Lavinia (Ursula Le Guin)

Lavinia (Ursula Le Guin)

Lavinia

Auteur : Ursula Le Guin
Editeur : L'Atalante
Date de parution : 01/2011
Pages : 304
Prix : 18€

Lavinia, princesse latine, a peine esquissée dans le poème de Virgile. Suffisamment cependant pour lui donner vie ; vie dont elle prend le contrôle pour raconter elle-même son histoire et rétablir la vérité sur son quotidien, ses années d’enfance, son destin de femme appelée à épouser un roi étranger. Fille, femme, épouse, mère, reine, le destin de Lavinia se dévoile, au rythme de ses paroles, de cette confession intemporelle.

Un contexte original attrayant

Lavinia est un roman qui plonge dans un univers vraiment original. Le Latium, province italienne où règnent Latinus et son épouse Amata, accompagnés de leur fille Lavinia, semble être une paisible province où il fait bon vivre. Le lecteur voit grandir la fillette, qui remplit avec obéissance et piété ses devoirs de fille de maison. Accompagnant son père lorsqu’il consulte les oracles, elle y rencontrera son poète et comprendra la nature de son existence : une esquisse, quelques mots d’une épopée. Ce point est le seul élément fantastique du récit, pas de Dieux vengeurs qui apparaissent par la suite, seulement des hommes qui marchent vers leur destin, dicté par un artiste qui vivra plusieurs siècles après eux.
Le concept de donner la parole à un personnage secondaire de Virgile est assez extraordinaire. Ursula Le Guin redonne une voix à une femme oubliée, à la vie trop vite survolée et pourtant bien remplie. La narration à la première personne renforce la densité de l’héroïne, rend son existence bien réelle. Seule Lavinia était à même de parler de ce qu’elle fut et de ce qu’elle vécut, de la façon dont elle perçut les événements qui jalonnèrent son existence. De nombreuses années s’écoulent au fil des pages, voyant les personnages changer, grandir, vieillir et mourir, mais aussi la géopolitique changer, des conflits naître, des relations se nouer, porteuses de promesses… Bref, c’est tout un monde qui vit, sous le regard de Lavinia.

Un style précis et vivant qui entraîne

Ursula Le Guin facilite la plongée dans l’univers de Lavinia par sa plume fluide, adaptée à la personnalité de l’héroïne. De nombreux éléments sensitifs ponctuent le texte, notamment des détails très visuels comme les paysages, forêt ou village, le bord du fleuve. La chaleur du soleil d’Italie, l’odeur des sources d’Albunea, des cris ou des murmures, la chaleur d’un feu… sont autant de points supplémentaires qui rendent le récit extrêmement vivant. L’histoire n’est pas linéaire, mêlant passé, présent et futur ce qui permet de mieux apprécier les causes et conséquences, la fatalité du destin.
La découverte du quotidien de Lavinia est passionnante, une véritable plongée dans cette Italie depuis longtemps disparue, un voyage où l’on garde les yeux bien ouvert pour ne rien manquer. Bien que l’auteure ait fait quelques spéculations quant au mode de vie des latins de l’époque (choix expliqués en postface), on se régale à observer les habitants de Latium, à les voir suivre leurs traditions, travailler, aimer… Leur rapport avec leurs voisins et les étrangers, leur politique, la manière de gérer les conflits, leur foi, sont aussi des éléments passionnants de cette lecture et les protagonistes sont rendus attachants par l’auteure, s’avérant très humains, complexes, beaux chacun à leur manière.

Une héroïne fascinante, un Destin

Lavinia elle-même est un personnage très intéressant. Consciente de devoir son existence à un poète, elle accepte sa condition, son destin déjà tracé, mais n’oublie pas pour autant de s’approprier sa vie, de se construire une personnalité bien lointaine de celle esquissée par Virgile. Très pieuse, soumise à son père, chaste, elle ne manque en aucun cas de personnalité ni de détermination. Partager son chemin s’avère très agréable, car la jeune femme, en plus d’être gentille et droite, est lucide sur sa condition et parle sans détour. L’absence de haine ou de colère, son acceptation, facilitent son récit ; son amour pour son pays et ses proches illumine les décors traversés et rend hommage aux personnalités croisées. Presque parfaite, elle n’en est pas pour autant irréelle et suscite beaucoup de sympathie. C’est autant cette dignité que le style précis d’Ursula Le Guin qui donne toute la grandeur au roman, un caractère épique, l’allure d’un drame sans noirceur, sans regrets, mais un récit enjolivé par un cœur enraciné dans ce sol latin pour l’éternité.

Lavinia est une oeuvre sublime, qui sort de ce que la fantasy ou tout autre genre de l’imaginaire peut proposer habituellement. Plein de fraîcheur, rempli de sensations variées et mettant en scène une héroïne magnifique, le roman s’avère très séduisant et remplit ses promesses. L’écriture d’Ursula Le Guin est un plaisir à parcourir, l’auteure a bien réussi son but : donner une existence bien remplie à la princesse latine Lavinia.