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The City and The City (China Miéville)

The City & The City

Auteur : China Miéville
Editeur : Del Rey
Parution : 2010
Pages : 312
Prix : 15$

Tyador Borlú, inspecteur de l’Extreme Crime Squad de la cité de Besźel, se trouve confronté à un cas étrange. Le corps d’une jeune femme inconnue a été jeté dans un quartier périphérique. Très vite il apprend l’identité et l’origine de la victime, qui résidait officiellement à Ul Qoma, la cité voisine de Besźel, qui bien que partageant des rues avec elle, se trouve dans un autre pays administratif. Ce découpage amène les citoyens à « occulter » l’autre cité et ses habitants, deux villes séparées par une frontière, sur laquelle veille l’impitoyable Breach et qui comptent chacune leur lot d’indépendantistes et de nationalistes. Un vrai sac de noeud que doit défaire l’inspecteur Tyador pour rendre la justice.

Un roman noir classique et minutieusement construit

Hé bien, que d’informations en quelques lignes. The City & The City est un roman aux nombreuses facettes, ce que résume bien la chronique du Los Angeles Times « If Philip K. Dick and Raymond Chandler’s love child were raised by Franz Kafka, the writing that emerged might resemble… The City & The City. »

The City & The City c’est donc un roman noir. Avec une belle figure de loi, l’inspecteur Borlú, que l’on se représente aisément comme les meilleurs personnages de romans du genre : une classe discrète, un dévouement sans faille et un cerveau qui marche à toute allure. A ces caractéristique, Tyador et ses collègues proches sont fortement sympathiques. Le cheminement de l’enquête répond à plusieurs exigeances du genre et China Miéville devient maître dans l’art du retournement de situation. Plus la vérité approche et finalement plus elle s’éloigne, jusqu’aux dernières pages qui donnent enfin toutes les réponses. Les indices sont semés aux bons endroits, les rebondissements sont bien dosé ; il en résulte un rythme globalement prenant et qui s’accélère au fil de l’oeuvre.

Un monde fantastique et complexe

The City & The City c’est aussi un univers unique et incroyable. Deux cités, à la fois côte à côte et mêlées, mais séparées par une frontière extrêmement régulée ; deux lieux bien distincts par leur technologie, leur mode, leur culture, malgré la proximité. La plongée dans cette société d’Europe de l’Est imaginaire n’est pas des plus faciles au départ, car celle-ci ne se dévoile que petit à petit pour prendre tout son sens au fil du récit. Pour quoi Tyador doit-il occulter (“unsee” VO) cette femme au début ? Quel est le rapport entre Besźel et Ul Qoma et comment se gère-t-il au quotidien ? Les choses se mettent en place par les yeux du héros qui réfléchit beaucoup à sa condition d’habitant d’une des cités. Le lecteur prend peu à peu conscience de la minutie apportée à la création d’un tel système, à la façon dont il s’inscrit dans le reste du monde, pour chacun des habitants, natifs ou non…
China Miéville est bluffant, les implications d’une telle construction ne cessent de surprendre et il faut un sacré talent pour tenir tout cela en place du début à la fin. Le roman est découpé en plusieurs parties selon les endroits où l’enquête emmène Tyador, ce qui permet au lecteur de bien appréhender chaque conception, chaque lieu, bref, de voir The City & The City de chaque côté de la frontière et même au delà.

Polar et Imaginaire mêlés dans une intrigue profonde et prenante

C’est en mêlant le roman noir au fantastique que China Miéville réussit son tour de force. En remontant la piste des meurtriers, l’inspecteur Borlú plonge dans le passé même des cités, au coeur d’un site archéologique. Au delà d’un meurtre à résoudre, c’est tout l’équilibre entre les cités qui se trouve en jeu. Sur son chemin, le héros trouvera les acteurs de l’ombre, les représentants de la loi et les politiques de chaque force en jeu. La force de China Miéville est de ne jamais juger la situation des cités, son absurdité apparente ou son bien fondé, mais d’offrir l’environnement tel quel, laissant à Tyador le soin d’apprécier ce qui l’entoure, en tant que citoyen de toujours de Besźel.
Difficile de bien décrire cette oeuvre, il faut la lire pour comprendre l’énormité d’un tel univers. La lecture est prenante (mais réserver la VO aux lecteurs qui maîtrisent vraiment bien l’anglais, que les autres ne s’inquiètent pas la VF arrive dans l’année), à la fois classique dans la narration policière et terriblement originale par l’univers dans laquelle elle se déroule et les conséquences qui en découlent.

The City & The City se lit avec plaisir, le lecteur se laisse mener par le bout du nez jusqu’au point final, où il aura de la peine à quitter un protagoniste attachant et un monde extraordinaire qui aurait encore bien des situations à dévoiler.

Une lecture partagée avec et chroniquée sous la menace de : Miss Spooky Muffin

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19 Responses to “The City and The City (China Miéville)”

  1. gromovar says:

    Si c’est classable. C’est du polar d’espionnage fantastique ;-)

    en tout cas c’est très bien et TRES original.

