Bal de Givre à New-York (Fabrice Colin)

Bal de Givre à New-York (Fabrice Colin)

Bal de Givre à New-York

Auteur : Fabrice Colin
Editeur : Albin Michel (Wiz)
Date de parution : 01/2011
Pages : 293
Prix : 13,50€

Anna Claramond vient de se faire renverser par un bel inconnu en pleine rue à New York. Tout lui semble étrange et flou, sa mémoire lui échappe. Une conséquence de l’accident ? Peut-être. A moins que… Quoi qu’il en soit, le jeune homme qui vient de croiser sa route ne semble pas vouloir la laisser s’échapper, l’invitant, la courtisant. Cédera-t-elle à son charme et quelles conséquences cela aura-t-il sur sa vie ?

Un univers intrigant et esthétique

Bal de Givre à New York plonge le lecteur dans un univers étrange. Très vite la ville qui semble familière montre des divergences, des arrangements avec le New York connu. Est-ce la réalité ou non ? D’où viennent ces ajouts ou ces oublis ? Les questions restent en suspens. L’ambiance est cotonneuse, le temps et les sons semblent amortis par l’atmosphère épaisse et froide de ce lieu particulier.
Le décor est splendide, très esthétique, entre délicatesse et majesté. Il se dégage du récit une impression de grandeur et de faste, avec son bal, ses domestiques, ses familles riches, ses grandes maisons ou appartement qui touchent le ciel.

Un romantisme trop magique pour être vrai, une héroïne qui ne convainc pas tout à fait

Anna, l’héroïne, semble un peu perdue, entre une amnésie partielle et un manque de repères évident. Elle se fond dans l’environnement, dans le flou ambiant, marchant en automate, laissant le soin à ses réflexes de la guider, ne sachant reprendre le contrôle total. Son aventure la plonge bien vite dans une sorte de conte de fées. Voiture fantastique, prince charmant, palais, promesses de vie meilleure et surtout d’amour et encore d’amour.
Si ce côté un peu magique, merveilleux, s’explique tout à fait au regard de l’intrigue, et que l’univers n’est pas tout à fait ancré dans la réalité, il n’empêche que les relations sentimentales entre les deux jeunes gens modernes ne sont pas très crédibles. Et surtout légèrement niaises. Le romantisme à trop haute dose, trop « parfait » rebute d’une part et semble bien trop décalé par rapport à l’âge et au statut de l’héroïne, ainsi que par la vitesse à laquelle se déroulent les évènements. Impossible de croire à cette Princesse Anna et à l’amour qui l’envahit, et qui ne saura peut-être même pas toucher le lecteur en conséquence.

Une tension intéressante mais qui manque de densité

Heureusement, le récit présente un réel intérêt lorsqu’un malaise apparaît, d’abord diffus puis gagnant légèrement en puissance jusqu’à la fin. Le bien, le mal, le bonheur, la perte, se présentent sous plusieurs formes et il devient difficile d’identifier les sources de chacun, abolissant les repères. A la figure du prince charmant s’oppose celle, mystérieuse et très intéressante, du Masque, mais qui apparaît au final très peu. Ces contrastes négatifs/positifs auraient sans doute mérités d’être plus appuyés et développés. La menace ne pèse finalement pas très lourd sur Anna, d’autant que la révélation de sa situation ne surprend pas tellement, une profondeur plus importante aurait permis au lecteur de rentrer encore mieux dans le récit.
Il reste au final une impression de survol et de manque de consistance, on aurait eu envie que l’auteur aille plus loin dans ses personnages et son univers.

Une lecture somme toute agréable grâce à la maîtrise de l’auteur

Car, tout de même, ne nous arrêtons pas trop sur les défauts, la lecture n’est pas déplaisante en réalité. Fabrice Colin offre comme à son habitude un récit fluide et agréable à parcourir. Les rebondissements finaux son bien exploités et ce choix de donner de nouveaux éclairages à l’environnement et aux protagonistes est judicieux. Les tous derniers mots sont particulièrement marquants et donnent un sens profond à ce roman, mais ne suffisent pourtant pas à lui donner tout l’éclat qu’il aurait pu avoir. Le principe général du roman, sans être particulièrement original, est bien traité et le lecteur s’y laisse prendre assez facilement.

Bal de Givre à New-York est un roman léger à lire et qui ne manque pas de sens. Cependant, un romantisme trop irréel et des personnages qui ne touchent pas spécialement font regretter un manque d’approfondissement de cet univers sympathique. Ceci dit, le récit propose une ambiance particulière et intéressante, qui saura combler les attentes de certains lecteurs.