Planète à louer ! (Yoss)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2010/12/planete-a-louer-yoss.jpg » titre= »Planète à louer ! » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Yoss » couverture= »Alain Brion » editeur= »Mnémos (Dédales) » dl= »01/2011″ pages= »265″ prix= »19.50€ » note= »8″/]

Tout aurait pu être pour le mieux, après leur arrivée. Ces extraterrestres supérieurs sont venus sauver la Terre de la destruction, la transformant en paradis touristique pour leurs semblables. Mais ils imposent depuis leurs conditions, leur volonté de fer, leurs punitions. Et les humains souffrent. Ils s’appellent Buca, Moy, Leilah ou Romualdo. Comme tous les terriens, ils se battent pour survivre, quitte à choisir l’exil ou à risquer leur vie pour une étincelle de bonheur, un répit.

Sept chapitres de vie, liés les uns aux autres dans la douleur

Planète à louer ! ne présente pas la structure classique d’un roman. Comme dans Interférences, plusieurs textes présentent chacun une aventure bien distincte. Ici, 7 récits, pour 7 personnages, 7 destins qui soulèvent 7 aspects bien différents de ce qu’est devenue la vie terrienne. Corruption, prostitution, clandestinité, art et sport… De nombreux aspects sont ainsi abordés. Mais les textes présentent une cohérence importante. Chacun des personnages est relié à un ou plusieurs autres, qu’il aura croisé au cours de sa vie ou qu’il sera amené à croiser. Ces liens permettent de dessiner un tableau global, de faire d’un groupe le reflet de tout un peuple.

A la fois général et intimiste, le récit est très sombre et laisse bien peu de place à l’innocence et au bonheur. Les Hommes semblent être voués à une lutte permanente pour leur survie, employant des méthodes légales ou non pour améliorer un peu le quotidien. Certains n’osent même plus rêver à autre chose que l’enfer, mais les protagonistes choisis par Yoss ont décidé de jouer leur propre jeu et de suivre leurs règles. Cela garantit-il l’accès au confort, l’affranchissement de la peur ? Rien n’est moins sûr. Tous sont attachants à leur manière, qu’ils fuient, se battent, se mettent en danger, ne comptent que sur eux ou s’appuient sur d’autres. Les erreurs, les abandons, les tentatives désespérées ponctuent le récit de façon relativement cruelle.

Un style d’écriture qui augmente le poids de la misère

La lecture de Planète à louer ! n’est pas des plus faciles. Déjà par la noirceur ambiante, mais aussi par le style choisi par l’auteur. Yoss ne semble pas s’impliquer dans la narration de ces tristes destins, provoquant comme une distance chez le lecteur. Il ne juge pas, il expose des faits, donne une voix à des personnalités qui font partie du système et ne cherchent qu’à en sortir plutôt que d’envisager de le faire changer. Ce ne sont pas des héros qu’il offre ici, mais des citoyens comme les autres, mus par leur seul volonté de se sortir de leur bourbier.

Les dialogues sont peu nombreux, les héros sont très souvent livrés à eux mêmes. Ils observent leur vie et celle de leurs semblables, lassés, blasés. La neutralité apparente de l’auteur et une narration qui semble passive peuvent rendre la lecture parfois un peu laborieuse. Mais Yoss sait dynamiser son récit de manière astucieuse, utilisant des tournures proches du dialogue, faisant appel à des souvenirs vivaces, enrichissant les passages d’éléments sensitifs forts. Ce style est bien choisi car il appuie sur le désespoir, le poids qui pèse sur l’humanité. Et au final le lecteur ne lâche pas le livre, mais sent un malaise grandir.

Toute ressemblance avec Cuba est revendiquée

Le malaise est là : Cuba. L’île de l’auteur, son pays. Yoss le dit lui même en guise d’introduction et le 4è de couverture l’affiche en gros : Planète à louer ! revendique toute ressemblance avec la Cuba des années 90. Au fil des pages on se surprend à la rechercher, dans les personnages et leur quotidien, où est la réalité et où est la fiction, qui représente quoi. La misère est omniprésente et oppressante, parfois on refuserait presque à voir au delà de l’imaginaire. Yoss a su peindre un monde qui sert parfaitement son but, qui a d’autant plus de poids face à ce témoignage à peine maquillé.
Et si parfois la réalité nous échappe, il sera impossible de passer à côté dans les remerciements, qui remettent tout en place et donnent aux héros du roman d’autres noms, ceux d’hommes et de femmes ayant réellement vécu (ou qui vivent encore, pour certains). Si le récit en lui même est déjà pesant, il est aussi extrêmement émouvant.

Planète à louer ! est une œuvre très sombre, un témoignage sous couvert de fiction. Très intéressante dans la démarche, elle ne laisse pas indifférent et émeut beaucoup. La lecture fait réfléchir longtemps, et saura même tirer quelques larmes aux plus sensibles. Une grande claque qu’il faut savoir encaisser, mais que l’auteur avait besoin – et raison – de donner.