retrouvent également dans plusieurs autres. Pierre Bordage l’aborde avec intelligence dans L’Autre, d’une manière terriblement banale, montrant l’effrayant pouvoir des mots et des croyances sur les habitants d’un village. Plusieurs figures de la terrible Inquisition hantent également les pages, les auteurs choisissant le point de vue du religieux, de la sorcière ou alternant les deux. Ces nouvelles sont en général riches en émotion, utilisant parfois une approche pleine de bons sentiments pour mieux faire peser les conséquences d’un acte de magie ou de foi.

Des univers recyclés de façon plus ou moins aboutie

Globalement, les textes sont de bonne qualité, les auteurs ont tous des styles agréables et maîtrisés. Il subsiste malgré tout des inégalités, certains univers étant plus approfondis que d’autres. Ainsi, Djeeb l’Encharmeur de Laurent Gidon ne permet que d’apercevoir un univers a priori riche et intéressant, mais manque de consistance, sonnant comme un aparté plutôt que comme un texte complet. Le point positif de cette anthologie est tout de même l’utilisation d’univers préexistant par plusieurs artistes, dans leurs nouvelles ou romans. C’est le cas pour Djeeb, héros deux romans. Charlotte Bousquet donne envie grâce à sa très belle mais torturée nouvelle Toiles déchirées d’apprendre à connaître l’Archipel des Numinées (Arachnae, Cytheriae). Jean-Philippe Jaworski rejoint son Vieux Royaume dans La Troisième Hypostase, nouvelle un peu longue mais à l’héroïne attachante. Ces nouvelles font soit un écho direct au reste de l’œuvre, soit proposent comme celle de Lionel Davoust, une extension originale et inédite de l’univers. Mais si cela s’avère être un point positif, il est tout de même dommage que certains récits ne semblent pas aussi aboutis que les autres.

Des textes excellents hétérogènes et souvent graves

Les meilleurs textes (subjectivement) se présentent sous des formes très différentes. En dehors de ceux déjà évoqués, Cœur de serpent de Sire Cédric propose par exemple une fantasy guerrière un peu fantastique et dépeint un univers au charme rude et attirant, ainsi qu’un très beau personnage de magicien. Lionel Davoust propose une approche très personnelle de la fantasy dans sa nouvelle vision du monde d’Evanégyre appelée Quelques grammes d’oublis sur la neige, dans laquelle un peuple cherche à comprendre son passé et son futur, plongeant le lecteur dans un univers multiple où la magie et la cupidité d’un homme peuvent changer bien des choses. Justine Niogret retrouve une ambiance médiévale très dure dans T’humilierai, son personnage revêche initié aux magies anciennes d’apparence sauvage offrant un regard sur des pratiques incomprises.

Des textes plus légers bien maîtrisés

Magiciennes et Sorciers est une anthologie souvent très sombre, plein de souffrances et d’incompréhension, d’actions aveugles. Heureusement, quelques textes plus légers viennent contrebalancer cette noirceur. L’ultime illusion d’Eric Wietzel, aborde la question de la mort annoncée avec simplicité, une certaine tendresse et un ton plein d’humour. Jean-Claude Dunyach y va lui carrément de bon cœur dans Respectons les procédures, caricature de l’administration avec un héros un peu blasé et connaissant toutes les ficelles du métier. Une tranche de rire bienvenue.

Bien que l’expression de la magie dans les personnages ne soit pas révolutionnaire dans cette anthologie – il ne faut pas s’attendre ici à une revisitation systématique du personnage de la magicienne ou du sorcier – l’intérêt des textes vient des personnalités fortes et du contexte folklorique/historique ou pur fantasy, qui pourront laisser de marbre parfois pour des raisons d’affinités personnelles.
Certaines approches sont plus marquantes que d’autres, et l’œuvre saura plus facilement toucher les lecteurs vraiment intéressés par cette thématique particulière, que les curieux. L’anthologie se révèle plutôt intéressante mais ne captive que sur quelques textes, pour une expérience globale tout de même agréable. A chacun ensuite de faire le tri lors de sa lecture.

Auteurs : Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Fabien Clavel, Lionel Davoust, Jean-Claude Dunyach, Laurent Gidon, Julien d’Hem, Jean-Philippe Jaworski, Maïa Mazaurette, Sylvie Miller, Justine Niogret, Sire Cédric, Rachel Tanner, Philippe Ward, Érik Wietzel.