Delirium (Lauren Oliver)

Delirium (Lauren Oliver)

Delirium

Auteur : Lauren Oliver
Editeur : Hachette Black Moon
Date de parution : 02/2011
Pages : 452
Prix : 18€

Lena a 17 ans et vit entre les murs rassurants de Portland. Elle n’est ni belle ni remarquable en quoi que ce soit et cela lui convient. Elle n’a qu’une hâte : atteindre son prochain anniversaire et subir le protocole, qui la guérira définitivement contre la menace que représente l’amour et qui lui a déjà causé bien du tort. Ensuite on lui choisira un mari, des études et elle pourra être heureuse, comme tout le monde. Mais son petit quotidien bien organisé commence à se fissurer, notamment avec l’irruption d’une nouvelle personne dans sa vie.

Un récit romantique bien travaillé

Guérir de l’amour, grand mal par excellence. Voilà qui a de quoi rendre un peu sceptique et de fait ce choix manque légèrement de cohérence au vu de la réalisation, car il est évident que l’amour n’est pas seul en jeu dans les processus condamnables. Cependant, une fois le postulat de départ accepté (et élargi à la passion), l’aventure est lancée et la plongée dans l’intrigue est aisée.
Le roman n’est pas exempt de défauts, surtout en première partie, où il donne l’impression que chaque réflexion de Lena conduit à des comparaisons maritimes. Il est possible d’émettre une petite réserve sur la crédibilité du côté romantique, très parfait (mais pas « trop »), le héros masculin s’avérant un vrai prince charmant. Mais il ne faut pas oublier qu’avec le récit à la première personne, les perceptions sont celles d’une jeune fille passionnée. Le lecteur saura aussi lui pardonner son obsession pour les reflets dans les cheveux du garçon, autre répétition notable. Et finalement ce romantisme, très loin d’être niais (ou tout du moins pas plus que chez n’importe quel ado), est touchant et sonne très vrai, l’amour étant une émotion puissante, surtout chez une jeune fille qui le découvre pour la première fois.

Un univers oppressant et la découverte de la liberté par une enfant

Delirium est une belle dystopie, il en présente tous les éléments incontournables : système répressif accepté par tous pour le « bien » commun, une héroïne qui aperçoit une faille et s’y engouffre, bien malgré elle au départ, découvrant ainsi toute une réalité insoupçonnée… La construction du récit est bien maîtrisée par Lauren Oliver, qui laisse le temps à son héroïne de s’imprégner de son univers connu avant de la confronter à d’autres perceptions. Bien que certains rebondissements soient légèrement prévisibles, l’auteure sait toujours surprendre, dans les détails, les émotions ou le moment choisi pour laisser l’information s’échapper. Le système est présent en trame de fond, se montrant peu. Mais sa menace pèse en permanence, imposant une tension permanence, et lorsqu’il apparaît les conséquences sont douloureuses et marquantes. La réflexion est implicite autant qu’explicite et le lecteur est entraîné à la suite de Léna, partageant ses questions et sa révolte.
L’éveil d’une adolescente, sa découverte des sentiments et des relations avec l’autre sont des éléments idéaux pour la dystopie, les changements induits par la découverte de la réalité du système se mêlant avec cette période de remise en question, d’ouverture sur le monde et de grands changements. Lena ouvre les yeux et grandit comme tous les jeunes adultes, la liberté en moins, la peur en plus.

Une aventure qui captive, offrant une palette d’émotions

Delirium est un roman vraiment enthousiasmant. Lauren Oliver embarque aisément le lecteur qui, captivé, suit avec empathie les bouleversements que connaît Lena et retient son souffle aux instants clé. Les éléments descriptifs sont abondants et bien placés dans le texte, notamment en ce qui concerne les sensations physiques, aucun des cinq sens n’étant épargné. Les émotions sont aussi habilement dépeintes, réalistes et palpables. Elles sont communiquées au lecteur qui ressent les peurs et les joies, s’attachant ainsi facilement aux protagonistes. Souffrance et bonheur se mêlent de très belle façon, l’un sublimant l’autre, renforçant l’histoire. Les personnages sont très denses, touchants chacun à leur manière ; leur passé se dévoile peu à peu et avec lui les raisons de leurs choix et de leur personnalité présente. Le rythme et la réflexion sont bien dosés, le final est lui explosif, il choque et reste en tête, alimentant les hypothèses concernant la suite, attendue maintenant avec impatience.

Delirium est une véritable bonne surprise, le style riche de Lauren Oliver donne vie à un univers dense, qui ne cherche qu’à se dévoiler encore plus. Le romantisme, central, est très bien traité et s’insère parfaitement dans cette société effrayante qui a préféré tuer l’amour pour tenter de mieux vivre. La dystopie offre une réflexion intéressante et intense et force le lecteur à ouvrir les yeux sur son propre monde. Au final, une belle rencontre avec une jeune fille au destin passionnant.

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