La Zone du Dehors (Alain Damasio)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2011/01/zone-du-dehors-damasio-folio.jpg » titre= »La Zone du Dehors » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Alain Damasio » couverture= »Bruno Raymond-Damasio » editeur= »Folio SF » dl= »10/2009″ pages= »650″ prix= »9,90€ » note= »9″/]

Cerclon I, colonie lointaine plantée sur un astéroïde de Saturne. Bulle close de 7 millions d’habitants bien rangés par ordre alphabétique dans le dictionnaire de la hiérarchie. Nous sommes en 2084 et ce n’est pas un hasard. Bienvenue dans l’ultime société de contrôle, où chacun est son propre flic.

Comment contrôler 7 millions de personnes ? En donnant à chacun le droit et le devoir de surveiller, noter, classer son prochain. Après tout, comme on dit, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Renter dans la norme, progresser dans les rangs, appartenir à la société, bien au chaud dans son cocon protecteur. Efficace et sans douleur. Il faut des êtres réellement à part pour vouloir sortir, pour vouloir créer, pour vouloir autre chose. Et c’est ça, la Volution.

Ils sont cinq, ils sont cent, ils sont mille, ils sont la Volte. Ils rêvent du Dehors, dernier espace de liberté, refuge inhospitalier des espoirs d’un autre monde. Ils sont vivants et ils comptent bien le rester. Et vous apprendre à le devenir, s’il le faut. Suivez donc Captp le philosophe, Kamio le peintre, Slift l’intransigeant, et Boule de Chat l’amoureuse, jusqu’au bout de leur quête.

Un récit profond et complexe

Ils sont assez rares, ces livres qui vous embarquent aussi rapidement et entièrement. Il est facile de s’identifier à l’un des narrateurs, de s’impliquer dans leur mouvement, dans leurs choix. Ils sont tous différents, tous profondément humains. Parce qu’on s’attache aux personnages, on vit avec eux leurs errances, leurs choix, leurs dilemmes moraux, on se demande invariablement : que ferions-nous à leur place ? Et surtout, au fil des pages, une interrogation plus profonde se dessine : est-ce que, moi, au fond, je suis vivant ?

Car peut-on se déclarer vivant quand tout ce que l’on fait rentre parfaitement dans les petites cases que l’on a créé pour nous ? Si la première édition de ce roman date de 1999, ces interrogations sont terriblement actuelles. Nous sommes déjà suivis, pistés, filmés. C’est tellement ancré dans notre quotidien que nous n’y pensons même pas. Il faut bien vivre avec son temps, suivre le progrès. Justement, où nous emmène-t-il, ce progrès ? Jusqu’où irons-nous, pour notre bien ? Qu’accepterons-nous, que cèderons-nous ? Car c’est cela aussi qui fait la force de ce roman : Cerclon est une démocratie, en paix, où les gens vivent dans d’excellentes conditions. Les inégalités sont basées sur la valeur (sociale, économique, culturelle,…) de chacun. Tant qu’ils appartiennent au système, les gens sont heureux. Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi la Volte existe-t-elle ? Qui a raison ? Chacun trouvera sa réponse au fil des pages…

Deux lectures, deux lecteurs

La Zone du Dehors, en fait, se lit en superposition. On s’y plonge, on se laisse guider par le style irréprochable de l’auteur, on écoute la musique des mots, le rythme des phrases, on vit, on vibre et on pense avec chacun de ses protagonistes. Et en parallèle, on réagit, on analyse, on prend du recul, on critique et, éventuellement, on voit les choses autrement. Qu’on soit d’accord ou pas, on ne peut s’empêcher de penser.

Si c’est pour offrir des romans aussi aboutis et riches, intellectuellement comme littérairement, on peut aisément pardonner à Alain Damasio d’écrire aussi peu. Quoique.