Évadés de l’Enfer ! (Hal Duncan)

Evadés de l'Enfer (Hal Duncan)

Évadés de l'Enfer

Auteur : Hal Duncan
Editeur : Folio SF
Date de parution : 09/2010
Pages : 216
Prix : 5,10€

Eli, Belle, Seven et Matthew arrivent en même temps, mais chacun pour une raison différente des autres, en Enfer. L’Enfer ça ressemble quand même bigrement à New York, mais sans tourisme et avec beaucoup plus de violence. Les quatre compères ont bien du mal à accepter leur sort et se mettent en tête, chacun leur tour, de s’évader. Mais est-il seulement possible de s’échapper de ce lieu d’après-vie et pour aller où ?

Ça swingue chez les voisins du dessous

Evadés de l’Enfer, c’est l’équivalent en livre d’un bon gros film d’action américain. D’ailleurs l’auteur avoue lui même s’être fortement inspiré du film Escape from New York (New York 1997) pour l’écriture de sa novella et le lecteur cinéphile trouvera sans mal quelques autres références bien employées. Le scénario est taillé au burin, ça explose dans tous les sens, les personnalités sont bien tranchées et tirent sur le cliché – tout en restant attachantes – et surtout le rythme est décoiffant. Accrochez vos ceintures au démarrage et cramponnez-vous aux accoudoirs, ça déménage sévère. Ce côté action et bourrin est plutôt jouissif à la lecture, le lecteur se laisse facilement entraîner et les pages se tournent facilement. Le style de Hal Duncan est sans faille et souligne parfaitement ce qu’il veut montrer ; vif et précis, il est aussi très visuel et ajoute à l’ambiance cinématographique. Horreur et humour se côtoient pour un ensemble assez amusant. L’intrigue en elle-même et son enchaînement ne sont pas des plus originaux ou des plus surprenants, même si le lecteur suit les héros avec plaisir et espère qu’ils vont arriver à leur fin.

L’Enfer c’est les autres, à moins que…

Le plus intéressant dans ce court roman est la représentation de l’Enfer par Hal Duncan. Celui-ci ressemble furieusement à un reflet du monde moderne, version plus violente et sanglante. Qu’est-ce qui maintien le système en place ? Qui le dirige ? Que faire pour en sortir ? Les questions valent le coup d’être posées et l’auteur apporte ses propres réponses, plutôt subtiles. Les punitions réservées aux pécheurs sont adaptées à leur vie sur Terre et se révèlent vraiment douloureuses, à la limite du supportable, mais choisies de façon intéressante. La mise en scène de figures d’autorités et autres protagonistes plus ou moins humains apportent une confrontation à la fois horrible et jubilatoire. Un personnage en particulier remet en cause l’ordre établi et apporte quelque surprise.
Cette perspective permet à Hal Duncan d’apporter une réflexion sur l’Enfer, celui de l’après-vie mais aussi celui de l’existence. Il se pose notamment des questions sur la condition humaine et les conséquences de certains actes et choix, de nous-mêmes ou d’autres pour nous (en lien avec la religion ou pas). Le message passe parfois par symboles et parfois de manière nettement moins subtile, mais il est très clair.

Un bâillement tout juste retenu au générique de fin

Évadés de l’enfer a beau être jouissif tout en faisant passer un message, il laisse un goût de « oui, et sinon ? ». Mieux vaut déjà lire le livre d’une traite pour se mettre dans l’ambiance plutôt que de le morceler. D’autre part, certains choix de narration semblent parfois étranges, comme l’intervention de la deuxième personne du singulier en deuxième partie, qui a de quoi perturber un peu au départ. Mais surtout, cette lecture c’est un peu comme assister à une explosion de pétard : on reste impressionné par le bruit et les étincelles, mais une fois que c’est fini on poursuit son chemin en se disant que finalement, ça n’était pas si impressionnant que ça. Résultat, au bout de quelques jours les détails sont oubliés et on a aucun mal à passer à autre chose. Aussi vite lu, aussi vite oublié. Efficacité et spectacle ne suffisent parfois pas, même s’ils servent bien le but initial.

Évadés de l’Enfer est un bon film (pardon : livre) de Serie B. Ça explose et ça déménage, ça dérange un peu, c’est bien visuel. Mais malgré quelques symboles et messages, la lecture ne marque pas franchement. Il reste tout de même un bon souvenir de lecture « sur le coup », et c’est déjà pas si mal.

Une lecture avec le Cercle d’Atuan. Retrouvez les chroniques de : Guillaume, Endea, Kactusss, Elysio, Spocky, Phooka, …