Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires (B. Sanderson)

Alcatraz versus the Evil Librarians (Brandon Sanderson)

Alcatraz versus the
Evil Librarians

Auteur : Brandon Sanderson
Editeur : Scholastic
Date de parution : 11/2008
Pages : 308
Prix : 6,99$

Citoyens, on vous ment ! Le monde n’est pas tel que vous le connaissez ! Alcatraz Smedry témoigne aujourd’hui sous le nom de plume de Brandon Sanderson, pour qu’enfin la vérité éclate. Les bibliothécaires veulent dominer le monde et Alcatraz a lutté contre eux. Tout commence le lendemain de ses treize ans, lorsqu’après avoir reçu un étrange héritage, son soi-disant grand-père débarque et l’entraîne dans la lutte contre les bibliothécaires. Quand vous vous êtes pensé orphelin toute votre vie et que vous vous retrouvez d’un coup avec une famille qui vous révèle que vous avez un super talent (casser des choses, appelez donc ça un talent), il y a de quoi être un peu perdu.

Une idée de base déroutante  mais qui sert un propos très intéressant

La série des Alcatraz offre un concept sympathique. Le roman est un témoignage, presque un journal intime où Alcatraz se livre sans aucune retenue, à la première personne du singulier. Le ton est annoncé dès un prologue aux allures de mise en garde. Au fil des pages, Alcatraz ne cesse de s’interrompre pour s’adresser directement au lecteur, ce qui rend la farce quelque peu agaçante. Cependant, l’effet est voulu, Alcatraz sait qu’il risque de crisper son invité à couper l’action quand cela lui chante et il s’en amuse. Déroutant au départ, ce choix est néanmoins une sacrée trouvaille de la part de l’auteur. A condition de laisser Alcatraz diriger la barque, le lecteur s’habitue à cette dualité entre l’aventure et les petits écarts du héros qui lui sont adressés. Et il devient ainsi finalement complice de ce récit et des révélations qui lui sont faites directement.

Heureusement que ces interruptions ont d’autres but que de titiller la patience du lecteur. Au travers de ces digressions/pensées/interjections, l’auteur Alcatraz/Brandon envoie des messages sur la lecture, le métier d’écrivain, la littérature en général ; il envoie des piques et se moque parfois de lui même. Ces blagues apportent souvent une piste de réflexion sur tous ces éléments, comme la place de la bibliothèque et de la lecture dans l’éducation, la notion de plaisir versus lecture « intelligente » et leur compatibilité, avec le plus souvent une preuve par l’absurde. Et avec légèreté et rire.

Magie et pouvoirs étranges, saugrenus et inattendus

Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires est un roman d’une grande loufoquerie, où l’auteur s’est fait de toute évidence plaisir du début à la fin. Le délire est très bien construit et repose sur des bases originales et très travaillées, comme toujours chez l’auteur (même si la série est écrite au départ dans une optique d’écriture automatique, sans contrainte… il faut croire qu’à force de travail ça en devient naturel). Les pouvoirs en jeu sont totalement absurde, car si Alcatraz peut casser des choses, que penser de son Grand-Père qui arrive toujours en retard ? Mais au lieu de talents gênants, ceux-ci s’avèrent en réalité d’une extrême utilité dans la lutte face aux Bibliothécaires. Qui l’eût cru ? En plus des pouvoirs propres à chacun, les Smedry utilisent une magie des plus intéressante, basée sur l’optique et les couleurs. Celle-ci s’intègre très bien à l’histoire et s’avère très utile dans ses différentes manifestations.

Héros, aventure et univers très denses et farfelus, à découvrir en profondeur

Les héros sont quant à eux totalement décalés, Alcatraz étant complètement paumé dans ce nouvel univers qui s’ouvre à lui mais ne manque pas d’humour (de cynisme ?) ; les autres n’étant pas les plus « passe partout » dans le monde des Bibliothécaires (le nôtre). Ils sont également très attachants grâce à des histoires personnelles travaillées et des personnalités bien affirmées, drôles et même émouvants à l’occasion. Les situations sont parfois à la limite de l’absurde pour le lecteur et l’adolescent et tout ceci donne un récit très plaisant et franchement comique, entre jeux de mots et scènes cocasses. Les créatures rencontrées ne sont pas en reste, dangereuses ou non elles sont surprenantes comme le reste.
Le monde ainsi que les capacités des protagonistes se dévoilent au fur et à mesure, tout comme l’ampleur de la mission et ses conséquences. De nombreux rebondissements viennent éclairer certaines situations, parfois leur donnant un nouveau sens. Danger et suspens sont omniprésents. Mais tous les secrets ne sont pas dévoilés dans ce début de série, de quoi avoir envie de se ruer sur les suivants pour en apprendre encore plus.

Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires est un roman vaguement déroutant mais qui offre un excellent plaisir de lecture et un bonne dose d’amusement, sans oublier d’approfondir personnages et univers. Il constitue une aventure en lui-même mais impossible de ne pas avoir envie de lire la suite ! Encore une belle réussite de Brandon Sanderson.

France : Mango – 310 pages – 15€