    • Lelf says:

      C’est classable mais c’est assez unique en son genre (c’est plutôt ça que j’ai voulu dire je pense – je suis malade, on ne m’en voudra pas de ne pas être claire ^^)

  2. Ouaaaaaaaaais, bravoooooooooooo !

    Bon.. la question est de savoir est-ce que je suis suffisamment bonne lectrice en VO pour le lire ? :P
    De toute manière c’est pas comme si j’avais le choix, MSM me l’a offert en VO :P Je sens que je vais m’amuser (et pas le lire tout de suite, j’en bave dans mes lectures en ce moment, même si je les aime bien, alors j’vais passer par du plus léger avant :P ).
    Très chouette ta chronique en tout cas, j’aime beaucoup la façon dont tu présentes tout ça ! :)

    • Lelf says:

      Ouais, prends ton temps pour le lire celui là. Et même si c’est un peu dur, ne lâche pas, ça vaut le coup de s’accrocher ^^
      Merci pour la chronique *blush*

  3. Pikachu says:

    Hm… Intéressant… On va dire que la citation du Los Angeles Times est très tentatrice, et ton billet me donne encore plus envie de le lire !
    Hop, dans la wish-list (dans un premier temps) !

    • Lelf says:

      Si la citation te plaît, alors ça devrait effectivement te plaire, garde le titre dans un coin de ta wish ^^

  4. Grnx says:

    Bien joué Callaghan, you made it !! I’m so proud of you, you did an amazing job :)

    Excellent bouquin. Un véritable régal pour les lecteurs de polar, de fantastique, et de Miéville. C’est vrai qu’on en voudrait presque plus, reste à espérer que l’auteur n’estime pas avoir déjà tout dit sur ce monde étrange…

    • Lelf says:

      Roh, oserait-on envisager un autre volume dans cet univers ? Mmmmh, il y a du potentiel ^^

  5. Phooka says:

    Il me tente énormément!
    Merci de ta chronique Lelf!
    Je crois que je vais attendre la VF…je suis un peu fainéante!

    • Lelf says:

      Vu le niveau de VO ce n’est pas de la fainéantise, on ne t’en voudra pas de privilégier la VF ^^

  6. Sita says:

    Vos chroniques se complètent bien. Et vous avez réussi votre coup, parce que maintenant j’ai envie de le lire *grmbl*
    Bon, pas sûre d’être aussi courageuse que vous et de le lire en VO, il faudra que je m’attarde sur les chapitres qu’on peut lire en ligne avant de me décider :D

    • Lelf says:

      Oui c’est une bonne idée de tester. Surtout que c’est le début le plus dur, la plongée directe dans l’univers et l’appropriation du style :)

  7. Lalou says:

    Je me déclare incapable de le lire en VO (j’en BAVE sur “Seven Sorcerers”, alors que MSM trouve que c’est super facile à côté de The City & The City).
    Donc, Lelf, tu as la mission obligatoire de nous signaler la parution de ce livre en français. (Bientôt, j’espère). Car après une chronique pareille… on ne peut qu’avoir envie de le lire.

    • Lelf says:

      Vers septembre si je me souviens bien la sortie. J’essayerai de me souvenir de t’en parler ^^
      Si ça se trouve d’ici là tu seras devenue une pro de la VO (les premiers sont toujours durs) :p

  8. Et quand la menace paye, mademoiselle, elle est proférée avec plaisir ;)
    Ah, tu en parles tellement bien, tu n’as même pas besoin de moi pour en rajouter ! Je te rejoins totalement sur l’habileté qu’il met en œuvre pour tisser sa toile, à nous faire douter s’il délire ou non, si on va enfin savoir qu’est-ce que c’est que ce bordel complètement dément qui régit les deux villes, et même sans avoir toutes les explications il ne nous laisse pas sur notre faim.
    Ah, qu’il est bon ce mec… Kraken est dans mes 10 prochaines lectures, obligé.

    • Lelf says:

      Merci, t’en as parlé super bien aussi ^^
      Pour Kraken n’en attends pas trop, on sait jamais. Il est loin de faire l’unanimité de The City.

  9. Erato says:

    Ton avis et celui de MSM me donnent vraiment envie de le lire !
    J’hésite encore sur la version : VO ? VF ?
    J’ai peur de ramer ^^’ Ca dépendra je pense de la couverture française (oui, je suis complètement superficielle ! XD)

    • Lelf says:

      Je ne sais plus si tu as l’habitude de la VO. Mon amie Grnx qui lit encore plus que moi en anglais se retrouvait à relire des phrases et lire moins vite. C’est réellement assez dur, même si on s’y fait au fil du bouquin :)

  10. Francis says:

    Pour la VO, oui, c’est costaud. Miéville est l’auteur (dans les genres SF-fantastique-miévilleries) qui me donne le plus de mal. Mais ça vaut le coup.

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